Commune de Boussu — Province de Hainaut
Aucun vestige préhistorique ni aucun habitat gallo-romain n'a été retrouvé de façon sûre à Hornu. Après la dernière glaciation, le versant était boisé, et le bas du terrain fait de prairies et de clairières humides.
Selon le récit de la vie de saint Ghislain, le roi mérovingien Dagobert Ier aurait donné à ce saint, fondateur de l'abbaye voisine, des terres royales parmi lesquelles celles d'Hornu. Une légende raconte aussi que Dagobert et saint Éloi seraient passés chez un forgeron d'Hornu, qui aurait trempé les épées dans le sang de loups.
Le nom apparaît pour la première fois en 965, sous la forme Hornutum, puis Hornud en 1018 et Hornut au XIIe siècle. Son origine reste discutée : on y a vu l'orme des terrains humides, ou un mot germanique désignant une pointe de terrain.
En 965, l'empereur Othon Ier accorde à Hornu un marché hebdomadaire ; il sera transféré à Saint-Ghislain en 1286. Le comte de Hainaut y tient aussi sa cour de justice, attestée dès 985 et jusque vers 1350. La justice se rend en plein air, dans une clairière de chênes près de l'église actuelle, la « Cour des Quesnes » ; le lieu-dit « La Justice » en garde le souvenir.
L'abbé de Saint-Ghislain exerce tous les droits de seigneur à Hornu, dans le comté de Hainaut et sous l'autorité de la prévôté de Mons, jusqu'à la Révolution française. Le territoire d'Hornu était alors bien plus vaste : il englobait celui de Saint-Ghislain et une partie de Boussu. Ses limites actuelles dateraient de 1551, d'un échange entre l'abbé et Jean de Hénin-Liétard, comte de Boussu. Hornu et Saint-Ghislain ne se séparent qu'à la fin du XVIe siècle ; en 1590, les Hornutois obtiennent leur propre mayeur et leurs échevins.
La paroisse, dédiée à saint Martin, dépend de l'évêché de Cambrai jusqu'en 1804, puis de celui de Tournai. Elle est au XIe siècle le siège d'un doyenné, avant que celui-ci ne passe à Bavay. Le 27 mars 1606, une tempête fait tomber le clocher, qui est reconstruit.
Dès la fin du XIIIe siècle, on extrait à Hornu le « charbon de terre » dans de petites exploitations de surface, liées aux abbés de Saint-Ghislain. Au XVIIIe siècle, la pompe à feu permet de descendre plus profond : en 1747, l'ouest du village est concédé à Pierre Toussaint-Durieu, de Mons.
Entre 1778 et 1783, une concession de 963 hectares, à l'est, est accordée à Charles Sébastien Godonnesche, qui crée la Compagnie d'Hornu. Les débuts sont difficiles : en 1791, deux puits sont abandonnés à cause des inondations, et l'affaire décline.
En 1775, la paroisse se dote d'un nouveau presbytère, aujourd'hui protégé. En 1794, avec l'arrivée des Français, l'Ancien Régime prend fin : Hornu entre dans le département de Jemappes, canton de Boussu, et échappe à l'abbaye.
En 1810, la veuve de Godonnesche vend la concession à Henri De Gorge, un négociant lillois. Il fait creuser de nouveaux puits ; le puits Sainte-Eugénie, foncé en 1813 ou 1814 selon les sources, atteint enfin de bonnes couches de charbon et relance l'affaire.
Pour attirer et retenir les ouvriers, De Gorge fait construire, à partir de 1816 et surtout de 1822, un ensemble unique : des ateliers et des bureaux autour d'une grande cour ovale de 140 mètres sur 80, dans un style néoclassique inspiré de l'architecte français Claude-Nicolas Ledoux, et tout autour une cité ouvrière d'environ 425 maisons, avec école, bains, bibliothèque et salle de danse. Les plans sont d'abord confiés au Lillois François Obin, puis, après sa mort en 1825, au Tournaisien Bruno Renard. En 1829, la cité compte 2 500 habitants.
