Commune de Mons — Province de Hainaut
Des haches en silex et une pointe de flèche, trouvée en 2011, montrent une présence au Néolithique. Au lieu-dit « Taille des Vignes », des tombelles du premier âge du Fer ont été fouillées. Près de la chapelle Saint-Antoine, des sépultures gallo-romaines avec leur mobilier ont été mises au jour en 1950 et en 1993, et des tombes mérovingiennes de la fin du VIe siècle ont été découvertes au sud de la Haine.
Le nom viendrait d'un ancien « Haverec », dont le sens reste incertain : on y a vu le pays du houblon, une terre nouvellement défrichée ou le frêne sauvage. La paroisse Saint-Martin est citée en 1186, quand son autel est attribué à l'abbaye de Saint-Denis. Selon la tradition, la bataille de 1072 entre la comtesse Richilde et Robert le Frison, dite des « Mortes Haies », a aussi touché le territoire (voir l'histoire de Ville-sur-Haine).
Vers 1140, le châtelain de Mons, Gossuin Isaac, reçoit la seigneurie d'Havré à titre héréditaire, avec le droit d'y bâtir un château. Celui-ci est attesté en 1226 : une forteresse carrée entourée de douves, avec un châtelet d'entrée et quatre tours. Le village a ses échevins dès 1209, et vers 1212 une chapelle Saint-Jacques est fondée au hameau de Beaulieu.
Par mariage, Havré passe aux Enghien. En 1305, Sohier d'Enghien fonde une chapelle Notre-Dame dans l'église. Le village et le château sont détruits par les Flamands en 1365, et le château est assiégé par les Brabançons en 1425. Un prieuré de l'ordre de Saint-Antoine, à Barbefosse, est fondé vers 1352-1362 ou en 1382 selon les sources.
La seigneurie passe ensuite aux Harcourt, puis, en 1439, à Marie de Harcourt, qui épouse Jean, bâtard d'Orléans, le célèbre Dunois, compagnon de Jeanne d'Arc. Ses descendants, les Longueville, revendent Havré.
En 1518, Philippe II de Croÿ acquiert Havré. La terre devient un marquisat en 1574, puis un duché en 1627. Le château reçoit des hôtes de marque : Marie de Hongrie, sœur de Charles Quint, y séjourne en 1537, et le célèbre chirurgien Ambroise Paré vient y soigner un membre de la famille de Croÿ en 1570.
En 1578, pendant les guerres de religion, le château est assiégé par don Juan d'Autriche, puis pris par le duc d'Anjou ; un incendie en détruit une grande partie. Charles-Alexandre de Croÿ le reconstruit au début du XVIIe siècle et en fait une demeure luxueuse. L'église Saint-Martin, dont le chœur date de 1569, est remaniée en 1603-1604.
Le 22 mai 1625, on pose la première pierre de la chapelle Notre-Dame du Bon Vouloir. Elle devient un lieu de pèlerinage, visité en 1631 par l'infante Isabelle et la reine Marie de Médicis ; la procession au Bon Vouloir reste aujourd'hui un grand moment de la vie du village. En 1709, pendant la guerre de Succession d'Espagne, le prince Eugène de Savoie installe son quartier général à Havré.
Joseph de Croÿ, le dernier duc d'Havré de l'Ancien Régime, émigre en 1791. En 1794, avec l'arrivée des Français, le régime féodal prend fin : Havré entre dans le département de Jemappes, canton de Mons.
Le duc revient mourir à Havré, en 1839 selon la plupart des sources, sans héritier. Le château est alors abandonné. Il passe à la province de Hainaut après la Première Guerre mondiale, mais en 1930 une grande partie s'effondre. Classé en 1936, il est en partie pillé.
Au XIXe siècle, Havré est une commune prospère : bois, raffinerie de sel, tannerie, fabrique de tabac et de poudre, brasseries, carrières de phosphate, et une verrerie en 1908. Une première concession de charbon, en 1784, avait été peu rentable ; mais à partir de 1882, les charbonnages font la richesse du village et emploient plus de mille personnes. Le dernier ferme vers 1960. Les corons de la chaussée du Rœulx et les vestiges du charbonnage de Beaulieu en gardent la mémoire.
Les communications suivent : la route vers Le Rœulx en 1842, le chemin de fer de Mons à Manage en 1850, le canal du Centre en 1883, le gaz et le tramway à vapeur de Mons à Havré vers 1911, l'eau potable et l'électricité en 1924.
Parmi les enfants du village figure Léon Fiévez (né en 1855), un officier de l'État indépendant du Congo, connu aujourd'hui pour les violences graves qu'il a fait subir aux populations congolaises.
Les Allemands entrent à Havré le 23 août 1914, le jour de la bataille de Mons. Le 11 novembre 1918, ce sont les Canadiens qui y entrent ; c'est d'Havré que partent les soldats du 28e bataillon qui atteignent, ce matin-là, le canal face à Ville-sur-Haine. George Lawrence Price, tué à 10 h 58, est d'abord enterré dans le vieux cimetière d'Havré, avant d'être transféré au cimetière militaire de Saint-Symphorien. Le monument aux morts est inauguré en 1920.
Les Allemands reviennent le 19 mai 1940. Le 4 septembre 1944, les troupes américaines libèrent le village.
Après 1945, l'historien local Émile Poumon, puis une association, entreprennent de sauver le château. On peut voir aujourd'hui le châtelet d'entrée, la tour des Gardes, la tour fendue, la tour des cuisines, l'aile Charles de Croÿ et sa chapelle, et la tour d'Enghien.
Havré est une commune à part entière jusqu'à la fusion de 1977, qui l'intègre à Mons. Après la fermeture des mines, le village est devenu surtout résidentiel ; il garde son vieux moulin du XIXe siècle, un chêne plusieurs fois centenaire et son bois.
Dernière mise à jour : 22/10/2026
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