Commune de Charleroi — Province de Hainaut
En wallon, le village s'appelle Mårcinele. Son territoire forme un long rectangle d'environ 6,5 km sur 2,5 km, dont la Sambre marque la limite nord, face à Charleroi. Au lieu-dit la Tombe se trouve un tumulus, présenté comme gallo-romain, qui témoigne d'une occupation ancienne des lieux.
La paroisse de Marcinelle apparaît pour la première fois en 980, dans le polyptyque de l'abbaye de Lobbes, l'inventaire de ses biens. Comme sa voisine Marchienne-au-Pont, Marcinelle fait partie de la principauté de Liège. En 1251, un accord est passé entre l'abbé de Lobbes et l'évêque de Cambrai, et en 1255 est fondé le hameau des Haies.
L'église Saint-Martin, de style roman mosan, garde une tour du XIIe siècle. Sa nef date du XVe siècle et son transept du XVIIIe siècle. Elle est restaurée en 1923 et abrite un chemin de croix de Marcel Wolfers.
En juin 1815, au début de la dernière campagne de Napoléon, quelques jours avant Waterloo, la cavalerie du général Pajol arrive à Marcinelle vers 8 h 30 du matin, lors de l'attaque surprise des troupes françaises sur Charleroi.
Au XIXe siècle, Marcinelle devient un village d'usines. En 1823, Paul-François Huart-Chapel fonde l'usine de Hauchies, sur des terrains qui avaient appartenu au prince-évêque de Liège. Il y installe la première machine à vapeur de la métallurgie du pays de Charleroi, et en septembre 1827 s'y allume le premier haut fourneau au coke de la région.
Le charbon est partout. Les Charbonnages de Marcinelle-Nord creusent leur puits n° 12 en 1865, puis fusionnent avec Monceau-Fontaine. En 1930, ils extraient 444 500 tonnes de charbon et emploient 2 944 ouvriers. Les puits n° 11 et 12 ferment en 1932, et le puits du Cerisier (n° 10) arrête l'extraction en 1966.
Marcinelle a aussi des industries plus inattendues : en 1892, Pierre De Heug y fonde une fabrique de pianos. Au nord-est, le quartier ouvrier de Villette grandit au point de devenir une paroisse en 1899, dédiée à Notre-Dame des Sept Douleurs ; son église néo-gothique est construite en 1905 par Hector Leborgne.
La concession du charbonnage est accordée par arrêté royal le 30 septembre 1822. Le site devait s'appeler « Bois de Cazier » : c'est une erreur de transcription qui lui a donné le nom de Bois du Cazier. Après 1898, il appartient à la société des charbonnages d'Amercœur. En 1955, la mine produit 170 557 tonnes de charbon par an et emploie 779 ouvriers, dont beaucoup d'immigrés, surtout italiens. Depuis l'accord de 1946 entre la Belgique et l'Italie, des dizaines de milliers de mineurs italiens sont venus travailler en Belgique, en échange de charbon.
Le 8 août 1956, vers 8 h 10, un wagonnet mal engagé dans la cage, au niveau 975, heurte une poutrelle qui arrache des câbles électriques et une conduite d'huile sous pression. Un arc électrique enflamme l'huile, et l'aération des puits pousse les flammes et la fumée dans les galeries, où travaillent la plupart des hommes, entre 975 et 1 035 mètres de profondeur.
262 mineurs meurent, asphyxiés pour la plupart. Ils sont de 12 nationalités : 136 Italiens, 95 Belges et des hommes venus de toute l'Europe. 29 d'entre eux venaient des seuls villages de Manoppello et Lettomanoppello, dans les Abruzzes. Seuls 13 hommes du fond sont sauvés : 7 remontent par la seule cage encore utilisable, 6 autres sont retrouvés inconscients l'après-midi. Les secours durent environ trois semaines. En remontant du niveau 1 035, où il vient de découvrir une cinquantaine de corps, le sauveteur Angelo Berto prononce les mots restés célèbres : « Tutti cadaveri », tous morts. Parmi les sauveteurs, Angelo Galvan est aussi resté dans les mémoires.
