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Commune de Thuin — Province de Hainaut

Histoire complète de Gozée

Le Zeupire et les premiers habitants

Des traces d'occupation du néolithique ont été retrouvées à Gozée. Le long de la route de Beaumont se dresse le Zeupire, une grande dalle trapézoïdale de quartzite de la région, haute de 2,50 à 3 mètres et pesant environ 25 tonnes. On le présente souvent comme un menhir élevé au IIIe millénaire avant notre ère, mais cela n'a jamais été prouvé : les fouilles de 1887 n'ont rien livré, et en 2000 des géologues ont suggéré qu'il pourrait s'agir d'un bloc naturel.

Vers 1830, l'archéologue Désiré Van Bastelaer note trois pierres dressées près du chemin de Marbisœul ; les travaux de la route, entre 1833 et 1840, ont probablement enterré les deux plus petites. L'État achète le terrain en 1889, et la pierre est redressée vers 1898, d'après des critères esthétiques plus qu'archéologiques. Les villageois la disaient « pierre qui pousse » et évitaient l'endroit la nuit, réputé lieu de sorcelleries. Le Zeupire est classé depuis le 23 mars 1994.

Le nom de Gozée viendrait de Goldsiacum, « le domaine de Goldso », un nom de personne germanique ; en wallon, le village s'appelle Gouzêye.

Landelin et la naissance d'Aulne (VIIe-Xe siècles)

Selon la tradition, vers 656, saint Landelin, un jeune noble devenu moine à Lobbes, plante une croix dans ce vallon couvert d'aulnes, au bord de la Sambre, et y fonde un petit monastère. Il le confie ensuite à l'abbaye de Lobbes, dont Aulne restera longtemps un prieuré.

En 868, Gozée appartient lui aussi à l'abbaye de Lobbes. Au VIIIe siècle, Lobbes et Aulne passent sous l'autorité de l'évêque de Liège. En 882, les Normands pillent le prieuré, et les moines se réfugient à Thuin ; au Xe siècle, l'évêque Richer relève la communauté.

Les cisterciens et la grande abbaye (XIIe-XVe siècles)

En 1147, l'évêque de Liège confie Aulne à saint Bernard : Francon de Morville arrive avec une douzaine de moines et devient le premier abbé cistercien. Les chanoines et les villageois résistent pendant des années ; le conflit n'est réglé qu'en 1205 par le prince-évêque Hugues de Pierrepont, qui fait d'Aulne l'une des abbayes les plus puissantes de la principauté. De 1214 à 1247, les moines bâtissent une grande église gothique, dont subsistent une partie du porche et de la nef.

L'abbaye se constitue un vaste domaine. Dès le XIIe siècle, la ferme de Baudribu lui appartient ; en 1276, l'abbé Jean de Filfort achète les terres de Marbisœul. Une charte d'Aulne de 1207 est le plus ancien texte qui cite le village de Vergnies. Au XIVe siècle, Gozée et Marbaix forment une même seigneurie, dans la châtellenie de Thuin, terre liégeoise.

Les temps deviennent plus durs : de 1298 à 1331, sous l'abbé Jacques de Gozée, la discipline se relâche ; la peste, les guerres et le mauvais climat vident les campagnes, et au XVe siècle, les conflits entre Liège et les ducs de Bourgogne obligent plusieurs fois les moines à fuir.

Pillages et reconstructions (XVIe-XVIIIe siècles)

L'abbé Gérard Bosman (1497-1529) restaure la discipline et reconstruit le chœur et le transept de l'église. En 1578, les troupes des Gueux saccagent l'abbaye. Au XVIIe siècle, pendant les guerres entre la France et l'Espagne, l'abbé Jérôme Reyers évite sa destruction en négociant, au prix fort ; vers 1663, Aulne compte 70 religieux.

Au XVIIIe siècle, l'abbaye est entièrement rebâtie en grand. L'abbé Barthélémy Louant (1728-1753) fait construire les bâtiments du monastère, le cloître, le quartier de l'abbé, l'infirmerie, la ferme-château de Baudribu, les écuries et une façade classique devant l'église gothique. L'abbé Joseph Scrippe (1765-1785) ajoute la remise à carrosses en 1768, le quartier abbatial en 1772 et, en 1775, la ferme de l'abbaye.

