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Commune de Dinant — Province de Namur

Histoire complète de Bouvignes-sur-Meuse

Une forteresse des comtes de Namur

À la fin du XIe siècle, le comte de Namur Godefroid Ier fait construire une forteresse à Bouvignes, à la frontière de son comté. Au début du XIIe siècle, son fils Henri l'Aveugle l'entoure de murs épais. La petite ville se développe au pied de l'église et du château comtal.

La place est vite mise à l'épreuve. En 1188, Baudouin V, comte de Hainaut, l'assiège ; les archéologues ont retrouvé des traces d'incendie de cette attaque. En 1213, Bouvignes reçoit les mêmes droits urbains que Namur, et en 1214, le duc Waleran III de Limbourg l'assiège à son tour, sans parvenir à prendre le château.

En 1217, l'église Saint-Lambert, de style gothique, est consacrée. Au XIIIe siècle, une enceinte de calcaire entoure la ville.

Crèvecœur face à Dinant

Bouvignes appartient au comté de Namur, Dinant à la principauté de Liège : les deux villes, à quelques kilomètres l'une de l'autre sur la Meuse, sont rivales, pour le territoire comme pour le commerce et le travail du cuivre. Les Dinantais élèvent la tour de Montorgueil sur la rive d'en face. Bouvignes répond vers 1320 par le donjon carré de Crèvecœur, bâti sur un rocher séparé.

En 1321, les Liégeois tentent un premier siège, sans succès. En 1388, le maître d'œuvre Godefroid de Bofiaule agrandit le château, et vers 1430, une tour en fer à cheval est ajoutée du côté de la Meuse. De 1429 à 1431, à la demande des Dinantais, le prince-évêque de Liège Jean de Heinsberg assiège Bouvignes avec un « chat », une machine de siège : le château est durement touché mais ne tombe pas. L'arrivée du duc de Bourgogne Philippe le Bon met fin au siège.

C'est de cette époque que daterait la légende qui a donné son nom au château : trois chevaliers seraient morts en le défendant, leurs épouses auraient pris les armes à leur tour, puis se seraient jetées du haut des remparts, le cœur brisé. Depuis au moins 1778, on rattache souvent cette légende au siège de 1554, mais son cadre d'origine serait celui de 1430.

La rivalité avec Dinant atteint son point culminant en 1466, quand Philippe le Bon et son fils, le futur Charles le Téméraire, mettent Dinant à sac.

L'âge d'or des batteurs de cuivre

À la fin du XVe siècle, l'église Saint-Lambert est reconstruite et agrandie : sa nef et ses bas-côtés atteignent 54 mètres de long. Au XVIe siècle, la ville s'étend vers le nord, et l'activité des batteurs de cuivre, qui fabriquent la dinanderie, connaît son apogée.

Le peintre Herri met de Bles, l'un des premiers grands paysagistes de la Renaissance, serait né à Bouvignes ou à Dinant, vers 1490 ou 1510 selon les sources. Il glissait souvent une petite chouette dans ses tableaux, comme une signature, ce qui lui a valu en Italie le surnom de « il Civetta ».

Le sac de 1554 et la reconstruction

En juillet 1554, les troupes du roi de France Henri II mettent à sac Dinant et Bouvignes. L'église Saint-Lambert est ravagée et incendiée, les murailles sont en partie détruites, et l'artillerie endommage gravement Crèvecœur, qui perd son rôle militaire et ne sert plus que de poste de guet.

La ville se relève. L'église est restaurée dès 1559. Charles Quint, et surtout son fils Philippe II, aident à remettre les murailles en état, et Philippe II cherche à relancer le travail du cuivre. Crèvecœur est en partie reconstruit entre 1567 et 1580.

C'est à cette époque que prend sa forme actuelle la Maison espagnole, bâtie sur des fondations médiévales, dans le style mosan du passage du gothique à la Renaissance : sa charpente a été datée de 1568-1575. Elle aurait été construite par le maître de forges Gobert Maistrecocq, et reste aux mains d'industriels et de familles de maîtres de forges jusqu'en 1711.

Du démantèlement au XIXe siècle

En 1655, les Français prennent le château pour la dernière fois. En 1672, Crèvecœur et les murailles de la ville sont démantelés, sous la direction de François d'Otreppe. Bouvignes n'est plus une place forte.

La ville voit naître Louis de Bouvignes (1630-1701), de son vrai nom Louis Bouille, prédicateur capucin et auteur spirituel. En 1770, les magistrats de Bouvignes rachètent à l'abbaye de Floreffe une chaire de vérité attribuée à Pierre Schleiff, et l'église Saint-Lambert est alors transformée dans le goût néoclassique.

Au XIXe siècle, le cimetière qui entourait l'église est transféré au nord du village en 1870. La Maison espagnole devient l'hôtel de ville en 1888, une gare s'ouvre sur la ligne Namur-Dinant en 1891, et le grand escalier qui monte à l'église est construit en 1892.

Les deux guerres mondiales

Le 23 août 1914, le jour des grands massacres de la région de Dinant, des soldats allemands du 178e régiment d'infanterie fusillent 31 habitants de Bouvignes et incendient 20 maisons. L'église Saint-Lambert est de nouveau dévastée ; elle est restaurée de 1924 à 1927, dans un style néogothique qui lui rend son aspect médiéval.

En mai 1940, Bouvignes se retrouve au cœur de la percée allemande sur la Meuse. Le génie belge fait sauter en partie la passerelle. Le 13 mai, au petit matin, les hommes de la 7e Panzerdivision d'Erwin Rommel traversent le fleuve en canots pneumatiques près de Leffe, sous le feu des Français du 66e régiment d'infanterie. Vers 9 heures, ils entrent dans Bouvignes et s'emparent du château de Crèvecœur. Le lieutenant Parlebas lance une contre-attaque et reprend une partie du village, mais il est tué, et Bouvignes reste aux mains des Allemands.

Bouvignes aujourd'hui

L'église Saint-Lambert et la Maison espagnole sont classées en 1948, et les ruines de Crèvecœur sont restaurées en 1950-1951. Le 1er janvier 1965, bien avant la grande fusion de 1977, Bouvignes est rattachée à Dinant. La gare ferme en 1984.

La Maison espagnole accueille un musée et une bibliothèque à partir de 1964 ; une restauration rétablit sa flèche en 1977, et après de grands travaux commencés en 2004, elle abrite depuis 2008 la Maison du patrimoine médiéval mosan. La Région wallonne a acquis le site de Crèvecœur en 2003 ; les ruines se visitent librement toute l'année.

Dans l'église, le retable de la Passion est classé trésor de la Fédération Wallonie-Bruxelles depuis 2010. En 2017, Bouvignes a fêté les 800 ans de la consécration de Saint-Lambert.

À découvrir au village

Pour prolonger la découverte de Bouvignes-sur-Meuse, à voir aussi sur l'Annuaire Wallon en Vidéo : Maison du patrimoine médiéval mosan.

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