Commune de Philippeville — Province de Namur
Près du village se dressent deux formations naturelles de calcaire que l'on a interprétées comme une pierre de sacrifice et un cromlech du Néolithique. Ce sont des rochers naturels : leur usage par les hommes de la préhistoire reste une hypothèse.
Le village s'est installé à la limite de la Fagne et de la Calestienne, au nord de la forêt de Thiérache. Le ri de Fagnolle y faisait tourner deux moulins à eau.
À la fin du XIIe siècle, un château est élevé sur une motte castrale, une butte de terre artificielle, au milieu d'une vallée marécageuse. Selon plusieurs sources, ce sont les comtes de Hainaut qui le font bâtir ; le site de l'asbl des Amis du château parle des seigneurs de Fagnolle. Contrairement à la plupart des châteaux de la région, il n'est pas perché sur un rocher : il surveille la « trouée de l'Oise », un passage souvent emprunté par les armées.
Le premier seigneur connu est Hugues Ier de Rumigny, cité en 1249 dans un acte de mariage. Au XIVe siècle, le château prend sa forme définitive : une enceinte presque carrée flanquée de quatre tours rondes, entourée de douves en eau, avec une seconde douve et une enceinte extérieure.
La seigneurie passe des Rumigny-Florennes à leurs cousins d'Enghien. Au XVe siècle, Gérard d'Enghien et Marie de Fagnolle modernisent le château. Par le mariage de Marie d'Enghien avec Aubert de Cany, la terre passe un temps à la famille de Cany ; cette Marie d'Enghien fut la maîtresse de Louis, duc d'Orléans, et la mère de Jean d'Orléans, le célèbre comte de Dunois.
En 1441, le domaine entre dans la famille de Barbançon, qui en fait une résidence seigneuriale sans renoncer à sa défense. Il passe ensuite à Yolande de Barbançon-Werchin, qui épouse en 1543 Hugues de Melun, prince d'Épinoy. Leur fille Marie de Melun l'apporte en mariage à Lamoral, premier prince de Ligne : au début du XVIIe siècle, Fagnolle devient une terre des Ligne, qui la garderont jusqu'à la fin de l'Ancien Régime.
Au milieu du XVIe siècle, la région est un champ de bataille entre le roi de France Henri II et l'empereur Charles Quint, qui vient de fonder Mariembourg toute proche. En 1554, les troupes françaises s'emparent du château. En 1555, Guillaume de Nassau, prince d'Orange, le futur Guillaume le Taciturne, le reprend et le fait en partie démanteler pour que les Français ne puissent plus s'en servir. Une source de 2020 place ce démantèlement en 1554, sur ordre de Charles Quint.
Une garnison y reste, mais le château ne retrouve jamais son rôle. En 1659, le traité des Pyrénées déplace la défense des Pays-Bas espagnols vers la Sambre : le château est définitivement abandonné. Les Ligne en restent propriétaires, et les habitants viennent y chercher des pierres pour bâtir leurs maisons.
Enclavée dans la principauté de Liège, près de Couvin et de Mariembourg, la terre de Fagnolle est une seigneurie souveraine du Saint-Empire romain germanique, qui ne relève ni de Liège ni des Pays-Bas. C'est l'un des plus petits territoires de l'Empire.
En 1770, l'empereur Joseph II l'élève au rang de comté d'Empire pour le prince Charles-Joseph de Ligne, le célèbre « prince rose », écrivain et diplomate (certaines sources parlent même de principauté). Le prince fait frapper un ducat à son effigie, avec la légende « CAROLUS P.S.I.R. De Linea C. Fagnolensis ». Il obtient une place parmi les comtes de Westphalie en 1773, et le 8 mars 1789, le comté est rebaptisé comté de Ligne.
La Révolution met fin à ce petit État. En 1792, la France occupe le comté et l'intègre au département des Ardennes. Les administrateurs de Couvin réclament son annexion ; Fagnolle résiste un temps, puis est rattachée au canton de Nismes. En compensation, le prince de Ligne reçoit en 1803 l'abbaye d'Edelstetten, en Souabe, qu'il revend dès 1804.
En 1815, le second traité de Paris donne Fagnolle, avec Mariembourg, Couvin et Philippeville, au royaume des Pays-Bas de Guillaume Ier ; l'ancien comté devient un domaine de la Couronne, administré dans la province de Namur.
Après l'indépendance de la Belgique en 1830, les habitants de Fagnolle réclament, sans succès, leur indépendance « de tout temps », jusqu'à la fin des années 1830. Le village restera une commune belge jusqu'à la fusion de 1977, qui le rattache à Philippeville.
En août 1914, pendant la retraite de la 5e armée française du général Lanrezac, une tranchée creusée dans le haut du village freine l'avance allemande. Cinq soldats français y sont tués par un obus. Un monument, un prisme de deux mètres surmonté d'une petite pyramide, marque l'endroit, au sud du village, près du lieu-dit « La Sentinelle ».
Le village garde ses maisons de calcaire des XVIIIe et XIXe siècles, son église Saint-Martin du XVIe siècle, remaniée au XVIIIe, son lavoir, l'ancienne maison du bailli devenue presbytère, l'ancien hôpital Saint-Jean-Baptiste et la maison Bastien, de style mosan. L'un des deux moulins est en ruine depuis 1930. Fagnolle a fait partie des Plus Beaux Villages de Wallonie jusqu'en 2020.
Pour le château, les Ligne finissent par s'en séparer, à la fin du XIXe ou au début du XXe siècle selon les sources. En 1928, des notables du pays sauvent les ruines d'une démolition complète, et les premières fouilles commencent. Les ruines sont classées en 1970, puis le classement est étendu en 1973 et 1976.
À la fin du XXe siècle, le propriétaire Luc Lowagie et l'asbl Les Amis du château de Fagnolle entreprennent de restaurer les ruines et de recreuser les douves. Les fouilles livrent un masque en céramique, des carreaux d'arbalète, de la vaisselle et des monnaies. Mais l'usage de béton et de fer dans la restauration fait polémique.
Le château est vendu en 2007 à un propriétaire suédois, puis racheté en 2016 par la Fondation Roi Baudouin pour 80 000 euros, à l'appel des Amis du château. Il est aujourd'hui protégé par le Fonds Château de Fagnolles. La tour sud, sur quatre niveaux, est la mieux conservée.
Le site reste fermé au public, sauf lors d'événements organisés par l'asbl. Un appel aux dons n'ayant pas suffi, la Fondation a lancé au printemps 2026 des réunions citoyennes pour imaginer, avec les habitants, l'avenir des ruines.
Dernière mise à jour : 17/10/2026
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