Commune de Beaumont — Province de Hainaut
Le nom de Barbençon apparaît au IXe siècle, sous la forme Barbenzon, dans un polyptyque de l'abbaye Saint-Pierre de Lobbes, la liste des biens de l'abbaye ; une source le date de 868. Le village dépend alors de Lobbes.
Il s'est installé dans un fond de vallée creusé par le ruisseau du Barbesigneau, là où s'étend aujourd'hui le lac, au pied de l'ancien château.
Du Moyen Âge à la fin de l'Ancien Régime, l'histoire du village se confond avec celle de ses seigneurs. Le premier connu est Isaac, seigneur de Barbençon et de La Buissière, cité vers 1110 et pair de Hainaut, qui épouse Mahaut de Rumigny. Son fils Nicolas est conseiller du comte Baudouin V et figure en 1200 parmi les nobles qui approuvent les nouvelles lois de Mons.
La terre de Barbençon est une seigneurie à bannière et l'une des douze pairies du comté de Hainaut. Elle comprend cinq villages : Barbençon, Boussu-lez-Walcourt, Erpion, Renlies et Vergnies.
La famille se divise en plusieurs branches : Barbençon-Jeumont, Barbençon-Villers-Sire-Nicole, Barbençon-Donstiennes, Barbençon-Avelin. Elle possède aussi les terres de Solre-sur-Sambre, où elle bâtit un château fort, et plus tard le château de Fagnolle.
Au XIVe siècle, ses descendants posent les bases d'un grand château ; une tour ronde y est élevée en 1407, pour mieux résister à un siège. Le personnage le plus célèbre de la famille est Jean III de Barbançon-Jeumont, né vers 1370 : au service des ducs de Bourgogne, il combat à la bataille d'Othée contre les milices liégeoises et meurt à Azincourt en 1415. À une date qu'on ignore, le village est incendié et pillé par des milices venues de Thuin, et il aura du mal à s'en relever.
Au milieu du XIVe siècle, l'héritage est partagé entre trois filles, et l'une d'elles, Eustache, épouse Jean, baron de Ligne. Au XVe siècle, la terre de Barbençon passe ainsi à la maison de Ligne.
Au début du XVIIe siècle, les archiducs Albert et Isabelle érigent Barbençon en principauté. La plupart des sources nomment Robert de Ligne comme premier prince ; une autre parle d'Albert de Ligne, son fils, en 1613 ou 1614. Vers 1600, l'album du duc de Croÿ montre le château sous la forme d'un quadrilatère flanqué de tours, précédé d'un châtelet.
En 1633, selon L'Avenir, Albert de Ligne fait construire un nouveau château par l'architecte Jacques Franquart, avec une chapelle et un grand vivier, à l'origine du lac actuel. En 1693, Octave de Ligne-Arenberg, prince de Barbençon, est tué à la bataille de Neerwinden ; avec lui s'éteint la lignée, et le titre passe à d'autres familles.
La tour-porche gothique de l'église Saint-Lambert porte la date de 1589 ; les trois nefs datent du dernier tiers du XVIe siècle. Une porte de l'église porte les armes et la devise des seigneurs de Barbençon.
Après la mort de Robert de Ligne, sa veuve, Claude de Rhingrave, offre un terrain aux frères mineurs (franciscains) de la province de Flandre, avec l'accord de l'évêque de Liège et des archiducs. Une croix est plantée à l'emplacement du couvent en présence de la princesse, de son fils et de l'abbé d'Orval, Bernard de Montgaillard ; l'abbé d'Aulne, Henri Welpens, pose la première pierre.
Le couvent est consacré en 1616 et son église en 1623. En 1626, la peste emporte dix religieux en quelques jours. Peu après, la communauté adopte la stricte observance : ses frères sont désormais des récollets. Ils prêchent dans 36 villages des environs.
À la Révolution, le couvent est supprimé et vendu à Joseph Druez, de Barbençon, pour 20 000 livres.
Par le traité de Nimègue, en 1678, la terre de Barbençon devient française : une enclave rattachée à la prévôté de Maubeuge, au milieu des Pays-Bas espagnols puis autrichiens.
