Commune de Walcourt — Province de Namur
Laneffe, en wallon Li Nèfe, est traversé par la Thyria, qui rejoint l'Eau d'Heure, et coupé en deux par la route de Charleroi à Philippeville et Couvin. Son nom apparaît sous les formes Nefia, Lanaiffe (1070), Neffia (1128) et La Neff (1569). La finale « -effe » désignerait l'eau, un étang ou un marais, remplacé aujourd'hui par une plaine humide.
Le lieu est habité dès le début de notre ère : des tombes gallo-romaines ont été découvertes à la fin du XIXe siècle, le long de la voie romaine de Bavay à la Meuse.
En 1064, un certain Fulrad de Laneffe signe comme témoin une charte du prince-évêque de Liège. Au Moyen Âge, Laneffe est une seigneurie qui relève de la cour féodale de Morialmé, en terre liégeoise. Elle passe des seigneurs de Laneffe aux familles de Soye, de Hemricourt et de La Marck ; à la fin du XVIe siècle, Jean de Campenne l'acquiert, puis elle passe aux Glymes, avant d'être vendue en 1780 à Jean de Saint-Hubert, de Dinant.
Les abbayes y ont aussi leurs droits. L'abbaye de Waulsort possède des terres libres à Laneffe depuis le XIIe siècle. En 1209, Bastien de Laneffe cède à l'abbaye d'Aulne le patronage de l'église et les dîmes ; les disputes entre abbayes durent longtemps, et ce n'est qu'en 1743 qu'Aulne en devient seule bénéficiaire.
L'église garde le monument funéraire de J. de Campen, mort en 1585, et de Marie de la Marck, morte en 1596.
En 1635, le curé Remy du Terne et le seigneur Henry de Campenne fondent la confrérie Saint-Éloi, en remerciement de la protection du village contre la peste. Approuvée par une bulle du pape en 1640, elle compte 21 membres et s'associe en 1643 à la confrérie de Béthune-Beuvry, en France.
Les processions, jadis escortées de cavaliers, sont réglementées sous l'empereur Joseph II, puis interdites sous la Révolution française. Aujourd'hui encore, une marche militaire défile chaque année fin juin en l'honneur de saint Éloi, patron des forgerons et des maréchaux-ferrants : on bénit les chevaux et l'on distribue petits pains et fanions.
L'église Saint-Lambert est reconstruite au XVIIIe siècle par l'architecte de Thuin Jean-Baptiste Chermanne : entre 1732 et 1740 selon la commune, en 1743 selon une autre source. En pierre du pays, à trois nefs, avec un clocher bulbeux, elle garde des stalles en chêne sculpté, une chaire monumentale et deux grands confessionnaux. Elle est classée en 1956, avec le mur de l'ancien cimetière.
Le « vieux château » est une gentilhommière qui aurait été bâtie vers 1630 pour la famille de Fecheroulle ; des pierres datées de 1633 et 1645 vont dans ce sens. Au bord de la Thyria, la ferme-château a été reconstruite au XIXe siècle, puis en partie en 1923-1924.
Laneffe a longtemps vécu du fer : on y extrait le minerai et on le fond dans des hauts-fourneaux. En 1743, les mineurs profitent des privilèges de la charte des « minières de Morialmé ». Dans la première moitié du XIXe siècle, un haut-fourneau au coke est mis en service : en 1830, actionné par une machine à vapeur et flanqué de huit fours à charbon, il consomme une tonne de coke par jour, et la fonte et le transport du minerai font vivre beaucoup d'ouvriers. Le village compte alors 344 habitants et un moulin à farine.
Le chemin de fer arrive en 1848, mais les hauts-fourneaux sont démolis une dizaine d'années plus tard.
En mai 1940, la ferme-château est endommagée par un bombardement allemand. Pendant l'occupation, les Allemands réquisitionnent les cloches pour fondre des canons. Le 23 janvier 1944, ils descendent la plus grosse cloche de Laneffe, Isabelle, en service depuis 1826, et l'emportent dans une ancienne verrerie de Montignies-sur-Sambre.
Peu après, huit résistants du Mouvement national belge, dont deux évadés russes, entrent de nuit dans le dépôt, maîtrisent les gardes, coupent le téléphone et repartent avec la cloche de Laneffe et une cloche de Fraire. La date de ce coup de main est le 8 février 1944 selon les sources de Laneffe, le 1er mars selon celles de Fraire. Les deux cloches sont enterrées la nuit dans le parc du château Vincent, en face de l'église ; le concierge rebouche le trou et y plante un parterre de fleurs.
Elles sont déterrées le 17 avril 1945. Isabelle est fêlée : elle est refondue et rebaptisée Alice, du prénom de la personne chez qui elle avait été cachée.
Commune à part entière jusqu'à la fusion de 1977, Laneffe fait depuis partie de Walcourt. Le village compte aujourd'hui environ 1 800 habitants sur 664 hectares, et sa marche Saint-Éloi reste l'un des grands rendez-vous de l'été.
Pour prolonger la découverte de Laneffe, à voir aussi sur l'Annuaire Wallon en Vidéo : Les Petits Jardi-Gourmets.
Dernière mise à jour : 26/10/2026
Cette page est écrite à partir de sources publiques et elle peut toujours s'enrichir. Vous avez une information, un souvenir de famille, une vieille photo ou une carte postale ? Vous avez repéré une erreur ? Écrivez-nous : chaque information est vérifiée avant d'être ajoutée, corrigée ou retirée.
[email protected]