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Commune de Anhée — Province de Namur

Histoire complète d'Annevoie-Rouillon

Un village entre Meuse et ruisseau

L'ancienne commune réunissait trois villages : Annevoie, Rouillon et Hun, avec plusieurs hameaux comme Chacoup, Wabout, Fonteny ou Praille. Son relief est très accidenté, de 74 à 262 mètres d'altitude, et près de la moitié de ses 657 hectares est couverte de forêts. Elle est traversée par le ruisseau d'Annevoie, aussi appelé ruisseau de Rouillon, qui rejoint la Meuse.

Le nom de Rouillon est ancien : il apparaît sous la forme « Ruillio » dès 615. Celui d'Annevoie viendrait des mots wallons « vôye », le chemin, et « âgnes », les ânes : le chemin des ânes. En wallon, le village se dit Anevôye.

Des premiers habitants aux Mérovingiens

La grotte de Hun a livré deux crânes du Néolithique, preuve que des hommes vivaient déjà ici il y a plusieurs milliers d'années. On a aussi retrouvé une tombe romaine contenant des urnes, des poteries et des médailles, ainsi qu'un petit cimetière mérovingien.

Une terre du comté de Namur

Au Moyen Âge, Annevoie fait partie du domaine direct du comte de Namur. Au XIIIe siècle, il dépend de la mairie d'Anhée, dans le bailliage de Bouvignes ; plus tard, le village est administré par le bailliage de Montaigle. Un manoir est mentionné à Hun en 1343. Au bord de la Meuse, l'ancien château de Hun conserve un donjon du bas Moyen Âge, en partie détruit au début du XXe siècle.

Le pays des forges

L'eau du ruisseau et de ses sources fait du village un centre du travail du fer. Dès 1430, un certain Henri Le Scardeÿ paie trois oboles pour avoir le droit de faire tourner son marteau avec l'eau, à Rouillon. Des forges y sont attestées en 1531, et en 1602 le terrier du comté de Namur cite la forge d'En-Bas, au bord de la Meuse, avec ses deux affinoirs et son marteau, ainsi qu'un fourneau.

Pendant trois siècles, plusieurs familles de maîtres de forges se succèdent : les Moreau, les de Cesves, les Bauchau, les Mission et surtout les Montpellier. Au début du XIXe siècle, sur à peine un kilomètre de vallée, on compte cinq forges et trois hauts fourneaux.

Puis le fer local décline. Vers 1840-1850, plusieurs forges deviennent des scieries de marbre, des polissoirs ou des moulins à huile, et la famille de Montpellier ferme son dernier établissement en 1867. En 1891, Eugène Malevez transforme la forge d'En-Bas en usine de machines agricoles. Elle ferme vers 1952, faute d'avoir pu se moderniser : c'est la fin de plusieurs siècles d'industrie du fer à Annevoie-Rouillon. Sur le site, un projet de parc d'attractions, l'« Eden-Parc », voit ensuite le jour.

Les Montpellier et les jardins d'eau

En 1691, Jean de Montpellier, maître de forges, et son épouse Marie de Halloy acquièrent à Annevoie un domaine avec un château et des forges, par un héritage de la famille de Halloy. Leur fils Jean agrandit le château. La chapelle du château, de 1635, deviendra l'église Saint-Antoine, agrandie en 1780, 1851 et 1891.

Son petit-fils Charles-Alexis de Montpellier, né en 1717, est anobli en 1743 par l'impératrice Marie-Thérèse. En 1758, il devient seigneur d'Annevoie et de Rouillon ; il sera aussi le dernier bailli de Montaigle et le dernier seigneur du village, jusqu'à la Révolution. La même année, il commence à transformer le château et à aménager les jardins, avec l'argent gagné grâce au fer. Inspiré par ses voyages en Europe, il mêle trois styles : français, italien et anglais.

Ses jardins ont une particularité unique en Belgique : leurs fontaines, cascades et jeux d'eau fonctionnent sans aucune machine, par la seule pente de l'eau des sources. Ils attirent vite des visiteurs illustres : le duc Albert de Saxe-Teschen et l'archiduchesse Marie-Christine en 1783, puis le comte d'Artois, futur roi de France Charles X, en 1789, alors qu'il fuit la Révolution. Charles-Alexis meurt en 1807.

La famille garde le domaine pendant onze générations et donne au village plusieurs maires, de 1807 jusqu'aux années 1920. Les jardins ouvrent au public en 1930. Le domaine est classé monument historique en 1982, puis reconnu patrimoine exceptionnel de Wallonie. En 2000, la famille vend le château et les jardins, qui deviennent propriété de la Région wallonne en 2004 ; depuis 2017, une fondation privée s'en occupe. Pour en savoir plus et les découvrir en vidéo : Les Jardins d'Annevoie.

Les ponts de Rouillon dans les deux guerres

Le pont de Rouillon, qui relie depuis 1907 le village à Godinne, sur l'autre rive de la Meuse, a été détruit deux fois. En août 1914, le général français Lanrezac fait sauter les ponts de la Meuse entre Givet et Yvoir ; le génie belge détruit celui de Rouillon, mais le XIIe corps d'armée saxon parvient quand même à franchir le fleuve à cet endroit. En 1940, le pont est à nouveau dynamité par le génie belge.

Annevoie-Rouillon aujourd'hui

Commune à part entière jusqu'à la fusion de 1977, Annevoie-Rouillon fait depuis partie d'Anhée. À Hun, un château de style néo-Louis XVI a été construit en 1875, et la chapelle Saint-Christophe date de 1926 ; la carrière de calcaire Beaupère y a été exploitée jusqu'au milieu du XXe siècle. Les Tiennes de Rouillon forment une réserve naturelle de 28 hectares, avec des pelouses sèches rares dans la vallée de la Meuse.

Le village vit aussi avec son temps : une centrale hydroélectrique mobile fonctionne au barrage de Hun depuis 2016, et un vignoble de 11,5 hectares cultivé en biodynamie s'est installé sur les coteaux de la Meuse en 2020. Le sentier de la Transmolignée relie les jardins d'Annevoie à l'abbaye de Maredsous.

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