Commune de Aywaille — Province de Liège
Le territoire de Harzé monte d'environ 220 mètres au nord à 440 mètres au sud, au thier du Pouhon. Il est arrosé par le Wayai, qui rejoint le bassin de l'Amblève, et par le ruisseau de la Heid Copin, le cours supérieur de la Lambrée, qui part vers l'Ourthe. Le sous-sol calcaire est percé de nombreux chantoirs, ces trous où les ruisseaux disparaissent sous terre, surtout à l'ouest du village.
Des silex taillés témoignent d'une présence préhistorique, et un menhir se dresse à Havelange, un hameau de Harzé. Havelange a aussi livré des traces de l'époque gallo-romaine.
Le nom est d'origine gallo-romaine : il serait formé sur un nom de personne germanique, Harinso, avec le suffixe -iacum qui désigne un domaine. Il est écrit Harenzey en 1064, Harenzeis vers 1131, Hariseis en 1150, Harseez en 1332, puis Harsée et Harsé, avant de devenir Harzé.
Selon la Région wallonne, la seigneurie de Harzé est citée dès 890 parmi les dépendances du comté de Montaigu, en Ardenne ; le site d'histoire locale parle plutôt d'une « villa Harzia » en 930. Le village se serait formé autour d'une maison forte bâtie sur un éperon au-dessus du Wayai, à l'époque des raids normands et hongrois. En 1064, la comtesse Ermengarde, veuve de Gozelon de Montaigu, est dite « de Harenzey » dans une charte de l'abbaye de Saint-Hubert. L'église Saint-Jacques est mentionnée pour la première fois vers 1131.
Jusqu'en 1795, Harzé et Aywaille forment une enclave du duché de Luxembourg, rattachée au quartier de Durbuy, coincée entre la principauté de Liège, l'abbaye de Stavelot et le duché de Limbourg. Les seigneurs de Harzé y ont la haute et la basse justice, et ils choisissent le curé.
La seigneurie passe aux Clermont. Louis de Clermont, à la fin du XIIIe et au début du XIVe siècle, développe le domaine autour de l'église ; le donjon, la partie la plus ancienne qui subsiste, daterait de cette époque. Plusieurs Clermont sont enterrés dans la chapelle du château. Les Beaufort-Celles leur succèdent à la fin du XIVe siècle.
En 1467, après la bataille de Brustem, Louis de Celles vend Harzé à Guillaume de la Marck, un des chefs de cette puissante famille ardennaise, qui tient aussi le château de Logne, à Vieuxville. Guillaume est exécuté à Maastricht en 1485. Les La Marck gardent Harzé jusqu'à la mort sans enfant de Robert III en 1544 ; sa sœur Marguerite épouse en 1547 Jean de Ligne, et la seigneurie entre dans la famille des princes de Ligne.
Un inventaire de 1566 décrit encore une maison modeste : une tour, une cuisine et deux salles. En 1625, Albert de Ligne vend Harzé au général Ernest de Suys, un militaire de la guerre de Trente Ans, fait baron en 1629 puis comte du Saint-Empire en 1639.
C'est lui qui donne au château l'essentiel de son visage actuel, entre 1632 et sa mort en 1645 : le corps central, avec sa façade de neuf travées sur la cour, la tour d'angle et la longue galerie Renaissance de quatorze arcades, sur colonnes toscanes, avec des fenêtres à meneaux. C'est un bel exemple de Renaissance mosane. Dans la cour de la ferme, deux tours rondes en calcaire datent aussi du XVIIe siècle ; une pierre de la tour porte la date de 1647.
En 1672, sa descendante Ernestine de Suys épouse Ferdinand d'Aspremont-Lynden, et le domaine passe dans cette famille.
En 1700, Claire Joséphine, héritière du domaine, épouse Frédéric d'Eynatten. Le comte d'Eynatten fait construire des bâtiments dans la grande cour, dont la conciergerie en 1724. En 1703, le meunier Gérard de Houssonloge lui achète l'ancien moulin banal, déjà cité au XVIe siècle, et le reconstruit en calcaire et en grès. Il existe toujours au bord du Wayai, rue du Moulin ; sa roue actuelle date de 1968.
