Commune de Saint-Hubert — Province de Luxembourg
Mirwart, Mirwå en wallon, s'est construit dans la grande forêt d'Ardenne, au bord de la Lomme. Aux VIIe-IXe siècles, la région est liée aux ancêtres de Charlemagne, et les nobles du lieu protègent l'abbaye de Saint-Hubert, tout juste fondée.
La première forteresse remonte au milieu du Xe siècle, mais les sources ne racontent pas la même chose. Pour les Plus Beaux Villages de Wallonie, un document de 951 cite des fortifications construites par un seigneur lotharingien ; pour le site du château, c'est le comte Étienne d'Ivois et de Porcien qui élève vers 955 une petite tour, que l'abbé Albert voit comme une tentative de s'emparer des terres de l'abbaye ; pour Paris Match, ce sont les moines eux-mêmes qui bâtissent vers 955 une tour pour loger leur avoué, le seigneur chargé de les défendre.
Au XIe siècle, le domaine est aux ducs de Lotharingie : Godefroid le Barbu s'en sert dans sa guerre contre l'empereur Henri III, et la forteresse est en partie détruite. En 1078, Henri de Verdun, prince-évêque de Liège, qui protège aussi la naissance de l'abbaye de Flône, la reconstruit ; l'abbaye se plaint, et selon le site du château elle est de nouveau détruite en 1084 (le Wikipédia anglais dit que l'évêque n'approuva pas l'ordre de destruction). Son successeur Otbert la relève à la fin du siècle, sans doute sous la forme d'un château à motte dont il reste des traces dans les caves, et la confie vers 1099 à Bavon de Waha. Selon le site du château, Godefroid de Bouillon, le chef de la première croisade, a lui aussi été seigneur de Mirwart.
Du XIIe au XIVe siècle, l'abbaye, les princes-évêques de Liège et plusieurs familles nobles se disputent le domaine. En 1293, Jean d'Avesnes, comte de Hainaut, l'achète sans l'accord de l'évêque, et le château passe pendant près d'un siècle des évêques de Liège aux comtes de Namur. Les avoués de Saint-Hubert qui s'y succèdent sont tour à tour des ducs de Lotharingie, des comtes de Hainaut et de Namur, des princes-évêques de Liège, des ducs de Luxembourg, puis les La Marck et les Ligne.
En 1420, la famille de La Marck-Arenberg acquiert le domaine ; il passe un temps aux ducs de Bourgogne sous Philippe le Bon, puis revient aux Arenberg sous Charles le Téméraire. Au XVIe siècle, sous Marguerite de La Marck, Mirwart connaît sa période la plus prospère. Au début du XVIIe siècle, un certain B. Funck, mort en 1629, est dit seigneur de Mirwart : c'est envers lui que s'endettent les seigneurs de Sohier. En 1677, les moines de Saint-Hubert rachètent enfin leurs droits d'avouerie, ce qui met fin à des siècles de querelles. La seigneurie de Mirwart a aussi ses arrière-fiefs, comme Redu, Lesse et Séchery.
Les guerres entre l'Espagne, l'Autriche et la France abîment le château à plusieurs reprises au XVIIe siècle. En 1706, les Arenberg vendent le domaine aux Smackers, des marchands liégeois récemment anoblis. Ils en font une résidence qui garde des allures défensives, avec une terrasse fortifiée et des tours d'angle : le château prend sa forme actuelle de 1706 à 1734, et les ancres de la façade portent la date de 1710. Les dalles funéraires de G.-F. de Smackers (1725) et de J. Thiry (1773), anciens seigneurs, sont conservées dans l'église.
Le village vit de la forêt et de l'agriculture. Le moulin banal, où les habitants sont obligés de faire moudre leur seigle, leur avoine et leur épeautre contre une redevance au seigneur, figure déjà sur une carte de 1600. Un prieuré lié à l'abbaye de Saint-Hubert a existé à Mirwart, mais il disparaît au XVIe siècle.
En 1820, Aimé-Gabriel d'Artigues, le fondateur des cristalleries de Vonêche et de Baccarat, achète le château ; il le revend quelques années plus tard, après l'avoir orné de toitures, de lucarnes et de lanternons. En 1836, le domaine passe à la Société forestière et agricole, présidée par le comte Jacques Coghen, ancien ministre des Finances ; selon le site du château, le vrai propriétaire était le roi Léopold Ier.
Après 1846, les familles Van der Linden d'Hoogvorst, d'Arrigade, Desmanet d'Erquenne et von der Becke se succèdent, et l'architecte Alphonse Balat, celui de Léopold II, transforme le château en résidence de campagne.
En 1823, Mirwart avait été rattaché à Awenne. En 1860, on creuse dans la forêt une glacière pour conserver la glace taillée en hiver dans l'étang Saint-Roch ; elle ne sert plus à la fin du siècle, avec l'arrivée de la glace artificielle. En 1869, l'église Saint-Roch, néogothique, est construite face au château par l'architecte Cordonnier, à la place d'une église plus ancienne, elle-même bâtie sur une chapelle ; son mobilier est installé de 1872 à 1877. La gare de Mirwart ouvre en 1892.
Le moulin s'arrête juste après la Première Guerre mondiale. En 1951, la famille von der Becke vend le domaine à la province de Luxembourg, qui achète aussi le moulin pour le rénover. La province restaure le château mais ne lui trouve pas d'usage : inoccupé, il est peu à peu pillé de ses meubles et de ses décors. En 1973, les ouvriers du domaine restaurent la glacière, devenue un refuge pour les chauves-souris.
En 1977, la fusion des communes intègre Mirwart à Saint-Hubert. La gare ferme en 1984. En 1991, la province vend le château mais garde les terres, qui forment le domaine provincial de Mirwart. Une école supérieure de la province y forme des éducateurs et des bibliothécaires jusqu'en 2015.
Le château est classé comme monument et site le 27 février 2012. En 2016, l'architecte John Eyers rachète la propriété et la restaure avec l'aide de la Région wallonne ; quatre peintures murales du XVIIIe siècle du salon bleu sont restaurées. Le domaine rénové, avec hôtel, restaurant et salles de réception, est inauguré le 1er août 2021.
Le 23 avril 2016, Mirwart entre dans la liste des Plus Beaux Villages de Wallonie. La plupart de ses maisons datent du XIXe siècle, quand la population augmente : fermes en long, ferme en quadrilatère, rare en Ardenne, et petites maisons à pans de bois de la place communale.
Le village est aussi celui de l'acteur Olivier Gourmet, révélé par les films des frères Dardenne. Autour, le domaine provincial, la forêt domaniale et la réserve naturelle du Pré des Forges attirent les promeneurs.
Dernière mise à jour : 23/10/2026
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