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Commune de La Louvière — Province de Hainaut

Histoire complète de Houdeng-Goegnies

Un nom ancien et des origines discrètes

Les premiers temps de Houdeng-Goegnies sont mal connus. Un tumulus est signalé dans le bois de Besonrieux, et des vestiges d'époque romaine, sans doute ceux d'une villa, ont été mis au jour en 1890-1891.

Le village s'est d'abord appelé simplement Goegnies : on trouve Golaniis en 1119, Goegniz en 1157, Goineis ou Goinies en 1175, Ghoegnies en 1433. Le nom viendrait d'un nom de personne, peut-être celui d'un propriétaire gallo-romain ou d'un chef franc ; sa terminaison en -ies descend du suffixe gallo-romain -iacum. Le nom de Houdeng s'y est ajouté pour le distinguer d'autres Goegnies (on a dit Goegnies-lez-Houdeng) ; la forme Houdeng-Goegnies s'impose après 1830. Pour Houdeng, deux explications circulent : un lieu planté de houx, ou un mot francique désignant une maison sur la hauteur.

En wallon, le village se dit Gôgnere ; les anciens appelaient le village voisin Houdè (Houdeng-Aimeries) et celui-ci Goegnère.

Les seigneurs de Goegnies et les abbayes (XIIe-XVe siècle)

Au Moyen Âge, Goegnies dépend du comté de Hainaut et, pour l'administration et la justice, du bailliage du Rœulx. Les seigneurs du Rœulx tiennent l'essentiel du territoire ; la seigneurie passe aux comtes de Hainaut en 1337, puis à la famille de Croÿ, qui la garde de 1432 à 1796.

Une famille de chevaliers porte le nom du village. Eudes Odon de Goegnies part à la première croisade et meurt en Terre sainte vers 1100 ; son fils Jacquemart lui succède et meurt en 1121. En 1157, Renard de Goegnies cède son alleu et ses droits dans le village à l'abbaye d'Aulne, dont l'histoire est racontée sur la page de Gozée ; en 1189, Clémence de Goegnies vend une partie de l'alleu au seigneur du Rœulx. Le dernier seigneur cité, Hoste de Goegnies, meurt en 1436, et la famille poursuit sa carrière ailleurs en Hainaut.

Les terres riches du village attirent les abbayes : Saint-Feuillien du Rœulx, Aulne, Saint-Denis-en-Broqueroie et Bonne-Espérance y possèdent des biens à partir du XIIe siècle. Leurs trois derniers représentants, qui se partagent un fief, sont appelés les « communs seigneurs ».

Le Sart, la Puissance et les malheurs des guerres

Plusieurs petites seigneuries se partagent aussi le territoire : le Sart, la Puissance, Elers et Malapert. Le Sart, entre Houdeng et Le Rœulx, le long de la chaussée de Soignies, est la plus célèbre. Gilles du Sart combat à la bataille de Bouvines en 1214 et y est fait prisonnier ; il fonde une chapelle castrale, remplacée au XVIIe siècle par la chapelle Notre-Dame-du-Sart, encore but de pèlerinages. Son fils, autre Gilles, est témoin en 1295 d'une charte pour la ville de Mons.

Le village souffre des passages de troupes : pillages et destructions pendant les guerres de religion au XVIe siècle, puis pendant les guerres de Louis XIV, notamment en 1683-1685. Le château-ferme du Sart est détruit à cette époque ; une tour de l'ancien manoir subsistera jusqu'à sa démolition en 1949.

En 1772, la route vers Soignies est pavée avec l'autorisation de l'impératrice Marie-Thérèse : jusque-là, Houdeng n'était relié à Mons, Binche et Le Rœulx que par de simples chemins.

Le charbon, de 1299 au Bois-du-Luc

La Chronique de l'abbaye de Bonne-Espérance atteste qu'on extrait déjà de la houille à Goegnies en 1299, avec l'autorisation de Gilles du Rœulx. Le sous-sol du village fait partie du bassin houiller du Centre.

En 1735, la Société charbonnière de la Barrette obtient la concession. Selon Wikipédia, elle installe la première machine d'extraction du bassin du Centre ; une autre source date de 1766 sa première machine d'exhaure, qui pompait l'eau des galeries. En 1850, la Barrette est rachetée par la Société des charbonnages du Bois-du-Luc, voisine à Houdeng-Aimeries, et l'exploitation continue jusqu'à la fermeture de celle-ci en 1959.

Pendant longtemps pourtant, le village reste surtout agricole ; c'est au XIXe siècle que le charbon, puis les verreries et les ateliers de construction métallique, en changent le visage.

La paroisse Saint-Géry

Pendant des siècles, Goegnies n'a qu'une chapelle dépendant de la paroisse de Houdeng-Aimeries ; l'abbaye bénédictine de Saint-Denis-en-Broqueroie en est le collateur, chargé de son entretien. Le village relève du diocèse de Cambrai jusqu'en 1804, puis de celui de Tournai. Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, l'abbaye paie la reconstruction des deux églises, qui menaçaient ruine ; la première église Saint-Géry, de style classique, se dresse sur la place de Houdeng, avec un clocher daté de 1561.

Par un décret du 16 octobre 1803, Houdeng-Goegnies devient enfin une paroisse distincte, rattachée au doyenné du Rœulx. Pendant la période française, le village fait partie du département de Jemappes et du canton du Rœulx.

