Commune de Wellin — Province de Luxembourg
Sohier, Sohire en wallon, s'étire le long d'une rue, sur une crête de la Calestienne, la bande calcaire qui sépare la Famenne de l'Ardenne.
Les plus anciennes traces d'occupation datent des premiers siècles de notre ère : au lieu-dit « Le Gibet », des fouilles ont mis au jour un cimetière gallo-romain, avec des poteries, des monnaies et d'autres objets.
À l'époque carolingienne, Sohier appartient à l'abbaye de Stavelot, pourtant lointaine. La seigneurie passe ensuite au comte de La Roche, qui la donne en fief au seigneur de Daverdisse. Un château est construit pour loger la maison seigneuriale ; selon La Libre, ses parties les plus anciennes remontent au XIVe siècle.
Au XVe siècle, la famille de Ghenart, originaire de Givet, entre à Sohier : en 1473, Jacques de Ghenart épouse Jeanne de Daverdisse, qui lui apporte la seigneurie. La famille de Daverdisse tient aussi, à la même époque, la seigneurie de Redu.
Au XVIe siècle, Ian (Jean) de Ghenart (1515-1590) a quinze enfants avec Marie d'Awen, morte en 1588 ; huit survivent. Leur monument funéraire en marbre noir et blanc, sauvé de l'ancienne église, se trouve toujours dans l'église Saint-Lambert. Son fils Évrard reprend le domaine, tandis qu'un autre fils, Hubert, achète la seigneurie voisine de Wanlin. En 1616, un donjon carré est élevé à l'angle nord-est du château, entouré de fossés.
Au XVIIe siècle, Antoine de Ghenart est criblé de dettes, notamment envers B. Funck, seigneur de Mirwart, mort en 1629. En 1635, les troupes du maréchal de Châtillon assiègent et endommagent le château, qui manque d'être saisi pour dettes.
Les guerres qui ravagent la région pendant tout le siècle, jusqu'à celles de Louis XIV, font fuir les habitants ; les soldats pillent le château et le village. Vers 1645, Jean de Ghenart, fils d'Antoine, hérite de Sohier, de Wanlin et de Chairière ; il meurt en 1685. En 1659, Sohier ne compte plus que six habitants.
Le XVIIIe siècle, plus calme, permet au village de revivre. En février 1698, Jean-Philippe de Ghenart épouse Marguerite de Hamal ; il meurt à Sohier en 1714. Au début du XVIIIe siècle, la dernière héritière des Ghenart épouse un Lamock, et la seigneurie passe à cette famille.
Le dernier des Lamock, Charles (1792-1858), meurt sans s'être marié. Sohier passe à sa sœur Marie-Charlotte, épouse de Joseph-Nicolas de Baré de Comogne. Leur héritier, Lambert de Baré (1823-1887), transforme le château en 1866 : l'ancienne forteresse perd son caractère défensif et devient une résidence de campagne, et le donjon, démonté car il menaçait ruine, est reconstruit en tour carrée.
En 1860, la baronne de Baré de Comogne fait construire la chapelle Notre-Dame des Sept Douleurs, néogothique, en calcaire, au bout d'une allée de 38 tilleuls, au hameau de Barzin (Wikipédia la date de 1870).
En tout, une même lignée de trois familles alliées garde la seigneurie puis le château pendant près de 400 ans, jusqu'à sa vente en 1902.
La plupart des maisons de Sohier datent de la seconde moitié du XIXe siècle : moellons de calcaire et de grès, toits d'ardoise, et parfois des pignons à colombages, comme à la ferme du n° 11 rue Haute, datée de 1872 par ses ancres, avec son fournil, sa porcherie et son ancienne bergerie. La ferme en long du n° 17 rue Basse porte la date de 1866 ; elle s'agrandit ensuite de deux étables, signe du développement de l'élevage.
En 1870, l'église Saint-Lambert est reconstruite et agrandie, dans un style éclectique aux accents romans ; faute de place, le cimetière est déplacé au bas du village. Le presbytère suit, puis l'école, construite en 1879 rue Basse sur les plans de l'architecte Cordonnier, avec une seule classe pour les garçons et les filles et le logement de l'instituteur. Quand Sohier forme une commune avec Fays-Famenne et Froidlieu, la maison communale se trouve à l'étage de l'école.
Depuis la vente de 1902, le château a connu sept propriétaires. En 1926, la grande ferme au nord et les dépendances sont démolies pour agrandir le parc, et après la Seconde Guerre mondiale, la tour carrée perd son décor néogothique. En 1995, M. et Mme François Taeymans-Joosten l'achètent et entreprennent sa restauration. Le parc compte une quinzaine d'arbres remarquables.
Sohier est une commune à part entière jusqu'à la fusion de 1977, qui l'intègre à Wellin. Le village n'a aucun monument classé, mais une trentaine de bâtiments sont inscrits à l'inventaire du patrimoine, et il fait partie des Plus Beaux Villages de Wallonie. L'ancienne école, fermée, doit devenir un lieu de découverte de la vie rurale.
Dernière mise à jour : 23/10/2026
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