Commune de La Calamine — Province de Liège
Moresnet apparaît pour la première fois dans les textes en 888, quand le roi Arnoul de Carinthie attribue ses biens à l'église Notre-Dame d'Aix-la-Chapelle. La même année, le même roi confirme aussi le don du domaine d'Amberloup, dans les Ardennes, à la même église (voir l'histoire d'Amberloup).
En 1651, le roi d'Espagne Philippe IV vend la seigneurie de Moresnet à Johann Karl von Donrath-Dobbelstein. Sa famille la garde jusqu'en 1786.
Sous l'Ancien Régime, Moresnet et Kelmis (La Calamine) vivent côte à côte dans le ban de Montzen, qui fait partie du duché de Limbourg. Le nom de Kelmis vient de la calamine, le minerai de zinc qu'on extrait dans la région depuis des siècles.
La chapelle Saint-Roch, aujourd'hui sur le territoire de Neu-Moresnet, est mentionnée dès 1646. Elle a sans doute été construite au début du XVIIe siècle.
En 1794, les troupes de la Révolution française conquièrent la région. Moresnet et Kelmis forment ensemble la mairie de Moresnet, administrée à partir de 1802 par Arnold von Lasaulx.
En 1806, Jean-Jacques Dony obtient l'autorisation de rechercher du zinc et lance l'exploitation de la mine de la Vieille Montagne (Altenberg en allemand). Elle deviendra la plus grande production de zinc d'Europe.
Après la chute de Napoléon, le Congrès de Vienne redessine les frontières. Le royaume des Pays-Bas et la Prusse veulent tous les deux la précieuse mine de zinc, et ne parviennent pas à s'entendre.
En 1816, le traité des limites signé à Aix-la-Chapelle coupe l'ancienne commune de Moresnet en trois morceaux. Le village de Moresnet, à l'ouest, devient néerlandais, puis belge en 1830. Au centre, autour de Kelmis et de la mine, un territoire d'environ 3,4 km² devient neutre : c'est le Moresnet neutre, administré ensemble par les deux pays. Le reste, au sud et à l'est, devient prussien et prend le nom de Moresnet-Prusse : c'est l'actuel Neu-Moresnet.
Pendant plus d'un siècle, Moresnet-Prusse vit donc en Prusse (puis dans l'Empire allemand à partir de 1871), juste à côté d'un territoire neutre qui n'appartient à personne. Arnold von Lasaulx administre encore Moresnet-Prusse et le Moresnet neutre jusqu'en 1850, puis chacun a sa propre administration.
Le Moresnet neutre est une curiosité unique en Europe. La société de la Vieille Montagne, fondée en 1837, y fait venir de nombreux ouvriers : le territoire passe de 256 habitants au départ à 2 572 en 1858. Les lois françaises de Napoléon y restent en vigueur tout au long du siècle, et les faibles droits de douane y favorisent la contrebande, surtout d'alcool.
À la fin du XIXe siècle, la mine s'épuise et l'exploitation s'arrête. Les habitants imaginent alors toutes sortes de projets pour faire vivre le territoire : un casino, fermé par la police après 17 jours, des timbres-poste propres, et même un petit État où l'on parlerait l'espéranto, baptisé Amikejo (« lieu de l'amitié »), proposé par le docteur Wilhelm Molly. Mais vers 1900, l'Allemagne fait pression, coupe l'électricité et le téléphone, et pendant la Première Guerre mondiale le territoire est occupé puis annexé.
Après la défaite allemande, le traité de Versailles du 28 juin 1919 donne à la Belgique le Moresnet neutre et Moresnet-Prusse. Le traité entre en vigueur en 1920. Moresnet-Prusse prend alors le nom de Neu-Moresnet (« nouveau Moresnet »), et le territoire neutre devient la commune de La Calamine (Kelmis).
À partir du 10 janvier 1920, ces villages sont administrés par le gouvernement d'Eupen-Malmedy, avant d'être pleinement intégrés à l'État belge en 1925. Un petit morceau fait exception : le hameau de Bildchen retourne à l'Allemagne en 1922 et est rattaché à la ville d'Aix-la-Chapelle.
En 1940, l'Allemagne nazie envahit la Belgique et annexe à nouveau Neu-Moresnet, La Calamine, Moresnet et Hergenrath, regroupés dans un « Amt Moresnet ». Ils sont libérés par l'armée américaine en 1944 et rendus à la Belgique.
Le 1er janvier 1977, Neu-Moresnet fusionne avec La Calamine et Hergenrath pour former la commune de La Calamine. Le village fait partie de la Communauté germanophone : on y parle l'allemand, et aussi le platdiets, un dialecte régional proche du limbourgeois.
Le patrimoine du village comprend la chapelle Saint-Roch, une église évangélique, la chapelle Saint-Jude-Thaddée, le monument aux morts, l'ancien moulin Jansmühle et l'étang du Casino. Une usine de textiles techniques, issue de l'ancienne fabrique de feutre Reinhard Bruch & Cie, y fonctionne toujours.
Le chanteur et acteur Heintje (Hein Simons, né en 1955), très célèbre en Allemagne et aux Pays-Bas dans les années 1960 et 1970, a vécu à Neu-Moresnet jusqu'aux années 1980.
Dernière mise à jour : 14/10/2026
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