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Commune de Viroinval — Province de Namur

Histoire complète d'Oignies-en-Thiérache

Une clairière dans la forêt

Le village est entouré d'une ceinture boisée de près de sept kilomètres de large, au cœur du parc naturel Viroin-Hermeton et du parc national de l'Entre-Sambre-et-Meuse. Les bois qui l'entourent couvrent environ 6 000 hectares, parcourus aujourd'hui par 300 kilomètres de sentiers balisés.

Jusqu'à la fin de l'Ancien Régime, Oignies fait partie de la principauté de Liège. L'historien local Gérard Baudrez, qui a consacré sept volumes à l'histoire du village, s'est notamment penché sur la bataille de Rocroi (1643), livrée de l'autre côté de la frontière.

Le Trou du Diable

À la fin du XVIIe siècle, la région connaît des procès en sorcellerie. Un endroit des bois, où le diable serait apparu lors d'un sabbat, en garde le nom : le Trou du Diable. Ce nom n'a donc rien à voir avec les accidents de l'ardoisière qui s'y installera plus tard.

Français puis namurois

Sous le régime français, Oignies devient une commune du département des Ardennes. En 1815, le village est rattaché à la province de Namur, dans le royaume des Pays-Bas, puis dans la Belgique de 1830.

Au XIXe siècle, le village se dote d'une nouvelle église, construite en 1842 et dédiée à saint Remy.

Le siècle de l'ardoise

Oignies se trouve au bord du bassin ardoisier de Fumay et de Haybes, de l'autre côté de la frontière. En 1839, la commune accorde la première concession d'ardoisière au Trou du Diable. L'exploitation change plusieurs fois de mains et atteint son sommet en 1869, avec plus de 6,5 millions d'ardoises. Les ardoisières du village, comme l'Hamériaine ou Saint-Théodore, peuvent produire jusqu'à sept millions d'ardoises par an, et à la fin du XIXe siècle, plus de 300 personnes y travaillent.

Le travail est terrible. Les hommes descendent parfois jusqu'à un kilomètre sous terre, pour des journées de dix heures. Au début, ils remontent par des échelles des blocs de 80 à plus de 100 kilos sur le dos ; ce n'est que dans le dernier quart du XIXe siècle que des wagonnets tirés par des treuils, à vapeur puis électriques, sont installés. Les femmes, par équipes de huit, actionnent à la main les pompes qui évacuent l'eau des galeries, et chargent les chariots à la surface. Dans la première moitié du siècle, les enfants commencent vers 7 ou 8 ans ; le travail des moins de 12 ans n'est interdit qu'en 1889.

La poussière d'ardoise ronge les poumons : la silicose emporte les ardoisiers vers la quarantaine, et Oignies devient « le village des veuves ». Un ouvrier entré à la mine à 11 ans a raconté cette vie en wallon dans Viye dè tchèn (Une vie de chien), récemment traduit en français.

En 1890, la concession du Trou du Diable est retirée après des plaintes pour salaires impayés et débits de boisson clandestins. L'extraction s'arrête définitivement en 1926.

Les guerres et le nouveau nom

En 1914, des troupes françaises et allemandes s'affrontent près du Trou du Diable ; les victimes reposent dans un petit cimetière isolé dans les bois. Deux plaques sur la façade de la maison communale, rue de Rocroi, portent les noms des victimes des deux guerres mondiales.

Par arrêté royal du 20 décembre 1963, la commune d'Oignies prend le nom d'Oignies-en-Thiérache, pour ne plus être confondue avec les autres Oignies. En 1977, elle rejoint la nouvelle commune de Viroinval.

Le centre de l'Europe

En 1995, quand la Suède, la Finlande et l'Autriche rejoignent l'Union européenne, le centre géographique de l'Europe des Quinze tombe dans les bois d'Oignies, au bord de la route de Fumay. Il est marqué par une étoile de pavés de granit à quinze branches, une par pays, dont la longueur dépend de la date d'adhésion. Au milieu, le maître verrier Bernard Tirtiaux a posé sa « Cathédrale de Lumière », une petite cathédrale de verre qu'il voyait comme « une semence de cathédrale ».

Un restaurant, Le Trou du Diable, ouvre la même année pour accueillir les curieux. Mais en 2004, l'arrivée de dix nouveaux pays déplace le centre de l'Europe vers l'est, et le restaurant finit par fermer en 2017.

La mémoire de l'ardoise

Dans la forêt, les entrées des anciennes ardoisières, un chevalement et les terrils de déchets, les « verdaux », sont toujours là. Les anciens bureaux de l'ardoisière, le long de la route de Fumay, sont devenus une maison. En 2008, l'ardoisière d'Oignies est classée cavité souterraine d'intérêt scientifique, car elle abrite des chauves-souris ; son accès est réservé aux scientifiques.

Un lieu de mémoire a été aménagé place du Baty, et huit promenades « Au fil de l'ardoise » parcourent les anciens sites. En 2025, l'asbl Gascot d'Oignies s'est associée à Fumay et Haybes dans un projet européen pour créer un circuit transfrontalier des ardoisières et une exposition itinérante.

À découvrir au village

Pour prolonger la découverte d'Oignies-en-Thiérache, à voir aussi sur l'Annuaire Wallon en Vidéo : La Guinguette de Oignies.

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