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Commune de Mons — Province de Hainaut

Histoire complète de Spiennes

Bien avant les mineurs

Le sol de Spiennes garde des traces humaines parmi les plus anciennes de la région. Au lieu-dit « Pas d'là l'Iau », à Petit-Spiennes, on a retrouvé des outils taillés il y a 350 000 à 450 000 ans, à l'époque de l'Acheuléen. D'autres gisements, un peu plus récents, ont livré des milliers de pièces, dont certaines taillées selon la méthode dite Levallois.

Des vestiges du Paléolithique moyen, entre 200 000 et 128 000 ans avant nous, seraient l'œuvre des Néandertaliens, ces hommes dont on a retrouvé les squelettes à Spy.

Les mineurs du Néolithique

Vers 4350 avant notre ère, des agriculteurs de la culture dite de Michelsberg commencent à exploiter le silex de Spiennes. Ils ne se contentent pas de le ramasser en surface : ils creusent des puits ronds de 0,80 m à 1,20 m de large, qui descendent jusqu'à 16 mètres dans la craie pour atteindre les bancs de silex. Au fond, ils dégagent les grandes dalles par en dessous, en soutenant la roche par des murets de craie. Certaines dalles pèsent plusieurs centaines de kilos.

Les minières s'étendent sur plus de 100 hectares, sur deux plateaux : le Camp-à-Cayaux, le plus grand, et Petit-Spiennes, où l'on a compté jusqu'à 5 000 puits sur 14 hectares. Sur place, des ateliers taillent surtout des haches et de longues lames. Les haches, ébauchées à Spiennes, sont souvent polies à destination : elles servent à défricher la forêt et à travailler le bois des maisons et des pirogues. On les retrouve jusqu'à environ 150 kilomètres à la ronde.

Les mineurs vivaient tout près : un habitat fortifié occupait le plateau de Petit-Spiennes. Dans un puits, on a retrouvé le squelette d'une femme adulte, daté entre 3360 et 3030 avant notre ère. L'exploitation se poursuit, moins intense, jusque vers 2300 avant notre ère. À la même époque, en Ardenne, on dressait les mégalithes de Wéris.

Du bronze aux Mérovingiens

Avec l'arrivée du métal, le silex perd de son importance et les minières sont peu à peu abandonnées. Le site reste pourtant occupé : on y a trouvé des traces de l'âge du Bronze final et du second âge du Fer, et en 1895, un dépôt d'objets en bronze au Camp-à-Cayaux.

À l'époque romaine, deux petites nécropoles à incinération s'installent sur les anciennes minières. Une vingtaine de tombes, découvertes en 1893, auraient livré des monnaies frappées entre 72 et 160 après J.-C. Plus tard, entre 650 et 750 environ, les Mérovingiens enterrent leurs morts au lieu-dit La Tourette, où une cinquantaine de tombes ont été mises au jour en 1867.

Un village au bord de la Trouille

Le village naît sans doute au IXe ou au Xe siècle, au bord de la Trouille, avec un moulin à eau et un pont, sur le chemin qui mène de Mons à Beaumont. Un polyptyque de l'abbaye de Lobbes, rédigé en 868-869, cite une localité nommée « Splienium » : certains historiens y voient Spiennes, sans certitude. Le nom apparaît ensuite sous les formes Spieneis en 1177, Spienes en 1265, Espines en 1295, puis Spiennes dès 1331. Son origine reste discutée : on y a vu une fougeraie, un lieu épineux ou un épieu.

La paroisse est dédiée à saint Amand et dépend de l'évêché de Cambrai jusqu'en 1804, puis de celui de Tournai. En 1177, l'évêque de Cambrai donne l'autel de Spiennes à l'ordre du Temple. Les chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem, de la commanderie voisine de Saint-Symphorien, possèdent eux aussi des terres et des droits de justice au village, ainsi que l'église.