C'est la plus grave catastrophe minière de l'histoire belge. Elle provoque une crise entre la Belgique et l'Italie, qui arrête l'envoi de ses mineurs. Le port du masque devient obligatoire et la Communauté européenne du charbon et de l'acier adopte de nombreuses mesures contre les incendies de mine. Au procès, les cinq prévenus sont d'abord acquittés ; en appel, un seul est condamné, à six mois avec sursis, puis la Cour de cassation annule cet arrêt et l'affaire se termine par un arrangement à l'amiable avec les familles.
La société exploitante est liquidée en 1961 et le charbonnage ferme en décembre 1967. Le site est classé monument en 1990 et ouvre au public en mars 2002, avec un mémorial, le Musée de l'Industrie et, depuis 2007, le Musée du Verre de Charleroi. En 2012, il est inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco, avec trois autres grands sites miniers de Wallonie : le Grand-Hornu, Bois-du-Luc et Blegny-Mine.
En 1898, Jean Dupuis installe une première presse chez lui, à Marcinelle. Il imprime d'abord des documents et des buvards pour les médecins et les pharmaciens. Au début de 1914, un incendie détruit l'imprimerie ; elle est reconstruite, mais pendant la Première Guerre mondiale, l'occupant allemand réquisitionne souvent la presse. En 1922, Dupuis lance un hebdomadaire de romans illustrés, Les Bonnes Soirées, qui atteint environ 10 000 abonnés.
Le 21 avril 1938, Jean Dupuis crée un journal pour la jeunesse, Spirou, confié à ses fils Charles et Paul. Le personnage du groom est d'abord dessiné par le Breton Rob-Vel. Après la guerre, autour du journal, se forme ce qu'on appelle l'« école de Marcinelle » : Jijé, Franquin, Morris, Will, Tillieux, Roba, Jidéhem, Peyo, Gos et d'autres. Lucky Luke, Gaston Lagaffe, les Schtroumpfs ou Boule et Bill sont nés dans les pages de Spirou.
La famille vend l'entreprise en 1985 ; depuis 2004, Dupuis appartient au groupe Média-Participations, mais les éditions ont gardé leur siège à Marcinelle.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, Marcinelle est un haut lieu de la résistance carolorégienne. En septembre 1940, le major Alfred Servais prend la tête de la section de Charleroi de la Légion belge, qui donnera naissance à l'Armée secrète. Fin 1942, un espion belge au service des Allemands infiltre le réseau et onze membres sont arrêtés, dont Servais. Il est fusillé au Tir de Marcinelle le 2 juin 1943 et repose aujourd'hui au cimetière d'honneur de Marcinelle. D'autres résistants de la Légion belge sont exécutés au même endroit.
En 1942, un attentat vise aussi le siège de la police de sûreté allemande (Sipo-SD) à Marcinelle, qui déménage ensuite boulevard Audent, à Charleroi.
Eugène Mascaux reste bourgmestre de 1907 à 1934 et donne son nom à l'avenue où l'on construit le nouvel hôtel de ville, œuvre de l'architecte Joseph André : la première pierre est posée en 1956 et le bâtiment est inauguré en 1963. Lucien Harmegnies est le dernier bourgmestre de Marcinelle, de 1958 à 1977.
En 1977, la fusion des communes fait de Marcinelle une section de Charleroi, la deuxième plus grande après Jumet. Le village a vu naître ou vivre des personnalités comme l'homme politique Jules Destrée, le député Paul Pastur ou l'escrimeur Georges Salmon, champion olympique par équipe à l'épée en 1912. L'industrie n'a pas disparu : de grands groupes y sont installés, et l'entreprise Aerospacelab y construit aujourd'hui des satellites.
Pour prolonger la découverte de Marcinelle, à voir aussi sur l'Annuaire Wallon en Vidéo : Jonathan Lecocq et Institut Laura Dupuis.
Dernière mise à jour : 17/10/2026
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