Commune de Wanze — Province de Liège
Moha, Mouhå en wallon, s'est installé au confluent de la Fosseroule et de la Mehaigne, à la pointe sud du parc naturel des vallées de la Burdinale et de la Mehaigne. Le château occupe un éperon rocheux protégé par des falaises naturelles et, au nord, par un large fossé.
Les fouilles menées de 2020 à 2024 ont montré que l'éperon était déjà occupé à la préhistoire et à l'âge du fer : on y a trouvé des outils en silex et des poteries des périodes de Hallstatt et de La Tène. Les traces sont rares à l'époque romaine, puis réapparaissent à la fin de l'Antiquité et au haut Moyen Âge.
Le chroniqueur Jean d'Outremeuse raconte qu'en 692 la terre aurait été donnée à Mohelin d'Albore, un compagnon de Charles Martel, qui y aurait bâti un château appelé Mohal ; c'est une légende. À la fin du Xe siècle, l'éperon est aplani et agrandi, et les premières défenses en pierre apparaissent vers la fin du Xe ou le début du XIe siècle.
Le premier seigneur connu est Albert de Musal, témoin en 1044 d'une donation à l'église de Trèves ; une charte de vers 1031 qui le cite est un faux. Il meurt dans les années 1060 sans fils. Sa fille épouse Henri, comte d'Eguisheim et de Dabo (Dagsbourg), et la seigneurie passe à cette famille alsacienne : le titre de comte de Moha apparaît en 1067. Albert Ier (1060-1098) multiplie les dons pieux.
De 1130 à 1180, Hugues II renforce son pouvoir et prend part aux conflits de la région, comme l'affaire de Bouillon en 1141 et les guerres de Hesbaye en 1147. En 1172, Albert II de Dabo-Moha et son frère s'emparent de Berloz, au détriment du comte de Looz. Albert II s'engage ensuite dans la guerre entre le Hainaut et la Flandre, terminée en 1185, puis soutient Henri l'Aveugle en 1194 ; la campagne échoue et son comté est incendié.
En 1204, Albert II cède Moha et Waleffes au prince-évêque de Liège Hugues de Pierrepont : il garde le comté jusqu'à sa mort, et la terre reviendra à Liège s'il meurt sans héritier. Mais en 1205 naît sa fille Gertrude, et il regrette sa donation. À sa mort, en 1212, le duc Henri Ier de Brabant réclame le comté ; le prince-évêque refuse, et la défaite du duc à Steppes en 1213 (où combat aussi le seigneur d'Argenteau), puis à Bouvines en 1214, met fin à ses prétentions.
Gertrude meurt en 1225, après trois mariages. Le 19 mars 1225, Hugues de Pierrepont prend possession du château sans résistance (selon le site Castles.nl, son armée l'occupait déjà depuis 1213). Il renforce ses défenses et double certains murs. Moha devient une forteresse de la principauté de Liège, et aussi une prison : le 22 février 1315, Eustache le Franchomme y est enfermé puis exécuté, et Henri de Pitresem y est emprisonné en 1329.
Moha se trouve tout près de Huy, ville qui se révolte souvent contre le prince-évêque. Pendant la révolte d'Henri de Dinant (1253-1256), le château sert de place forte ; les Hutois tentent de le prendre, mais le 10 août 1255 le comte de Juliers les bat entre Antheit et Vinalmont. Vers 1315, ils attaquent de nouveau sans prendre le château, mais incendient l'église du village et l'abbaye du Val-Notre-Dame.
En 1345, Englebert de La Marck est consacré prince-évêque au château de Moha. La même année, les milices de Huy, de Liège et de Dinant incendient le château de Chokier. Les troubles reprennent en 1340 et ne finissent qu'avec la défaite des révoltés à Waleffe, le 21 juillet 1347.
En 1376, les Hutois s'emparent du château par la ruse. Le 6 mai 1376, ils y mettent le feu et abattent ses murailles. La paix de Caster, le 14 juin 1376, met fin à la guerre et leur accorde même l'impunité pour cette destruction.
Après 1376, la forteresse n'est pas relevée, mais le fief continue d'être attribué aux XVe et XVIe siècles, et la chapelle reste en usage. En 1622, avec l'accord du prince-évêque Ferdinand de Bavière, elle est donnée au collège des Jésuites de Huy ; des ermites la fréquentent jusqu'en 1767, puis des Augustins viennent y célébrer quatre fois par an. Pillée peu après la Révolution, elle est démontée en 1826.
Jusqu'en 1889, les habitants se servent des ruines comme d'une carrière de pierres. Cette année-là, l'État belge les achète, notamment grâce aux efforts de Georges de Looz. En 1895, le docteur Ferdinand Tihon dégage le site et publie ses découvertes en 1896. Le service des Ponts et Chaussées de Huy consolide les murs jusqu'à l'entre-deux-guerres.
Le village, lui, vit de l'agriculture puis du calcaire : la société Carmeuse exploite une carrière au nord du village, reliée autrefois au chemin de fer par la ligne 127, de Landen à Statte par Hannut.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, des soldats allemands occupent brièvement le site, que la végétation recouvre ensuite. Moha est une commune à part entière jusqu'à la fusion de 1977, qui l'intègre à Wanze.
En 1992 est fondée l'association des Amis du château féodal de Moha. Les premières fouilles scientifiques ont lieu de 1996 à 2001, puis des campagnes de conservation de 2004 à 2019, et de nouvelles fouilles depuis 2020 étudient les plus anciennes phases du site. On peut y voir les deux cours, le donjon, une casemate, les restes de la chapelle et la tour Sainte-Gertrude, à la pointe de l'éperon. Les ruines accueillent des fêtes et des spectacles.
Le village garde aussi son église Notre-Dame du Rosaire, son lavoir alimenté par une source, et son monument aux morts.
Dernière mise à jour : 23/10/2026
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