Vers 1900, la population a tant grandi que l'ancienne église ne suffit plus. Le conseil communal choisit l'ancien cimetière du centre, désaffecté le 31 décembre 1887. L'architecte Fernand Bodson, de Saint-Ghislain, dessine en 1904 une église néogothique en briques et pierres ; à la demande des riverains, la façade est tournée vers la place. Les travaux commencent en 1905 et l'église est consacrée en décembre 1907 par Mgr Walravens, évêque de Tournai. Elle peut accueillir 800 personnes. Les autels latéraux sont sculptés en 1909 par le Tournaisien Achille Durieu-Gahide, et les vitraux posés en 1911 par le maître verrier bruxellois Bertrand Bardenhewer. La base des fonts baptismaux, du XVIe siècle, serait le seul souvenir de l'ancienne église.

L'ascenseur n°1 et le canal du Centre

Dès 1811, un décret de Napoléon prévoit un canal entre Mons et Charleroi pour relier l'Escaut à la Meuse, mais onze projets échouent entre 1811 et 1871, surtout à cause du nombre d'écluses nécessaires et du manque d'eau : les quatre ascenseurs devront racheter à eux seuls 66 mètres de dénivelé. À partir de 1877, la concurrence des charbons français et allemands rend la voie d'eau urgente pour le bassin du Centre.

La solution vient d'Angleterre : l'ascenseur d'Anderton, conçu en 1874 par l'ingénieur Edwin Clark. Jean Kraft, ingénieur en chef de John Cockerill, le propose ; Cockerill (Seraing) construit l'ouvrage, et les ateliers Lecocq, à Hal, les charpentes métalliques. À Houdeng-Goegnies, les maçonneries sont achevées en 1887 et les parties métalliques en place en avril 1888. Le 4 juin 1888, le roi Léopold II inaugure l'ascenseur n°1. L'ambiance est tendue : deux militants du Parti socialiste républicain, Pierre Loor et Paul Conreur, crient « Vive la république » et « Vive le suffrage universel ».

Le principe est une balance hydraulique : deux grands bacs remplis d'eau, chacun capable de porter une péniche, reposent sur des pistons reliés par une conduite ; quand l'un descend, l'autre monte. Un bateau qui entre dans un bac chasse un poids d'eau égal au sien, si bien que le bac pèse toujours le même poids, 598 tonnes pour 2,40 mètres d'eau. Un surplus d'environ 30 centimètres d'eau (74 tonnes) dans le bac qui descend permet d'achever le mouvement. L'ascenseur n°1 rachète 15,40 mètres ; le balancement dure quatre minutes et demie, une bassinée complète environ 28 minutes.

Les trois autres ascenseurs, à Houdeng-Aimeries, Strépy-Bracquegnies et Thieu, se font attendre : le sol, troué d'anciennes galeries de mines, laisse fuir l'eau, et la guerre de 1914 interrompt les travaux. Le canal n'est inauguré officiellement qu'en 1919. Pour son centenaire, l'ascenseur de Houdeng est jumelé avec l'écluse-ascenseur de Peterborough, au Canada.

Chemin de fer, usines et Cantine des Italiens

Au XIXe siècle, le village a sa gare sur la ligne 107 (Écaussinnes - Saint-Vaast), ouverte par la Compagnie des chemins de fer du Centre et rachetée par l'État belge en 1870. En 1876, l'État ouvre la ligne 114 entre Soignies et Houdeng-Goegnies. Les voyageurs y circulent jusqu'en 1959 sur la ligne 114 et jusqu'en 1965 sur la ligne 107, date de la fermeture de la gare ; des marchandises passent encore entre Houdeng et Saint-Vaast jusqu'en 1990.

À côté du charbon s'installent des verreries et des ateliers métalliques, comme les Verreries du Centre et les Fonderies du Centre, dont il ne reste que peu de chose. L'atelier de mécanique de précision Eidenschenck travaille au village depuis les années 1930.

Après la Seconde Guerre mondiale, le protocole italo-belge du 23 juin 1946 fait venir des milliers de travailleurs italiens, en échange de charbon livré à l'Italie. En 1946, les usines sidérurgiques Boël rachètent à Houdeng-Goegnies un ancien camp de prisonniers : les baraquements de tôle sont rasés et remplacés par quatre blocs en dur et une cantine, qui logent une cinquantaine d'ouvriers célibataires (des ouvriers de Boël, pas des mineurs). En 1947, on compte 9 161 Italiens dans le bassin du Centre. Restaurée, la Cantine des Italiens abrite aujourd'hui un musée de l'immigration italienne ; c'est le seul vestige de l'hébergement des immigrés arrivés après 1946.

Houdeng-Goegnies aujourd'hui

Commune à part entière jusqu'à la fusion de 1977, Houdeng-Goegnies fait depuis partie de la ville de La Louvière. Son territoire d'environ 888 hectares est traversé par le Thiriau du Luc et le Thiriau du Sart.

Les ascenseurs du canal du Centre sont classés comme monuments en 1992, puis inscrits au patrimoine mondial de l'Unesco en 1998. Parmi les huit ascenseurs de ce type construits à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, ce sont les seuls à fonctionner encore avec leur machinerie d'origine. Depuis 2002, les péniches de commerce passent par le nouveau canal et l'ascenseur de Strépy-Thieu, et l'ancien canal est réservé à la plaisance ; des bateaux électriques partent de la Cantine des Italiens et remontent jusqu'à l'ascenseur n°1. Le creusement du nouveau tracé a coupé les anciennes lignes de chemin de fer, mais le pont sur l'ancien tracé subsiste.

Depuis le 1er octobre 1986, la plate-forme multimodale Garocentre, qui relie l'eau, la route et le rail, s'est développée près des autoroutes. Le village est aussi repérable de loin grâce à son mât d'émetteur radio de 156 mètres.

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