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Commune de Gembloux — Province de Namur

Histoire complète de Corroy-le-Château

Le village des coudriers

Corroy-le-Château se trouve à 5 kilomètres au sud-ouest de Gembloux, sur un petit affluent de l'Orneau. Il apparaît en 1119 sous le nom de Colroith, qui viendrait du bas latin « coruletum », un terrain planté de coudriers, c'est-à-dire de noisetiers. En wallon, on dit Côroe-l'-Tchestea. Ses habitants portent le surnom de « Faisans », car le lieu passait pour un repaire de ces oiseaux.

Des Gallo-Romains à saint Norbert

Des traces de l'époque gallo-romaine ont été relevées, et le hameau de Villez, au nord, rappellerait une ancienne villa romaine. La grande voie romaine de Bavay à Cologne passait à environ 3 kilomètres au nord du village.

La première mention écrite du village se trouve dans la Vie de saint Norbert, rédigée vers 1160 : en 1119, le fondateur de l'ordre des Prémontrés passe à Corroy avec son disciple Hugues de Fosses, et le texte lui attribue un miracle. Après 1121, la paroisse est desservie par l'abbaye de Floreffe. L'église Saint-Lambert date du XIIIe siècle et garde des pierres tombales dans son chœur.

Une forteresse face à Namur

Au départ, il n'y a qu'un simple donjon, celui des seigneurs d'Orbais. Vers 1200, il passe par héritage à une branche cadette des ducs de Brabant, qui l'entoure d'une palissade en 1235. Par mariage, il revient ensuite au comte Philippe de Vianden. Vers 1270, celui-ci bâtit une enceinte de pierre avec quatre tours rondes d'angle, des courtines et un châtelet d'entrée, pour garder la frontière sud du Brabant face aux comtes de Namur, les Dampierre. La forteresse se serait inspirée du Louvre.

Au Moyen Âge, le seigneur de Corroy bat monnaie et rend la justice ; un banquier lombard tient un comptoir au village, qui possède aussi un hôpital. Vers 1477, les meurtrières des tours sont élargies pour recevoir des canons.

Les Nassau-Corroy

Par un mariage entre les Nassau et les Vianden, le château entre dans la grande famille de Nassau, celle des princes d'Orange. Alexis, fils naturel d'Henri III de Nassau-Breda, est reconnu par Charles Quint en 1530, et reçoit en 1540 tous les droits sur Corroy : il fonde la branche des Nassau-Corroy. En 1693, le roi d'Espagne Charles II fait de Joseph-Ignace de Nassau le premier comte de Corroy. Ce sont les Nassau qui créent les jardins à la française.

Les guerres frappent durement le village : en 1542, il est incendié par les Gueldrois, et de nombreux habitants sont tués. À la fin du XVIIe siècle, les troupes de Louis XIV passent à plusieurs reprises ; le château est pillé en 1690 et en 1697, et l'église comme le village sont dévastés.

D'une forteresse à une demeure

Au XVIIIe siècle, la forteresse devient une résidence plus confortable : le donjon et une courtine sont abattus pour faire place à de grands appartements, le châtelet d'entrée est restauré en 1718 et une orangerie est construite en 1780. En 1803, la dernière héritière, Amélie-Constance de Nassau-Corroy, épouse le marquis Gillion de Trazegnies d'Ittre, et le château passe à sa famille. À sa mort en 1832, la lignée des Nassau-Corroy s'éteint.

Au XIXe siècle, les Trazegnies aménagent une salle à manger, un grand vestibule et une chapelle néogothique. Au village, une poudrerie fonctionne de 1841 à 1864 ; un grave accident, en 1860, entraîne son déclin. On y trouve aussi des métiers à tisser la toile et un moulin à vent.

Corroy-le-Château aujourd'hui

Le château est classé monument en 1965, et en 1974 des fouilles retrouvent l'emplacement du donjon disparu. Il fait partie du patrimoine exceptionnel de Wallonie. En septembre 2008, à la demande de deux héritiers, il est mis en vente publique pour la première fois de son histoire et acheté par l'artiste belge Wim Delvoye, qui le revend le mois suivant à une société de la famille de Trazegnies. En 2010, cette société est donnée à l'Association royale des Demeures historiques et Jardins de Belgique ; le marquis Olivier de Trazegnies y garde son droit d'habitation.

Commune à part entière jusqu'à la fusion de 1977, Corroy-le-Château fait depuis partie de Gembloux. Le château se visite à la belle saison et accueille chaque printemps des fêtes médiévales. Le village garde aussi la ferme du Marais, du XVIIe siècle, et plusieurs belles fermes hesbignonnes.

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