Commune de Ferrières — Province de Liège
Vieuxville, Vîveye ou Vîhevèye en wallon, s'est installé au confluent de la Lembrée et de l'Ourthe. Sur son dernier kilomètre, la Lembrée coule presque parallèlement à l'Ourthe, entre des vallées encaissées, et les deux rivières enserrent un étroit éperon rocheux : c'est là que s'élèvera le château de Logne. La Lembrée rejoint l'Ourthe à la ferme de Palogne. L'ancienne commune comprenait aussi Sy, Logne et Palogne.
L'éperon a servi de refuge dès la préhistoire. Près de l'ancienne église, une source marque l'endroit où la Lembrée ressort d'un cours souterrain ; l'archéologue Janine Alénus-Lecerf y voyait la trace possible d'anciens cultes de l'eau. Un tambour de colonne cannelée gallo-romain a d'ailleurs servi d'autel dans l'église romane.
Sur la colline au-dessus de l'église, un cimetière mérovingien de 190 tombes a été mis au jour. Il est utilisé depuis le deuxième quart du Ve siècle, peut-être même avant, jusqu'au milieu du VIIe siècle, ce qui en fait l'un des plus anciens de Wallonie. La plupart des objets découverts sont exposés au musée du château de Logne, à la ferme de la Bouverie.
Selon la page Wikipédia du château, Logne était encore un territoire romain au Ve siècle, qui aurait résisté aux envahisseurs germaniques, puis aux Normands quatre siècles plus tard.
En 862, Logne apparaît sous le nom de Lomna dans une charte de Lothaire II, roi de Lotharingie : elle appartient à l'abbaye de Stavelot. Vers 883-885, le château est cité pour la première fois, comme refuge des moines pendant les invasions normandes.
Au début du XIIe siècle, l'abbé Wibald, le fondateur de la principauté de Stavelot, fait de Logne un comté et fortifie le refuge ; le donjon du nord-ouest, résidence de Nicolas de Logne, est construit, et Wibald fonde un village au pied du château (le même Wibald qui aurait joué un rôle dans l'église d'Ocquier). Un texte de 1105 parle déjà du « château de Logne ». Le comté de Logne devient le district ouest de la principauté de Stavelot-Malmedy, et sa forteresse en garde la frontière.
Dans la vallée, une église est construite au XIIe siècle, après 1100, à l'emplacement d'un oratoire plus ancien. La grande ferme de la Bouverie, carrée, sur la route de Liège, appartient aussi à l'abbaye ; elle est citée au XVIe siècle mais sans doute plus ancienne. La ferme castrale de Bomal, de l'autre côté de l'Ourthe, dépendait elle aussi du château de Logne.
Au XIIIe et au XIVe siècle, les comtes de Luxembourg occupent deux fois le château sans en avoir le droit, de peur qu'il ne tombe aux mains de leurs ennemis, comme le prince-évêque de Liège.
En 1427, l'abbé Jean Godeschalc de Gueuzaine, à court d'argent, engage les terres et le château à Évrard de La Marck pour 4 000 florins du Rhin. Plusieurs membres de cette famille sont surnommés les « Sangliers des Ardennes ». En 1478, son petit-fils Guillaume de La Marck, soutenu par la France, s'installe dans la forteresse et s'en sert contre le prince-évêque de Liège et les Bourguignons ; c'est le même Guillaume qui achète la seigneurie de Harzé en 1467.
En 1480, Maximilien d'Autriche, régent des Pays-Bas, prend Logne ; Guillaume le reprend en 1482 et y installe son gendre, Jeannot le Bâtard, qui en fait un repaire de pillards. Guillaume est exécuté à Maastricht en 1485, mais ses frères continuent la lutte contre le prince-évêque Jean de Hornes. À la fin du XVe siècle, une enceinte basse est ajoutée pour résister à l'artillerie, et un puits d'environ 70 mètres, creusé à la fin du XIVe ou au début du XVe siècle, alimente la forteresse grâce à une grande roue d'écureuil en bois.
En 1514, Guillaume de Jametz, fils de Robert II de La Marck, prend possession de Logne. Mais Robert II, surnommé « le Diable », se range du côté de François Ier contre Charles Quint. L'empereur envoie Henri de Nassau-Bréda : de la fin avril au 1er mai 1521, vingt canons installés sur les collines voisines bombardent la forteresse. La garnison est décimée, et les survivants qui se rendent sont exécutés.
Le château est démantelé, avec interdiction de le reconstruire, et la colline est rendue plus tard aux moines de Stavelot. La roue d'écureuil, détruite, est jetée dans le puits, qui est comblé. Les pierres des ruines servent à rebâtir les villages des environs ; la ferme de la Bouverie reste un bel exemple d'architecture rurale du XVIe siècle.
Au XVe siècle, des peintures murales sont réalisées sur les murs et les voûtes du chœur de l'église. Au XVIIe siècle, la tour de l'église s'effondre ; les trois nefs disparaissent peu à peu, et à la fin du XIXe siècle une nouvelle église est bâtie à une soixantaine de mètres à l'est. Seul reste le chœur roman du XIIe siècle, au milieu du cimetière : c'est la chapelle romane de Vieuxville, inscrite au patrimoine exceptionnel de Wallonie pour ses peintures. Des fouilles y sont menées en juillet 1982, pendant sa restauration ; elles ont livré quelques tombes et des tessons de céramique d'Andenne.
Les ruines de Logne restent à l'abandon jusqu'en 1898. Au début du XXe siècle, leur propriétaire, l'avocat anversois Auguste Dupont, et l'association des Amis de Logne entreprennent une première restauration et des fouilles. En 1968, la province de Liège achète le site ; en 1984, elle en confie la gestion au domaine touristique du vallon de la Lembrée, aujourd'hui le domaine de Palogne.
Le puits est redécouvert en 1973 par une quinzaine de bénévoles. Fouillé dans les années 1990, il est vidé jusqu'au fond, atteint le 15 mai 2003 à 56 mètres : plus de 500 tonnes de déblais, plus de 2 000 objets, et les restes de la roue d'écureuil de la fin du XVe siècle, que le musée espère restaurer.
Vieuxville est une commune à part entière jusqu'à la fusion de 1977, qui l'intègre à Ferrières. En 2021, le domaine fête les 500 ans du siège. Le 30 mai 2023, une passerelle et une tour donnant accès au puits sont inaugurées, pour plus de 428 000 euros.
Le château et son musée de la Bouverie accueillent environ 30 000 visiteurs par an. On y visite aussi les souterrains et un espace médiéval lié à la légende de la gatte d'or, la chèvre d'or. Le village attire les randonneurs, les pêcheurs et les kayakistes, et une passerelle sur l'Ourthe le relie au RAVeL.
Dernière mise à jour : 23/10/2026
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