Le XVIIIe siècle laisse de nombreuses traces dans le village. Le transept et le chœur classiques de l'église sont bâtis dans le premier tiers du siècle, et la tour-porche est rehaussée en 1720. La chapelle Sainte-Anne porte un chronogramme de 1779, et l'ancienne maison communale un cartouche « Hôtel de ville anno 1782 ». Rue de l'Étang, une ferme porte les dates de 1753 (grange) et 1756 (logis).
En 1774, selon L'Avenir, le château est vendu à un comte bavarois. En 1790, Barbençon est rattaché au département du Nord, dans le district d'Avesnes, et en 1795 il se retrouve enclavé dans le département de Jemappes. Le second traité de Paris, en 1815, le rattache au royaume des Pays-Bas, dans la province de Hainaut. En 1831, au moment de l'indépendance belge, des habitants auraient réclamé, sans succès, leur rattachement à la France.
Barbençon vit longtemps du marbre et du verre. Une verrerie y aurait existé dès 1559, et au XVIIe siècle la famille de Colnet exploite une verrerie au village. Une carrière de marbre noir fournit des chantiers lointains ; selon L'Avenir, son marbre est allé jusqu'à Versailles. La rue des Marbriers et les dalles funéraires de l'église, dont celle d'un marbrier, rappellent ce métier. La potale Saint-Joseph, de 1656, évoque un accident survenu dans une carrière le 1er septembre 1642. La carrière ferme au XXe siècle.
En 1817, la chapelle Notre-Dame des Lumières est érigée sur le site des Bosquetaux, au milieu d'une trentaine d'ifs ; le plus vieux aurait cinq à six siècles.
En 1825, l'industriel Jules Simonis fait abattre le vieux château et construire à sa place une demeure néoclassique, d'abord un pavillon de chasse. Du château médiéval ne restent qu'une muraille au bord du lac et le châtelet d'entrée, transformé au XXe siècle. Au début du XXe siècle, Ernest de Barchifontaine est bourgmestre jusqu'en 1914 ; la place du village porte le nom de Paul Barchifontaine.
Le monument aux morts de Barbençon porte les noms de deux soldats de 1914-1918, René Van den Avenne et Gaston Mormal, d'un déporté, René Colinet, et d'un prisonnier politique de 1940-1945, Schelfhout. Pendant les deux guerres, le grand feu n'a pas lieu.
L'église Saint-Lambert est classée en 1955 ; sa restauration, avec la reconstitution des voûtes lambrissées, s'achève en 1975. En 1966, un grand incendie ravage le château néoclassique, dont il ne reste que le rez-de-chaussée. Barbençon est une commune à part entière jusqu'à la fusion de 1977, qui l'intègre à Beaumont. La potale Saint-Joseph est classée en 1987, la ferme de la Perruque, ancienne ferme des seigneurs, en 1988, et les ifs des Bosquetaux deviennent une réserve naturelle domaniale en 2003.
Le grand feu de Barbençon a lieu le dimanche qui suit le Mardi gras. Un char en bois aux roues cerclées de fer, chargé de paille, de fagots et du « bonhomme hiver », est tiré à la chaîne par les « saqueux », parfois plus d'une centaine de jeunes. Les « astoqueux », des hommes mariés, le bloquent avec des cales, et les « destoqueux », des jeunes célibataires, le dégagent avec de longues perches. Le soir, vers 20 heures, les derniers jeunes mariés allument le feu, et la journée se termine par la danse des sept sauts.
On ne sait pas dater l'origine de la fête ; les plus anciennes traces sont une photo de 1938 et un article du Journal de Charleroi de 1948. Interrompue pendant les deux guerres et en 1958 et 1959, elle est relancée en 1960 par un nouveau comité, aujourd'hui la Jeunesse de Barbençon. Selon Wikipédia, elle est reconnue en 2018 comme chef-d'œuvre du patrimoine oral et immatériel de la Fédération Wallonie-Bruxelles.
En avril 2016, Barbençon reçoit le label « Un des Plus Beaux Villages de Wallonie ». Le village compte quatre monuments classés et plus de quarante éléments inscrits à l'inventaire du patrimoine, avec ses maisons et fermes de pierre calcaire, parfois chaulées, des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles.
Dernière mise à jour : 25/10/2026
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