Pour transporter le charbon, une chaussée pavée relie dès 1819 le Grand-Hornu au tout nouveau canal de Mons à Condé. En mai 1830, elle est doublée d'une voie ferrée de 1 800 mètres, dont les wagonnets sont tirés par des chevaux : on la présente comme l'une des toutes premières voies ferrées du pays. Elle permet de remplacer 150 chevaux par 25.
La voie ferrée prive les charretiers de travail. Le 20 octobre 1830, en pleine révolution belge, une foule saccage le marché de Saint-Ghislain, arrache les rails, puis pille la maison de De Gorge, les ateliers et jusqu'aux maisons ouvrières. Certains auteurs pensent que les pillards venaient d'ailleurs, peut-être poussés par des concurrents. Le même automne, 24 volontaires d'Hornu étaient partis à Bruxelles combattre les Hollandais.
De Gorge, d'abord fidèle au roi des Pays-Bas, se rallie à la Belgique et devient sénateur. Il meurt du choléra en 1832, l'année où s'achève son château, qu'il n'habitera jamais. À ce moment, le Grand-Hornu produit 120 000 tonnes de charbon par an avec près de 1 500 ouvriers. Sa veuve, Eugénie Legrand, reprend la direction, puis lègue le charbonnage à ses neveux. Une statue d'Henri De Gorge est dressée dans la cour en 1854 ou 1855 selon les sources.
Hornu grandit avec le charbon : de 764 habitants vers 1816, il passe à environ 11 300 en 1910. Les puits se multiplient, jusqu'à près de 1 000 mètres de profondeur, et la période la plus prospère se situe entre 1870 et 1920. En 1897, le Grand-Hornu met en service une centrale électrique, la première des charbonnages wallons ; en 1902-1903, un transporteur aérien électrique de 1 800 mètres porte le charbon jusqu'au canal. L'église Saint-Martin est reconstruite en 1844, en gardant son vieux clocher.
La vie des mineurs est dure. Les coups de grisou tuent 26 hommes en 1858, 15 en 1880, 15 en 1885 et 28 en 1887. Les grèves de 1872, 1877 et 1891 sont sévèrement réprimées.
Le 1er mai 1944, des bombardements frappent durement le nord du village, le long de la route de Mons à Valenciennes, et la rue de la Fontaine. Après la guerre, les charbonnages souffrent de la concurrence d'autres combustibles. Le Grand-Hornu fusionne en 1951 avec les Charbonnages du Hainaut et s'arrête en 1954 ; les autres puits d'Hornu ferment les uns après les autres jusqu'en 1958.
Du 14 au 16 juillet 1954, Hornu accueille un événement inattendu : le congrès extraordinaire des partisans de Messali Hadj, chef du principal mouvement nationaliste algérien, le MTLD. Un peu plus de trois cents délégués s'y réunissent. Le congrès consacre la rupture avec le comité central du mouvement ; ce sera la dernière grande assemblée des militants avant le début de la guerre d'Algérie, le 1er novembre 1954.
Abandonné après sa fermeture, le Grand-Hornu est condamné à la démolition par un arrêté royal en 1969. L'architecte Henri Guchez le rachète en 1971 et commence à le restaurer. La Province de Hainaut crée l'association Grand-Hornu Images en 1984, puis achète tout le site en 1989. En septembre 2002, le MAC's, musée des arts contemporains de la Fédération Wallonie-Bruxelles, s'installe dans les anciens bâtiments, restaurés par l'architecte Pierre Hebbelinck.
Hornu est une commune à part entière jusqu'à la fusion de 1977, qui l'unit à Boussu. En 2012, le Grand-Hornu est inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO avec trois autres grands sites miniers de Wallonie, dont le Bois du Cazier à Marcinelle.
Dernière mise à jour : 22/10/2026
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