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Commune de Froidchapelle — Province de Hainaut

Histoire complète de Vergnies

Le pays des aulnes

Selon l'historien tournaisien Alexandre-Guillaume Chotin, le nom de Vergnies viendrait de verne ou vergne, mots gaulois qui désignent un endroit où poussent beaucoup d'aulnes. Ces arbres bordent toujours les ruisseaux de Vergnies et de Buissignies, qui traversent le village.

Le sous-sol a livré des débris de vases et de poteries des premiers siècles de notre ère, des monnaies de bronze des empereurs Hadrien et Antonin le Pieux, et des objets funéraires de l'époque franque.

Une terre de Barbençon (Xe-XVe siècles)

Avec Barbençon, Boussu-lez-Walcourt, Erpion et Renlies, Vergnies forme le fief des seigneurs de Barbençon, l'une des douze pairies du comté de Hainaut ; le plus ancien seigneur connu, Isaac de Barbençon, est cité en 1110.

Une première église ou chapelle est construite au Xe ou au XIe siècle. Entre 1189 et 1201, Nicolas de Barbençon, seigneur de Vergnies, la donne à l'abbaye de Lobbes. Le nom du village apparaît pour la première fois en 1207, dans une charte de l'abbaye d'Aulne qui parle de cette donation.

En 1444, la paroisse se sépare de celle de Renlies ; c'est une « quarte-chapelle », aux revenus modestes. En 1469, Vergnies compte 20 feux, soit environ 90 habitants.

Le fer, le charbon de bois et le château-ferme (XVIe-XVIIIe siècles)

Sous Charles Quint, puis sous les archiducs Albert et Isabelle, le village prospère grâce à l'industrie du fer et à la fabrication du charbon de bois. L'église est agrandie, et des colonnes de type hennuyer y sont posées au XVIe siècle.

Au XVIIe siècle, une famille de maîtres de forges venue de Liège, les Le Rond du Bois-Jacques, fait construire le château-ferme : un quadrilatère fermé en calcaire et en briques, dont la porte charretière est défendue par cinq arquebusières et une tourelle d'escalier ronde. En 1712, Marie-Christine Le Rond épouse le chevalier Paul Emmanuel des Brochers des Loges, et le domaine passe à cette famille, qui le vendra pendant la Révolution.

À l'église, un confessionnal de style Louis XV porte un chronogramme de 1773.

Français de 1678 à 1815

Par le traité de Nimègue, en 1678, l'Espagne cède à la France la principauté de Barbençon, dont Vergnies fait partie : le village dépend désormais de la prévôté de Maubeuge. En 1793, il est rattaché au département du Nord, dans l'arrondissement d'Avesnes, d'abord dans le canton de Barbençon, puis dans celui de Solre-le-Château.

En 1815, Vergnies revient aux Pays-Bas méridionaux, la future Belgique. Pourtant, sa paroisse reste longtemps tournée vers la France : jusqu'en 1890, elle dépend de l'archevêché de Cambrai, ses curés sont français et ses séminaristes sont ordonnés à Cambrai. Elle passe alors au diocèse de Tournai.

Deux enfants du village

François-Joseph Gossec, parfois écrit Gosset, naît à Vergnies en 1734 dans une famille de paysans. Son curé remarque ses dons ; formé à Walcourt, puis choriste à la cathédrale d'Anvers, il y apprend le chant, le clavecin, le violon et les bases de la composition. En 1751, il part pour Paris, recommandé à Jean-Philippe Rameau, et entre dans l'orchestre du fermier général La Pouplinière, dont il devient chef.

Gossec compose dès 1756 ses premières symphonies et passe pour avoir introduit le genre en France. Il dirige le Concert des amateurs, puis le Concert spirituel et l'Opéra. Sous la Révolution, il écrit les hymnes et les musiques des grandes fêtes, comme celle de la Fédération en 1790, au point d'être considéré comme le musicien officiel de la Révolution. En 1795, il fonde le Conservatoire de Paris avec Grétry et entre à l'Institut ; Napoléon le fait chevalier de la Légion d'honneur. Il meurt à Passy en 1829, à 95 ans, et repose au Père-Lachaise, près de Grétry.

Vergnies a vu naître un autre homme remarquable : Nicolas Dubois, né vers 1620 dans une famille modeste, devenu un savant canoniste. Professeur à l'université de Louvain en 1654, puis président du Collège du Roi, il combat fermement le jansénisme ; ses origines roturières lui auraient fermé l'archevêché de Malines. Une stèle, à l'entrée du cimetière, porte l'hommage « des Vergnotins à Nicolas Dubois ».

Du XIXe au XXe siècle

En 1845, Charles Thiry, directeur de l'Hôtel des Monnaies de Bruxelles, achète le château-ferme et lui donne une façade de style Louis XVI-Empire, avec fronton, colonnes toscanes et oculus. Le 11 janvier 1896, un incendie détruit la grande aile ; elle est reconstruite. Au XXe siècle, Clovis Coppée, président du tribunal de première instance de Mons, puis son fils André Coppée, dernier bourgmestre de Vergnies, poursuivent la restauration.

De 1848 à 1877, le bourgmestre est Gustave Van Leempoel de Nieuwmunster, sénateur de Thuin. C'est lui qui offre, en 1877, la fontaine surmontée du buste en bronze de Gossec, inaugurée devant l'église à l'initiative du journaliste Clément Lyon ; la fontaine est aujourd'hui tarie. La maison natale du compositeur, au n° 35 de la rue Gossec, porte une inscription. Pendant ce temps, la mécanisation de l'agriculture fait peu à peu baisser la population.

À la fin de la Première Guerre mondiale, les Allemands obligent la commune à loger 65 déportés français venus des régions proches du front. En 1943, l'armée allemande installe au nord-ouest du village un poste d'émission avec une tour d'observation en bois de 35 mètres.

L'église Saint-Martin, qui garde des maçonneries antérieures à l'an mil et un chœur à chevet plat du XIIIe siècle, est restaurée en 1937 et classée en 1941. Vergnies est une commune à part entière jusqu'à la fusion de 1977, qui l'intègre à Froidchapelle.

Vergnies aujourd'hui

En 1974, un parc résidentiel de 15 hectares est créé au lieu-dit Cul-de-cheval et accueille plus d'une centaine de nouveaux habitants. Sur les hauteurs, des éoliennes ont été installées à partir des années 2000, autour de Vergnies, Barbençon, Renlies et Solre-Saint-Géry.

Au début des années 2020, la restauration du château-ferme, devenu gîte, supprime les colonnes toscanes et la terrasse du XIXe siècle. Vergnies compte 530 habitants en 2020 ; l'agriculture y reste la première activité, à côté du bois et du tourisme des lacs de l'Eau d'Heure tout proches.

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