À la même époque, on exploite le fer dans la région, du XIVe au XVIIIe siècle, et plusieurs forges marchent à l'eau de la Lambrée ; un ruisseau du village s'appelle encore le Pré au fourneau.
En 1738, les Eynatten vendent Harzé à Louis Ignace de Rahier. En 1753, le baron Ferdinand de Rahier et son épouse Marie-Agnès de Berlaymont font construire le grand portail d'entrée, qui porte leurs armoiries. Le presbytère en brique, à droite de l'église, date de 1763. Beaucoup de maisons et de fermes en calcaire du village sont de ce XVIIIe siècle, comme la demeure du n° 4 rue du Chaffour ou la ferme de Pirombœuf, carrée, vers 1700.
En 1795, avec l'arrivée des Français, Harzé est rattaché au département de l'Ourthe. Le dernier Rahier, Jules Ferdinand Louis, meurt au château en 1813.
Entre 1815 et 1830, quatre fours à chaux fonctionnent à Harzé. Selon le site d'histoire locale, la route de Bastogne est construite en 1839 : on démolit alors des défenses et une ancienne ferme, et on comble les fossés du château.
En 1842, les héritiers de Ferdinand de Berlaymont vendent Harzé au notaire Aubert, de Ciney. En 1873, Pierre Fermont achète le château et la ferme et bâtit une nouvelle ferme. Les ailes de la cour de ferme sont abattues à la fin du siècle.
L'ancienne église Saint-Jacques, qui se dressait près du château, est démolie : en 1875 selon l'inventaire du patrimoine, en 1878 selon une autre fiche de la Région wallonne. Une nouvelle église est bâtie de 1876 à 1879 dans le village, en calcaire, de style néo-roman. Il reste près du château des traces de l'ancienne chapelle et du vieux cimetière.
En 1908, le château passe par mariage à Edgar de Potter d'Indoye, dont la famille sera la dernière propriétaire privée. De 1909 à 1924, il le restaure et construit l'entrée nord, avec ses deux tourelles.
Les Américains arrivent à Harzé en septembre 1944. L'armée américaine réquisitionne le château le 29 octobre 1944. Il devient le quartier général du XVIIIe corps aéroporté du général Matthew Ridgway, qui joue un grand rôle pour arrêter l'offensive allemande dans les Ardennes en décembre 1944. Selon TracesOfWar, le maréchal Montgomery y rend visite à Ridgway le 24 décembre 1944. En janvier 1945, la 84e division d'infanterie américaine a aussi son quartier général à Harzé ou tout près.
Selon le site d'histoire locale, fin octobre 1944, un V2 allemand explose sur le mont de Lart et le souffle brise les vitres de la galerie. Les Américains restent au château jusqu'au 31 mai 1946. Une stèle en mémoire des libérateurs y est inaugurée le 17 février 2006.
Le château et son parc sont classés comme monument et site le 5 mars 1965. Harzé est une commune à part entière jusqu'à la fusion de 1977, qui l'intègre à Aywaille. En 1973, la province de Liège achète tout le domaine et en fait un centre de séminaires résidentiel ; les anciennes dépendances accueillent le Musée de la Meunerie et de la Boulangerie, avec un moulin à eau reconstitué.
En 2020, la province décide de vendre le château. Le 15 juin 2023, le conseil provincial approuve sa vente pour 2 millions d'euros à l'Immobilière du Sart, qui s'engage à garder l'accès au public, les chambres, le restaurant et le musée. Le château accueille aujourd'hui séminaires, mariages et événements ; le musée a été fermé temporairement après la vente.
Le village garde son moulin, son église, son presbytère et ses maisons de calcaire, et ses hameaux : Houssonloge, Havelange, Paradis, Pavillonchamps, Pirombœuf, Fy ou encore le Pouhon.
Dernière mise à jour : 23/10/2026
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