Commune de Orp-Jauche — Province de Brabant wallon
Le sous-sol de Folx-les-Caves est fait de tuffeau, une roche calcaire tendre, déposée au fond de la mer qui couvrait la région à la fin de l'ère secondaire, le Crétacé. En 1888, le géologue Casimir Ubaghs décrit la coupe visible à l'entrée des souterrains : un tuffeau blanc jaunâtre très riche en fossiles, dont il cite 73 espèces, puis, plus bas, un tuffeau sableux visible sur environ 27 mètres. Il y signale des ammonites et des restes de mosasaure, un grand reptile marin de cette époque.
Les galeries ont exploité deux roches : un tuffeau friable riche en calcaire, utilisé au moins depuis le Moyen Âge pour amender les champs, et une pierre plus dure, employée pour quelques maisons proches et pour l'église.
Le nom du village a beaucoup changé au fil des siècles : Foul au XIIIe siècle, puis Fool, Folz, Foulx ou Fooz. Selon Tarlier et Wauters, la forme « Folx » apparaît pour la première fois en 1709. On le rattache au latin fossa, la fosse ou la carrière, ou à fauces, la gorge, le gouffre : dans les deux cas, une allusion aux trous du sous-sol.
Pour éviter les confusions avec d'autres villages, on a ajouté des précisions : Foul en Brabant, Fooz de Jauche, puis Folz-les-Caves, du nom d'un hameau voisin. Au XVIIIe siècle, le bois des environs était appelé « forêt les caves », à cause des ouvertures de carrières qu'on y voyait ; c'est ce nom que le village a fini par porter.
Un cimetière de l'époque franque a été découvert au lieu-dit Tombois, sur le territoire du village. Le village lui-même est cité pour la première fois dans un document du XIIIe siècle ; une famille de chevaliers, les de Foul, y réside alors. Au même siècle, l'abbaye de Villers acquiert des biens à Folx et le droit de nommer le curé de l'église, dédiée aux saints Pierre et Paul.
Le plus grand domaine appartient au chapitre Saint-Denis de Liège. Le village dépend de la mairie de Geest-Gérompont, et la justice y est partagée entre le duc de Brabant et le seigneur de Jauche, avoué du chapitre : on parle de « Folx du duc » et de « Folx de Jauche ». En 1648, Guillaume de Cottereau, baron de Jauche, rachète la part du duc.
Plusieurs grandes fermes ont une longue histoire : la ferme Vleminckx, dite ferme de la Brasserie, appartient aux de Glimes dès 1542 ; au XVIIe siècle, la famille Le Rousseau possède la seigneurie de Heusbeek, aujourd'hui ferme de la Vallée. Le moulin Bauwin existe déjà au XVIIe siècle.
Personne ne sait quand le creusement a commencé. Les hypothèses vont du néolithique, pour chercher du silex, à des époques plus récentes, pour la marne, la craie ou la pierre à bâtir. La plus ancienne description connue date de 1606 : dans sa Gallo-Brabantia, l'historien Jean-Baptiste Gramaye parle d'une « caverna subterranea » soutenue par des colonnes et des arcs, traversée par un petit ruisseau, où les paysans se réfugient avec leur bétail et leurs outils.
Les carrières sont creusées selon la méthode des chambres et piliers : l'entrée se trouve à 13 mètres de profondeur, les galeries voûtées descendent jusqu'à 18 mètres et forment un dédale ramifié, soutenu par des piliers de tuffeau. Un ruisselet souterrain les traverse et rejoint la Petite Gette.
Le refuge n'est pas inutile : aux XVe et XVIIe siècles, les armées de passage imposent leurs exactions aux habitants. En 1706, pendant la bataille de Ramillies, toute proche, l'artillerie française bombarde le village et y cause de gros dégâts.
