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Commune de Charleroi — Province de Hainaut

Histoire complète de Marchienne-au-Pont

Un pont au confluent de l'Eau d'Heure et de la Sambre

Le bourg s'est formé autour de trois éléments que l'on retrouve dans son nom : un château, un bourg et un pont, qui a remplacé un ancien gué au confluent de l'Eau d'Heure et de la Sambre. Un lieu d'accostage, à l'extérieur du méandre, servait de port primitif sur la rivière.

Le 15 novembre 889, le roi Arnoul de Carinthie donne l'abbaye de Lobbes et ses dix-sept villages, dont Marchienne, à Francon, abbé de Lobbes et évêque de Liège. En 980, le prince-évêque Notger y exerce les pouvoirs du comte : Marchienne devient une enclave de la principauté de Liège, avec Thuin pour place forte, à la frontière du comté de Hainaut.

L'église et le château à la Renaissance

La construction de l'église paroissiale Notre-Dame de Miséricorde commence en 1512. Le 21 juillet 1554, les troupes du roi de France Henri II détruisent l'ancien manoir seigneurial. Vers 1635, la famille Honoré bâtit un nouveau château sur la rive de la Sambre.

En 1667, pendant la guerre de Dévolution, les troupes de Louis XIV s'emparent de la forteresse espagnole de Charleroi, encore inachevée. Situé en terre liégeoise, donc neutre, le château de Marchienne sert alors d'hôpital pour les soldats des deux camps.

Les maîtres de forges et la famille de Cartier

Sous l'Ancien Régime, forges et moulins s'installent le long de l'Eau d'Heure : Marchienne vit déjà du fer. En 1695, un riche maître de forges, Guillaume de Bilquin, achète le château, le termine et l'embellit ; le porche de pierre de l'aile ouest porte les armes des Bilquin-Baillencourt et la date de 1699.

En 1717, sa fille Marie-Agnès épouse Jean-Louis Cartier, fils du trésorier général du prince-évêque de Liège. Le château passe alors à la famille de Cartier de Marchienne, qui le gardera plus de deux siècles. En 1740, le dessinateur liégeois Remacle Le Loup y séjourne et le dessine pour les « Délices du païs de Liège ».

La Sambre, la route et la Providence

Au XIXe siècle, le charbon de bois cède la place au coke et Marchienne devient un grand centre sidérurgique. La Société anonyme de la Providence y développe ses usines vers le milieu du siècle. La route de Mons est ouverte en 1825, celle de Beaumont en 1837, la Sambre est canalisée et le chemin de fer vient bientôt concurrencer la rivière.

Un descendant de la famille, Émile de Cartier de Marchienne, ambassadeur de Belgique en Chine de 1910 à 1917, fait même construire à Pékin une copie du château pour abriter la légation belge ; le bâtiment existe toujours. De 1901 à 1904, une nouvelle église néogothique remplace l'ancienne, malgré l'opposition d'une partie des habitants ; ses vitraux sont posés entre 1930 et 1956.

Les guerres et Yvonne Vieslet

Le 12 octobre 1918, pendant la retraite allemande, des prisonniers français affamés sont enfermés au cercle Saint-Édouard de Marchienne. Yvonne Vieslet, une petite fille de 10 ans venue de Monceau-sur-Sambre, leur passe du pain à travers la clôture ; une sentinelle allemande tire et la blesse mortellement. Le 11 septembre 1919, le président français Raymond Poincaré lui décerne à titre posthume une médaille d'honneur, et un monument marque l'endroit où elle est tombée.

En 1932, un incendie ravage le château, que la commune rachète aux Cartier en 1938. En 1940, le pont neuf sur la Sambre est détruit. Après la guerre, la Sambre est élargie pour les bateaux de 1 350 tonnes, entre 1947 et 1970.

De la commune industrielle à aujourd'hui

En 1977, Marchienne-au-Pont, qui compte alors environ 17 000 habitants, devient une section de Charleroi. Le déclin de la sidérurgie laisse de grandes friches, comme l'ancien site de Cockerill-Sambre et sa cokerie.

Classé en 1980, le château de Cartier est restauré par étapes de 1986 à 2001 ; il abrite depuis 2002 la bibliothèque Marguerite Yourcenar. L'écrivaine, dont la mère descendait des Cartier, avait visité le château en 1956 et évoque ses ancêtres de Marchienne dans « Souvenirs pieux » (1974). Sa cour fait aujourd'hui partie du parc communal, et le métro s'arrête à la station De Cartier.

Pour prolonger la découverte de Marchienne-au-Pont, à voir aussi sur l'Annuaire Wallon en Vidéo : Maison Demiautte et l'oisellerie Au Moineau Doré.

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