L'incendie de 1794

Avec la Révolution, les ennuis s'accumulent : en 1790 et 1791, le gouvernement révolutionnaire liégeois et la municipalité de Thuin imposent deux fois de lourdes contributions ; en 1792, les troupes françaises envahissent le pays. Au printemps 1794, à leur retour, plus de cinquante moines s'enfuient à Fontaine-l'Évêque. La ferme de Baudribu est pillée, puis l'abbaye est livrée aux pillards pendant plusieurs jours, avant que le général Charbonnier n'y fasse mettre le feu, sur ordre de Saint-Just, qui croyait à tort qu'elle pouvait abriter l'ennemi.

Dans l'incendie disparaît la bibliothèque, l'une des plus réputées de la région liégeoise : environ 44 000 livres imprimés et de nombreux manuscrits. Les moines reviennent en 1795 et tentent de relever l'abbaye, mais la loi de 1796 supprime les ordres religieux. L'abbaye est vendue aux enchères ; deux laïcs l'achètent comme prête-noms pour le dernier abbé, Norbert Herset, et deux de ses moines. En exil en Westphalie, Herset écrit en 1799 la chronique de l'abbaye, principale source de son histoire.

Des ruines, un hospice et deux églises (XIXe siècle)

Les bâtiments sont démontés et vendus pierre par pierre : on en utilise pour les écluses du canal de la Sambre, entre 1825 et 1829, puis pour les chemins de fer à partir de 1845, et une partie est même brûlée pour faire de la chaux. Par testament, l'abbé Herset laisse ses biens pour fonder un hospice pour personnes âgées ; il ouvre en 1856, l'année où meurt le dernier moine d'Aulne, Norbert Decouve. L'État commence à entretenir les ruines en 1896.

Au village, l'église Saint-Géry est construite en 1861 et 1862, puis l'église néo-gothique Saint-Joseph de 1869 à 1873. À la même époque, Gozée connaît les méfaits de la Bande noire, qui sévit dans l'Entre-Sambre-et-Meuse de 1855 à 1862 : une femme de 62 ans, agressée chez elle une nuit, meurt de ses blessures quelques jours plus tard. Au procès de la bande, deux condamnés sont guillotinés.

La bataille oubliée et le XXe siècle

Le 23 août 1914, pendant la bataille de Charleroi, les troupes allemandes qui quittent Charleroi pour monter vers Beaumont et la France sont arrêtées à Gozée par l'armée française, notamment le 49e régiment d'infanterie. Sur un front d'environ 6 kilomètres, on relève ce jour-là quelque 3 000 morts et blessés. Les Français finissent par battre en retraite. Un cimetière franco-allemand est créé, puis démantelé après la guerre, ce qui a sans doute fait oublier cette bataille ; en 2014, Philippe Wille lui a consacré un livre.

Le monument aux morts de la place est inauguré le 10 août 1924 ; il honore les victimes militaires et civiles des deux guerres, les déportés, les résistants, et les soldats du 49e régiment d'infanterie. En 1940, l'église Saint-Géry brûle ; elle est reconstruite en 1950 par l'architecte Leborgne.

Gozée a vu naître l'écrivain de langue wallonne Marc De Burges (1922-1998). Commune à part entière jusqu'à la fusion de 1977, il fait depuis partie de la ville de Thuin.

Gozée aujourd'hui

En 1998, la Brasserie du Val de Sambre s'installe dans les anciennes écuries de l'abbaye ; elle y brasse depuis 2000 les bières Abbaye d'Aulne, reconnues comme bières d'abbaye. En 2010, la Région wallonne rachète tout le site pour un euro afin de le restaurer ; les ruines font partie du patrimoine majeur de Wallonie et ont même servi de décor à une série télévisée chinoise.

Les grandes fermes rappellent le passé du village : Baudribu, Marbisœul, la ferme de l'abbaye (1775) et la ferme de la Jonquière (fin du XVIIIe et XIXe siècle). Un circuit de 6,3 kilomètres, au départ de la place communale, fait découvrir les lieux de la bataille de 1914 et passe près du Zeupire. Gozée est jumelé avec Chamboulive, en Corrèze.

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