Commune de Couvin — Province de Namur
Avant la ville forte, le lieu s'appelle la Brouffe, du nom de la petite rivière qui le traverse. La terre appartient d'abord à l'abbaye de Lobbes, qui l'acquiert au IXe siècle, puis elle est cédée en 1134 à l'abbaye de Floreffe, qui y installe un couvent de religieuses norbertines.
En 1270, un prieuré de chanoines prémontrés remplace le couvent. Le terrain dépend alors de Frasnes, dans la châtellenie de Couvin, qui fait partie de la principauté de Liège. Les religieux quittent les lieux en 1546, au moment de la construction de la forteresse ; Charles Quint rachète la Brouffe à Floreffe en 1547.
Au XVIe siècle, la frontière entre les Pays-Bas de Charles Quint et le royaume de France est le théâtre de guerres incessantes, et l'artillerie, de plus en plus puissante, oblige à construire des forteresses d'un genre nouveau. Après les ravages de 1542, Marie de Hongrie, gouvernante des Pays-Bas et sœur de l'empereur, choisit en avril 1546 une prairie près de Pont-à-Fresne pour y bâtir une place forte.
Le terrain appartient à la principauté de Liège : le prince-évêque Georges d'Autriche le cède en échange de la seigneurie de Herstal. Le chantier commence vers le 15 mai 1546 sous la direction d'Adrien de Blois, bailli d'Avesnes, et dès le mois de septembre, la place peut se défendre.
Le plan, dessiné par l'ingénieur italien Donato di Boni, est presque carré : huit rues partent d'une grande place centrale vers les remparts. La ville reçoit le nom de sa fondatrice. L'église Sainte-Madeleine est construite peu après, dans la seconde moitié du XVIe siècle.
En 1554, le roi de France Henri II lance une grande offensive dans la région. Son armée arrive devant Mariembourg le 23 juin et obtient sa capitulation dès le 26 juin. La place est rebaptisée Henribourg et reste française pendant cinq ans.
En 1559, le traité du Cateau-Cambrésis la rend aux Espagnols. La famille de Bryas en reçoit le gouvernement héréditaire pour un siècle ; l'église Sainte-Madeleine garde la dalle sculptée de Jeanne de la Cressonnière, épouse de Jacques de Bryas, et les pierres tombales de plusieurs gouverneurs et capitaines. Au début du XVIIe siècle, les fortifications sont réparées et renforcées.
Dans la première moitié du XVIIe siècle, une chapelle gothique dédiée à Notre-Dame de la Brouffe est bâtie à l'extérieur des remparts, à l'emplacement de l'ancien prieuré. En 1643, après la défaite de Rocroi, le général espagnol Francisco de Melo vient se réfugier dans la forteresse.
En 1659, par le traité des Pyrénées, le roi d'Espagne Philippe IV cède Mariembourg à Louis XIV. La ville devient une enclave française. Le roi fait d'abord raser l'enceinte, puis, dans les années 1670, il fait élever de nouvelles fortifications sur le tracé des anciennes. De 1674 à 1682, l'église Sainte-Madeleine reçoit une nouvelle façade et une nouvelle tour, surmontée de sa flèche à bulbe.
Un enfant de Mariembourg fait alors une belle carrière : Jacques-Théodore de Bryas, né dans la forteresse en 1630, devient évêque de Saint-Omer, puis archevêque de Cambrai de 1675 à sa mort, en 1694. Il est le dernier archevêque de Cambrai choisi par le chapitre de la cathédrale, avant Fénelon, son successeur.
Sous la Révolution française, la ville est rattachée au département des Ardennes et porte brièvement le nom d'« Avant-poste national ». En 1793, le portail de la chapelle Notre-Dame de la Brouffe est détruit ; il sera rétabli en 1811.
Après la défaite de Napoléon à Waterloo, les Alliés doivent encore réduire les places fortes françaises. Mariembourg est assiégée à partir du 24 juin 1815 par les Prussiens, commandés par le prince Auguste de Prusse en personne, et résiste plusieurs semaines. Plusieurs témoins en ont laissé le récit, dont un propriétaire de la ville, Narcisse Pinget, et une « Notice historique sur la ville de Mariembourg », publiée au XIXe siècle, contient un plan des attaques prussiennes.
Le second traité de Paris, signé le 20 novembre 1815, enlève Mariembourg à la France, avec Philippeville, Bouillon et Chimay, et la donne au royaume uni des Pays-Bas de Guillaume Ier. Les Hollandais y bâtissent un arsenal, qui existe toujours. Quinze ans plus tard, avec la révolution de 1830, Mariembourg devient belge.
Comme d'autres places fortes belges devenues inutiles, Mariembourg est démantelée au milieu du XIXe siècle : la forteresse disparaît en 1853. Les remparts laissent la place à une ceinture de boulevards, qui en suit encore le tracé.
La place se transforme : une pompe monumentale est installée en 1863 sur l'ancien puits de la forteresse, et un hôtel de ville néogothique, dessiné par l'architecte François Baclène, est construit en 1884 à côté de l'arsenal. Avec le chemin de fer, Mariembourg devient un carrefour ferroviaire de l'Entre-Sambre-et-Meuse.
Le 25 août 1914, les soldats français du 127e régiment d'infanterie tiennent Mariembourg toute la journée face aux Allemands, avant de se replier vers Couvin. L'artillerie allemande bombarde le village : 65 maisons et 30 granges ou écuries, sur environ 180 bâtiments, sont incendiées.
En 1925, l'aviateur Léopold Roger, de Mariembourg (il était né à Macquenoise en 1902), pilote le premier vol de la Belgique vers le Congo, avec Edmond Thieffry et le mécanicien Joseph De Bruycker : parti de Bruxelles en février à bord du trimoteur « Princesse Marie-José », l'avion atteint Léopoldville (aujourd'hui Kinshasa) début avril, après 51 jours et environ 8 000 km. Un monument lui rend hommage derrière l'église.
L'orthographe officielle a longtemps été « Marienbourg », jusqu'en 1963. Commune à part entière jusqu'en 1977, Mariembourg fait depuis partie de Couvin. La place Marie de Hongrie, avec ses tilleuls, est classée depuis 1980, et la chapelle Notre-Dame de la Brouffe depuis 1982. Rue de France, la « Maison espagnole », datée de 1610, et la maison du gouverneur rappellent la forteresse, comme la « Maison du major », rue d'Aarschot, avec ses deux tours carrées.
Depuis 1973, le Chemin de fer à vapeur des Trois Vallées fait rouler ses trains de Mariembourg à Treignes, sur 14 km, le long de l'Eau Blanche, de l'Eau Noire et du Viroin.
Pour prolonger la découverte de Mariembourg, à voir aussi sur l'Annuaire Wallon en Vidéo : Le Bryas - Les P'tits Plats de Mimi.
Dernière mise à jour : 16/10/2026
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