De l'église romane, il reste un témoin rare : un fragment des fonts baptismaux du XIIe siècle, taillé dans la pierre bleue de Tournai et décoré de deux colombes buvant à un vase et de personnages sous des arcades. En février 2026, la Fédération Wallonie-Bruxelles l'a inscrit sur la liste des biens d'intérêt patrimonial.

Seigneurs et soldats

Spiennes fait partie du comté de Hainaut et dépend de la prévôté de Mons. La seigneurie passe de famille en famille : le chevalier Nicolas de Houdeng au XIVe siècle, puis les van der Poele, dont Marguerite (1394-1472) hérite de la seigneurie, les t'Serclaes au XVe siècle, les Ruffault, qui l'achètent en 1533, les de la Croix et les du Chastel de la Howarderie.

Au XVIIe siècle, elle revient aux Berlaymont, par le mariage de Philippe de Berlaymont avec Jeanne du Chastel en 1629. Ils la gardent jusqu'à la fin de l'Ancien Régime ; la dernière héritière, Marie Henriette de Berlaymont (1782-1862), épouse Ernest Joseph de Glymes.

Mons est alors une place forte disputée. Entre 1691 et 1707, des lignes de défense sont creusées autour de la ville ; à Petit-Spiennes, des traces datent de 1706-1707, peu avant la bataille de Malplaquet. Au milieu du XVIIIe siècle, en 1753, le village reconstruit son église Saint-Amand.

Silex, craie et chemin de fer

En 1794, avec l'arrivée des Français, Spiennes entre dans le département de Jemappes et l'Ancien Régime prend fin. Le village reste agricole : céréales, chanvre et colza au XIXe siècle. Mais son sous-sol travaille de nouveau. Le silex est ramassé pour fabriquer des pierres à fusil dans une entreprise de Nouvelles, dans les années 1820 et 1830, puis, de 1842 à 1867, pour les faïenceries, notamment celles de Nimy. On extrait aussi la craie phosphatée, qui sert d'engrais, comme à Ciply.

C'est justement en exploitant les vieux déblais de silex, en 1842, que des ouvriers tombent sur des galeries souterraines. En 1867, le creusement de la tranchée du chemin de fer révèle des vestiges importants. L'ingénieur des mines Alphonse Briart et deux collègues les étudient et présentent leurs résultats au Congrès international de préhistoire réuni à Bruxelles en 1872 : le monde savant découvre Spiennes.

En 1896, la Ville de Mons achète les sources du « trou de Souris » et de la Vallière pour son eau potable, ce qui modifie les limites entre les deux communes. Un tramway dessert le village de la fin du XIXe siècle jusqu'au milieu du XXe.

Des fouilles au patrimoine mondial

Les premières vraies fouilles ont lieu en 1912, 1913 et 1914. À la demande du comte Louis Cavens, le baron Alfred de Loë les mène pour les Musées royaux du Cinquantenaire, à Bruxelles : il dégage deux puits reliés par des galeries, dont l'un atteint 16 mètres de profondeur, et recueille environ 1 500 pics de mineur en silex. Les recherches reprennent tout au long du XXe siècle, menées aujourd'hui par la Société de recherche préhistorique en Hainaut et l'Agence wallonne du patrimoine. Seule une infime partie du site a été fouillée.

Spiennes reste une commune à part entière jusqu'à la fusion de 1977, qui l'intègre à Mons. En décembre 2000, les minières néolithiques sont inscrites au patrimoine mondial de l'UNESCO, sur un périmètre de 172 hectares, pour la variété des techniques d'extraction qu'elles révèlent.

Au printemps 2015, l'année où Mons est capitale européenne de la culture, le centre d'interprétation SILEX'S ouvre ses portes au milieu des champs. Il est signé par les architectes montois Holoffe & Vermeersch. Les visiteurs peuvent, par petits groupes, descendre dans les minières elles-mêmes. Le village, qui compte environ 940 habitants, reste aussi connu pour sa culture du chicon.

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