Commune de Brugelette — Province de Hainaut
Le nom de Cambron viendrait d'un mot gaulois, « cambo », qui signifie « courbe ». Casteau dériverait du latin « castellum », le lieu fortifié. Cambron est mentionné dès le VIIIe siècle ; il formait alors un seul village avec Cambron-Saint-Vincent et Cambron-Mairie, cette dernière supprimée en 1805.
Le village était partagé entre plusieurs seigneuries : celle du chapitre de Saint-Vincent de Soignies, celle de Hérimez, celle de l'abbaye d'Anchin et celle des comtes de Mastaing. L'église Saint-Vincent, qui dépendait du chapitre de Soignies, a été bâtie à la fin du XIIIe siècle et au début du XIVe, dans le style gothique.
Le 1er août 1148, douze moines venus de l'abbaye de Clairvaux, en Bourgogne, s'installent au bord de la Dendre. Ils sont envoyés par saint Bernard, le grand abbé cistercien. La terre leur est offerte par Anselme, chanoine et trésorier du chapitre de Soignies, que les sources appellent Anselme de Trazegnies ou Anselme de Péronnes. Son frère, Gilles de Silly, conteste le don, mais les moines gagnent le procès. Selon une source anglaise, saint Bernard serait venu lui-même à Cambron en 1150.
Le premier abbé, Fastré de Gaviamez, deviendra ensuite abbé de Clairvaux puis de Cîteaux ; on le dit né au château de Gaviamez, à Cambron. Son successeur Daniel de Grammont, abbé de 1164 à 1196, est vénéré comme bienheureux. L'église abbatiale, commencée vers 1160, est consacrée en 1240.
L'abbaye prospère vite. Elle fonde à son tour plusieurs monastères, dont Notre-Dame du Verger près de Cambrai, Fontenelle près de Valenciennes, Épinlieu à Mons et Baudeloo près de Gand. À la fin du XIVe siècle, plus de 70 religieux y vivent, et les moines enseignent aux paysans les techniques agricoles. Comme Orval, Cambron compte parmi les grandes abbayes cisterciennes de nos régions.
En 1322, une image de la Vierge, dans l'abbaye, est profanée. Les soupçons se portent sur un juif qui aurait feint de se convertir, et des cérémonies de réparation sont organisées. C'est le début d'une grande dévotion à Notre-Dame de Cambron : à la demande du roi de France Philippe de Valois, le pape Benoît XII accorde des indulgences aux pèlerins. Une procession a lieu chaque année, le troisième dimanche de Pâques.
Au début du XVIe siècle, l'empereur Maximilien Ier vient visiter le sanctuaire. En 1581, en pleine guerre de religion, 600 huguenots renoncent à attaquer l'abbaye : les moines y voient la protection de la Vierge. L'abbé Robert d'Ostelart (1572-1613) soutient alors le collège d'Ath et paie des bourses d'études à Louvain.
À la fin du XVIIe siècle, les guerres de Louis XIV ruinent le Hainaut et l'abbaye décline. L'abbé Antoine Le Waitte (1662-1677) enrichit pourtant sa bibliothèque et écrit une histoire de Cambron, publiée en 1672.
La paix revenue, l'abbaye connaît une seconde jeunesse, et la plupart des vestiges actuels datent de cette époque : le moulin en 1721, le portail d'entrée, la brasserie et la menuiserie en 1722, les allées d'arbres tracées en 1724 sous l'abbé Ignace de Steenhault, la façade de l'église en 1769. La haute tour de l'abbatiale, œuvre de l'architecte Jean-François Wincqz, date de 1774 (1777 selon d'autres sources), et l'escalier monumental, qui enjambe la rivière Blanche, de 1776.
Pendant ce temps, au village, les comtes de Mastaing de Jauche acquièrent le domaine de Casteau au début du XVIIe siècle et le gardent jusqu'en 1793. En 1737, la nef et les bas-côtés de l'église Saint-Vincent sont transformés.
En 1783, l'empereur Joseph II range Cambron parmi les « couvents inutiles ». Les 58 religieux de 1782 sont expulsés le 27 mai 1789 et partent en exil. La révolution brabançonne leur permet de revenir brièvement, mais une grande partie du mobilier disparaît. Le dernier abbé, Florent Pépin, le 44e, meurt aux Pays-Bas.
En 1797, le pouvoir révolutionnaire français chasse les moines pour de bon. Les biens sont confisqués et vendus, et les propriétaires successifs démolissent la plupart des bâtiments. Il ne reste de l'église que l'avant-corps, la tour et une partie du mur sud.
En 1803, la famille des comtes du Val de Beaulieu achète l'ancien domaine abbatial. De 1852 à 1854, elle fait bâtir un château néoclassique sur les fondations de l'ancienne infirmerie. La « crypte » des ruines est en réalité un ancien cellier du début du XIIIe siècle, et le domaine garde le seul mur d'enceinte monastique médiéval encore intact en Belgique.
Le village, lui, vit surtout de l'agriculture ; de petites industries y fonctionnent du XIXe siècle jusqu'à la veille de la Seconde Guerre mondiale. En 1902-1903, l'église Saint-Vincent est restaurée et agrandie en style néogothique par l'architecte tournaisien Constant Sonneville, qui restaurait au même moment l'église d'Aubechies. Un arrêté royal du 22 mai 1909 donne à la commune les armoiries des Mastaing de Jauche : de gueules à la fasce d'or.
Des fouilles ont lieu dans les ruines en 1973 avec l'Université de Louvain, et le site est classé en 1982. Cambron-Casteau reste une commune à part entière jusqu'à la fusion de 1977, qui l'unit à Brugelette, Attre, Gages et Mévergnies.
En 1993, les comtes du Val de Beaulieu vendent le domaine à la famille Domb. Éric Domb y ouvre en 1994 un parc d'oiseaux, Paradisio, qui accueille environ 152 000 visiteurs la première année. Les bâtiments anciens sont intégrés au parc : la tour héberge des rapaces et des chauves-souris, le château devient un aquarium. Rebaptisé Pairi Daiza en 2010, d'un vieux mot persan désignant un jardin clos, le parc reçoit deux pandas géants venus de Chine en 2014 et dépasse les 2 millions de visiteurs par an depuis 2019.
La brasserie de Cambron a rouvert sur le site, avec l'eau de la source Saint-Bernard. De nouvelles fouilles de l'Agence wallonne du patrimoine ont eu lieu en 2021, et la tour, symbole du domaine, fait l'objet d'un projet de restauration.
Dernière mise à jour : 22/10/2026
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