Au milieu du XVIIIe siècle, un brigand terrorise les marchands de l'est du Brabant : Pierre Colon. Avec sa bande et sa femme, Marie Tirion, il détrousse marchands et seigneurs, et tue ceux qui résistent. La police, menée par le comte de Berlaymont, du château de Jauche, le cherche pendant des mois sans le trouver, au point qu'on le croit sorcier ou fantôme.
La tradition raconte que sa maison se trouvait au-dessus des carrières et qu'un puits lui permettait de disparaître dans les galeries, où ses poursuivants se perdaient ; cela relève de la légende plus que des documents. Arrêté une première fois, il s'évade de la prison de Jauche, grâce à une lime que sa femme aurait cachée dans une tarte. Repris, il est condamné à mort avec Marie Tirion et pendu en 1769.
Malgré ses crimes, la mémoire locale en a parfois fait une sorte de Robin des Bois. En 2011, une fête, la « Fiesse à Colon », célébrait encore sa mémoire chaque premier week-end d'octobre.
La plus ancienne inscription relevée sur les parois des caves porte la date de 1771. Quelques années plus tard, pendant la Révolution française, des religieux chassés de leurs couvents, dont certains venaient de l'abbaye de Boneffe, se réfugient dans les galeries, entre 1793 et 1797.
Ils y taillent deux autels : l'un dans une galerie en cul-de-sac, l'autre dans la « chapelle du Saint-Esprit », où des figures symbolisant la Trinité sont sculptées dans la paroi.
Au XIXe siècle, Folx-les-Caves s'industrialise un peu : extraction de marne, la plus ancienne activité, batterie de chanvre transformée ensuite en moulin à farine, carrières de sable et de pierre à pavés, brasserie et tannerie. En 1857, M. Gérondal, bourgmestre de Jauche, exploite le tuffeau inférieur pour en tirer des rognons siliceux qui servent de pavés très résistants. En 1862, Jean-Baptiste Gérondal installe une brasserie et une vinaigrerie dans les caves. L'extraction de la pierre s'arrête dans le dernier tiers du siècle.
En 1886 commence la culture des champignons, organisée sur le modèle des champignonnières de Paris. La famille Racourt la mène jusqu'en 1975, et Louis Bodart cultive lui aussi des champignons dans une autre partie des caves de 1907 à 1952 ; on parle encore aujourd'hui de la « cave Racourt » et de la « cave Bodart ». En 1948, la production atteint 180 kilos par jour. Le village garde de cette époque sa réputation de pays du champignon.
Les galeries accueillent aussi des bals : à la bougie jusque vers 1910, puis à nouveau après l'arrivée de l'électricité en 1952, jusqu'en 1989. Ils cessent quand on prend conscience que le site n'a qu'une seule entrée et aucune sortie de secours.
Commune à part entière, Folx-les-Caves est rattaché à Jauche au début des années 1970, puis entre avec lui dans la nouvelle commune d'Orp-Jauche lors de la fusion de 1977.
Les anciennes carrières souterraines sont classées en 1993. Le site fait partie du réseau Natura 2000 : six espèces de chauves-souris y passent l'hiver, surtout dans la partie fermée au public. Dans les années 1990, la Province du Brabant wallon achète la partie Bodart.
Pendant des années, la famille Racourt fait visiter sa partie des caves, avec une petite champignonnière de démonstration. En 2016, sans successeur, elle la met en vente. Les grottes sont aujourd'hui une propriété privée, fermée au public ; seules des visites scolaires sont organisées avec le Musée d'Initiation à l'Archéologie du Brabant wallon (MiaBw), à Hélécine, et le site s'ouvre parfois lors des Journées du patrimoine, comme le 14 septembre 2025.
Le village a compté parmi ses habitants le peintre Dominiq Fournal, qui s'y est installé en 1993, et le pianiste et compositeur Marc Lerchs, à qui l'on doit les premières chansons de Lara Fabian. Folx-les-Caves reste avant tout un village agricole.
Dernière mise à jour : 25/10/2026
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