Commune de Rochefort — Province de Namur
Lavaux-Sainte-Anne, en wallon Li Vå-Sinte-Ane, est traversé par la Wimbe. À l'époque romaine, une voie secondaire de Givet à Ave-et-Auffe passait à une centaine de mètres au nord de l'actuel château, bordée de villas, comme à Genimont, et d'une forteresse à Eprave.
Au Moyen Âge, la région devient une frontière entre la principauté de Liège et le duché de Luxembourg, gardée par les forteresses d'Agimont, de Revogne, de Lavaux et de Rochefort. Les premiers seigneurs connus sont issus de la famille de Wellin : Lavaux est mentionné pour la première fois en 1244, avec Jacques de Wellin.
En 1450, Jean II de Berlo fait construire le château. En 1463, brouillé avec Dinant, il y transporte vivres et munitions ; les Dinantais assiègent la forteresse dès l'été 1463, puis reviennent au début de 1464 : le donjon résiste, mais le reste est en grande partie détruit. Fidèle de l'évêque de Liège, Jean de Berlo obtient de pouvoir reconstruire, alors que la paix imposée par Charles le Téméraire interdit de relever les autres châteaux détruits. Il meurt en 1482 aux côtés de son prince, pendant la guerre contre Guillaume de la Marck. Sa veuve finit ses jours dans une forteresse délabrée. La quatrième tour n'est ajoutée que vers 1500.
En 1567, Everard de Mérode, seigneur de Lavaux, y est assiégé par les troupes du duc d'Albe.
Le village actuel est né d'un déplacement. À la fin du XVe siècle, après les guerres, les habitants de Jusserenne, à 1,5 kilomètre au sud, viennent se réfugier près du château et rebâtissent leurs maisons sur la rive sud de la Wimbe, sous l'autorité de l'abbé de Saint-Hubert. Une chapelle Sainte-Anne aurait été construite vers 1476, et la paroisse de Jusserenne survit sous le nom de Lavaux ; son ancien cimetière sert encore jusqu'au début du XVIIe siècle. Au lieu-dit « tienne de la vieille église », des fouilles de la fin du XIXe siècle ont mis au jour des tombes franques et les fondations de l'ancienne église.
La « maladie » frappe vers 1597, puis une épidémie de peste fait de nombreux morts entre 1635 et 1637 ; en 1637, les armées impériales ravagent le village.
Vers 1630, la seigneurie est achetée par le chevalier Jacques Renard de Rouveroit, originaire de Herstal, officier au service des Nassau, de l'Espagne et de l'Empire, que l'empereur Ferdinand III fait baron du Saint-Empire. En 1634, date gravée au-dessus de l'entrée, il transforme la forteresse en château de plaisance : pont-levis, douves, toits en cloche et nombreuses fenêtres. Il fait aussi bâtir la ferme du château, à l'emplacement du hameau du Val Sainte-Anne.
Son arrière-petit-fils Henri Joachim de Rouveroit, dernier seigneur à y habiter, fait construire le grand escalier d'honneur ; il meurt en 1748. Sa fille aînée épouse en 1753 le prince de Gavre, gouverneur de Namur, dernier seigneur de Lavaux. Dans sa jeunesse, Florimond Claude de Mercy-Argenteau, neveu des seigneurs, vit quelques années au château ; devenu ambassadeur d'Autriche, il négocie en 1766 le mariage de Marie-Antoinette et du dauphin, et devient son mentor à Versailles.
En 1768, la seigneurie compte environ 150 habitants, avec un moulin banal, une brasserie, des étangs et une ferme. Le village vit de l'épeautre, de l'avoine, du seigle, du houblon, des carpes et de l'élevage ; on y tient marché et foires, dont la foire Sainte-Anne, supprimée en 1706 puis rétablie à la demande des merciers de Dinant. Une croix d'occis rappelle un jeune homme tué lors d'une bagarre à la fête de 1764.
En 1793, des commissaires français dressent l'inventaire du château et font retirer les armoiries ; le village n'est pas saccagé. Le domaine, mis sous séquestre, est vendu à des familles de Stavelot, en 1795 selon une source, en 1810 selon une autre, qui n'y habitent sans doute jamais. En 1905, le pilori du château est vendu au musée de Mariemont. Au début du XXe siècle, le château tombe en ruine, et la société Bernheim, qui l'a acquis au milieu des années 1920 et morcelle le domaine, le cède en 1927 à l'association des Amis de la Commission royale des monuments et des sites.
En août 1914, des cavaliers français du corps Sordet cantonnent au village. Le cavalier Albert Long y est tué et enterré, et le dragon François Duval meurt de ses blessures. Des soldats français cachés par des habitants sont arrêtés et déportés ; trois habitants sont condamnés, puis libérés.
En mai 1940, les chasseurs ardennais du village combattent à Vinkt, où Joseph Brasseur est mortellement blessé. En 1942, des œuvres d'art des musées d'Anvers sont mises à l'abri au château ; en 1943, les cloches de l'église sont réquisitionnées. Des résistants cachent des aviateurs américains en 1944, et des parachutistes britanniques stationnent au village à la fin de l'année.
De 1933 à 1939, grâce au mécénat de la baronne Lemonnier, le château est restauré par Raymond Pelgrims, sous le contrôle de la Commission royale des monuments et des sites ; il appartient depuis 1933 à la Ligue des amis du château de Lavaux-Sainte-Anne. La baronne finance aussi la restauration de l'église, à l'initiative du curé Léopold Lecocq ; elle meurt en 1945, et une rue du village porte son nom.
Avec sa cour en losange, ses quatre tours rondes, ses douves alimentées par la Wimbe et son donjon aux murs de 2,50 mètres d'épaisseur, le château de Lavaux-Sainte-Anne compte parmi les plus beaux châteaux médiévaux du pays. Il abrite un musée de la vie rurale en Famenne, un musée de la vie des seigneurs et, depuis 2005, un musée de la nature famennoise, entouré d'une zone humide recréée.
L'électricité arrive en 1931 et l'eau courante vers 1961. Commune à part entière, avec des bourgmestres depuis 1806, Lavaux-Sainte-Anne est rattaché à Rochefort lors de la fusion de 1977. En 1979, le frère Marc Piret fonde au Bois du Charnet la Fraternité de Tibériade, une communauté religieuse. Une enfant du village, sœur Laurence (Mélanie Lejeune), partit en mission en Oregon et mourut à San José, en Californie.
Dernière mise à jour : 26/10/2026
Cette page est écrite à partir de sources publiques et elle peut toujours s'enrichir. Vous avez une information, un souvenir de famille, une vieille photo ou une carte postale ? Vous avez repéré une erreur ? Écrivez-nous : chaque information est vérifiée avant d'être ajoutée, corrigée ou retirée.
[email protected]