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Commune de Sambreville — Province de Namur

Histoire complète de Tamines

Un gué sur la Sambre

On ne connaît pas d'explication sérieuse du nom de Tamines, et aucune fouille archéologique n'y a été menée. Selon l'historien Jean Fichefet, certains lieux-dits laisseraient penser à une présence dès la fin de l'âge du fer et le début de l'époque romaine ; le nom de la Praile viendrait peut-être du latin praelium, la bataille.

Les environs sont habités depuis très longtemps : l'Homme de Spy, à une dizaine de kilomètres, la grotte de Claminforge à Falisolle ou les polissoirs néolithiques de Velaine-sur-Sambre en témoignent. Le village s'est installé sur une basse terrasse, face à un gué de la Sambre, à l'abri des grandes crues.

Un village entre Liège et Namur (XIIe-XVIIIe siècles)

Tamines apparaît dans les textes au milieu du XIIe siècle. Il se trouve peut-être sur la route directe entre les abbayes de Fosses et de Nivelles. Le village dépend ensuite du prieuré d'Oignies, fondé en 1192 sur l'autre rive de la Sambre, qui possède une grande ferme en face de l'église Saint-Martin.

Le territoire relève surtout de la principauté de Liège, tandis que le quartier des Alloux dépend du comté de Namur. Les documents médiévaux parlent surtout de disputes de propriété et de cultures.

De cette époque reste une tour de la seconde moitié du XVe siècle, rue Saint-Martin, classée en 1966. La première église est agrandie en 1705.

Charbon, canal et chemin de fer (XIXe siècle)

Le sous-sol de Tamines est riche en charbon. Les charbonnages Sainte-Barbe, les Charbonnages Réunis et le Hasard l'exploitent. Dès 1825, sous le régime hollandais, la Sambre est canalisée, ce qui permet d'expédier la houille ; mais en 1841, l'ouverture de la ligne de chemin de fer Namur-Charleroi donne vite l'avantage au train.

En 1833, la vieille église est démolie, sauf sa tour, et remplacée par une église néoclassique. L'hôtel de ville est construit en 1870, la gare monumentale en 1881. En 1896, l'architecte Lange reconstruit l'église Saint-Martin en style néogothique ; la vieille tour est alors abattue pour agrandir la nef et remplacée par une tour latérale.

Entre 1860 et 1910, la population est multipliée par trois, et le village se densifie. En 1862, la « bande noire », une bande de voleurs de l'Entre-Sambre-et-Meuse, est jugée notamment pour un vol commis à la brasserie Le Cochet de Tamines.

Les journées d'août 1914

En août 1914, la IIe armée allemande avance vers Charleroi ; l'armée française s'est retranchée sur la rive droite de la Sambre, et les combats sont très meurtriers à Auvelais, Arsimont et Tamines. Le 21 août au matin, des uhlans allemands descendent vers le village ; des soldats français et des artilleurs de la garde civique de Charleroi ouvrent le feu et blessent un cavalier. Les Allemands reviennent en nombre, occupent le quartier de la Praile, poussent des prisonniers devant eux comme boucliers, tirent sur les maisons et en incendient plusieurs.

Les 21, 22 et 23 août, des centaines de civils sont rassemblés. Le soir du 22 août, accusés d'avoir tiré sur les soldats, ils sont fusillés en masse au bord de la Sambre, près de la place Saint-Martin. Selon les témoins, un coup de sifflet annonce une première salve, puis une seconde ; les blessés qui se relèvent sont abattus. L'usage d'une mitrailleuse, rapporté par des survivants, a longtemps été discuté. Près de 250 maisons sont incendiées, et des personnes âgées périssent brûlées dans leur lit.

Le bilan varie selon les sources : 383 civils selon Wikipédia, 384 selon L'Avenir (dont 269 tués en bloc sur la place Saint-Martin), 364 selon la fiche du cimetière. Avec ceux d'Andenne, de Dinant et de Louvain, ce massacre marque l'opinion européenne et sera largement repris par la propagande alliée. Les témoignages du bourgmestre Émile Duculot et du chanoine Crousse, recueillis en 1915, nourrissent l'enquête officielle belge.

La mémoire des fusillés

Les victimes sont d'abord enterrées à la hâte dans deux fosses communes. Le roi Albert vient à Tamines le 13 mars 1919, et la construction d'un monument est décidée en septembre de la même année. Depuis 1921, l'ancien cimetière paroissial accueille les victimes civiles : c'est un cimetière unique en Wallonie, consacré aux morts d'une seule journée, de toutes les classes sociales et de tous les métiers. Des stèles rappellent aussi leur souvenir dans l'église.

Le monument du sculpteur bruxellois Louis Mascrée est inauguré le 22 août 1926, en présence du prince Léopold : une femme lève les bras au-dessus des morts couchés à ses pieds, la Liberté qui renaît. En mai 1940, les Allemands le dynamitent ; il est reconstruit et inauguré à nouveau le 12 août 1951.

Le cimetière des fusillés et le monument sont classés en 2009. En septembre 2023, ils sont inscrits sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco, parmi les sites funéraires et mémoriels de la Première Guerre mondiale.

De l'entre-deux-guerres à la fusion

Après la guerre, le village se reconstruit : beaucoup de façades du quartier Saint-Martin datent de l'entre-deux-guerres. En 1921, les Charbonnages de Tamines paient la construction de l'église du Sacré-Cœur de la Praile, et le lotissement des Bachères naît entre les années 1930 et 1950.

En 1965, les charbonnages Sainte-Barbe et Sainte-Eugénie ferment. Au début des années 1970, c'est au tour du tri postal et des ateliers du chemin de fer : environ 3 000 emplois directs disparaissent, un coup très dur pour la Basse-Sambre.

Tamines est une commune à part entière jusqu'à la fusion de 1977, qui l'intègre à Sambreville ; l'hôtel de ville de la nouvelle commune s'installe à Auvelais. L'église de la Praile est fermée en 2011, à cause d'infiltrations d'eau.

Tamines aujourd'hui

Au bord de la Sambre, les marais de l'Espace Jean Poulain, du nom d'un ancien bourgmestre de Sambreville, sont classés en réserve naturelle. Le marché hebdomadaire se tient le vendredi matin sur la place Saint-Martin, à deux pas du monument et du cimetière des fusillés.

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