Commune de Durbuy — Province de Luxembourg
Le plateau de Wéris porte un ensemble unique dans le pays : deux dolmens de type « allée couverte », c'est-à-dire de longues tombes collectives faites de grandes dalles, et une vingtaine de menhirs. Ils sont alignés sur environ 8 kilomètres de long et 300 mètres de large, selon un axe orienté sud-sud-ouest / nord-nord-est, de part et d'autre de la vallée de l'Aisne, depuis Wéris jusqu'au menhir d'Ozo, près d'Izier.
Ces monuments datent de la fin du Néolithique, vers 3000 ans avant notre ère, et sont attribués à la culture dite de Seine-Oise-Marne. Lors des fouilles de 2001, un fragment d'os d'enfant retrouvé dans la fosse d'un menhir à Heyd a été daté au carbone 14 entre 3340 et 2910 avant Jésus-Christ.
Les menhirs sont en poudingue, une roche faite de galets soudés par un ciment naturel très dur, typique de la région. Ce poudingue affleure sur une crête située à quelques kilomètres à l'est. Les archéologues ont montré que les blocs d'Oppagne ne pouvaient pas avoir glissé là naturellement : ils ont été transportés par l'homme.
Le dolmen nord, appelé Wéris I, est reconnu en 1879 par Daufresne de la Chevalerie. Il est fouillé en 1888, puis en 1906 par les archéologues Alfred de Loë et Edmond Rahir, à nouveau de 1979 à 1984 par François Hubert pour le Service national des Fouilles, et enfin de 1999 à 2001. Le dolmen sud, Wéris II, est exploré au tournant des XIXe et XXe siècles et réexaminé en 1996 et 1997.
Les trois menhirs d'Oppagne sont découverts couchés en 1888 par L. Moreels, puis fouillés en 1906. Ils sont redressés vers 1932 sur des fondations en béton ; le bloc central, retombé entre-temps, est relevé vers 1961. D'autres blocs, à Morville, à Heyd et à Ozo, ont été reconnus comme menhirs entre 1998 et 1999.
En 1994 ouvre au cœur du village le Musée des Mégalithes, devenu depuis la Maison des Mégalithes, qui présente le site et ses fouilles aux visiteurs.
Le nom du village apparaît dans les textes en 966 sous la forme Wandrica, puis en 1131 sous celles de Wirices et Werices, et en 1242 et 1243 sous celles de Weriche et Werice. Son origine reste discutée : un domaine gallo-romain, le nom d'un homme germanique, Wederic (« l'habitation de Wederic »), ou une racine encore plus ancienne. On l'appelle Werisse en wallon.
Au Moyen Âge, Wéris dépend du comté de Durbuy. Il est le centre de l'un des quatre « bans » de la seigneurie de Durbuy, c'est-à-dire l'une de ses circonscriptions, et plusieurs cours de justice en relèvent.
L'église Sainte-Walburge est probablement fondée au XIe siècle par le comte de Durbuy. Elle est mentionnée pour la première fois par écrit au XIIe siècle, dans les redevances perçues par l'abbaye de Stavelot. Ce n'est alors qu'une dépendance de la paroisse de Tohogne. Sa tour carrée, la partie la plus ancienne, est percée de meurtrières : en cas de danger, les habitants pouvaient s'y réfugier. L'église est dédiée à sainte Walburge, abbesse d'origine anglaise du VIIIe siècle.
Face à l'église se dresse la maison forte. C'était à l'origine un donjon du XIVe ou du XVe siècle, aux murs épais d'environ 1,60 mètre, qui participait à la défense de la terre de Durbuy.
L'église est fortement remaniée aux XVIe et XVIIIe siècles, et une chapelle gothique lui est ajoutée. Au XVIIe siècle, la seigneurie passe à des familles de marchands.
Vers 1684, J.-M. Marchant, maître de forges à Mormont, fait construire une grande ferme en pierre calcaire disposée en U, rue des Combattants : c'est l'ex-ferme Marchant, l'une des plus belles du village. La carte de Ferraris, dressée vers 1777, montre Wéris groupé autour de son noyau, entouré de vergers et de petits champs clos. En 1793, le village compte une soixantaine de maisons, 47 cultivateurs et des artisans : cordonniers, maçons, maréchaux.
Sous le régime français, la commune de Wéris est créée en réunissant Wéris, Morville, Oppagne et Wenin ; elle fait partie du département de Sambre-et-Meuse. Le hameau de Biron lui est rattaché de 1818 à 1823, et la commune fait partie de la province de Luxembourg à partir de 1839.
Au XIXe siècle, l'agriculture se modernise : on abandonne la jachère, les machines arrivent et l'on chaule les terres pauvres. Deux fours à chaux apparaissent au nord-ouest du village. La population monte jusqu'à 491 habitants, une école est ouverte, et la plupart des maisons et des fermes que l'on voit aujourd'hui datent de cette époque, comme plusieurs chapelles de la seconde moitié du siècle.
L'église est classée monument historique en 1938 et restaurée au milieu du XXe siècle. À la fusion des communes de 1977, Wéris perd son statut de commune et devient une section de Durbuy.
Les rochers naturels du plateau ont nourri des légendes, rapportées notamment par J.-C. Comblin dans ses Histoires, contes, légendes du Pays de Durbuy (1980).
Le Lit du Diable est un bloc de poudingue d'environ 2,40 mètres de long, avec une partie plate et une partie plus haute, comme un oreiller. On raconte qu'un meunier de la vallée de l'Aisne, qui manquait d'eau, avait promis son âme au Diable en échange d'une digue construite en une seule nuit. Trompé au matin, le Diable furieux détruisit la digue, puis vint s'allonger sur cette pierre pour se reposer.
Un peu plus loin, la Pierre Haina, une aiguille rocheuse surnommée le « menhir blanc », boucherait un trou menant au centre de la Terre : le Diable la soulèverait pour remonter faire ses méfaits ou redescendre en enfer. Pour le tenir à distance, les habitants avaient l'habitude de la blanchir à la chaux chaque année, à l'équinoxe d'automne.
Enfin, une pierre marquée d'un dessin mystérieux, entre Wéris et Oppagne, a donné son nom au Pas-Bayard : certains y voient la trace du sabot du cheval Bayard, qui portait les Quatre Fils Aymon dans leur fuite devant Charlemagne.
Wéris fait partie des Plus Beaux Villages de Wallonie depuis 1995. En 2021, l'église Sainte-Walburge a reçu neuf nouveaux vitraux, dont huit racontent la vie de la sainte. Ils ont été dessinés par Gilbert Laloux, artiste de Durbuy, et réalisés avec les maîtres verriers Rita et Bernard Debongnie, de Chastre.
Des promenades balisées relient les dolmens, les menhirs et les pierres à légendes, et la Maison des Mégalithes sert de point de départ pour découvrir le plateau.
Pour prolonger la découverte de Wéris, à voir aussi sur l'Annuaire Wallon en Vidéo : Maison des Mégalithes.
Dernière mise à jour : 22/10/2026
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