Commune de Tintigny — Province de Luxembourg
Rossignol s'est formé dans une clairière ouverte dans la forêt de Chiny à l'époque mérovingienne et carolingienne. En 1097, le comte Arnoul II de Chiny y fait construire une maison forte, un moulin et un four banal : c'est la naissance du village.
Aux XIIe et XIIIe siècles, les défrichements de la forêt le long de la Semois font de Rossignol le plus gros village de la prévôté de Chiny, avec un petit centre de commerce et des foires. Son nom change souvent : Locenol en 1265, Philomela en 1271, Losignot et Losignol en 1274, Philomena de 1279 à 1295, Lossignot en 1327.
Avant 1383, selon l'historien Wauthoz, Rossignol reçoit la loi de Beaumont, une charte qui libère les habitants du servage et leur confie la gestion de leurs bois communaux. Au XVe siècle, Jean de Rossignol est cité parmi les seigneurs du lieu.
Au début de la Première Guerre mondiale, la bataille des Frontières se joue dans le sud de la province de Luxembourg. Le 22 août 1914, la 3e division d'infanterie coloniale française, une troupe d'élite formée surtout de volontaires, avance vers le nord à travers la forêt de Rossignol. Malgré les avertissements des villageois, elle ignore les positions allemandes et tombe dans une embuscade à la lisière du bois, face à des tranchées cachées.
Le combat dure toute la journée et ne s'arrête que vers 20 heures. Encerclée entre les divisions allemandes et la Semois, la division est détruite ; trois régiments sont anéantis. Selon le centre mémoriel, les Français perdent 11 900 hommes, dont 2 800 tués, et les Allemands 3 500, dont 1 400 tués. Les combats vont jusque dans le parc du château, où l'on soigne ensuite de nombreux blessés.
Parmi les morts figure l'écrivain Ernest Psichari, né à Paris en 1883, petit-fils d'Ernest Renan et auteur de L'Appel des armes ; il tombe en défendant les canons de la dernière batterie française. Il est enterré à Rossignol.
Vers 14 heures, un obus allume le premier incendie ; d'autres sont allumés volontairement par les soldats allemands, qui achèvent aussi des blessés français. Rossignol, Breuvanne et Tintigny brûlent. Le 23 août, les Allemands simulent des escarmouches, tirent des coups de feu et en accusent les Français et les villageois, puis font incendier les maisons.
Les femmes et les enfants sont séparés des hommes. Les hommes sont enfermés dans une grande prairie, le « camp de la misère », avec environ 2 600 prisonniers français et trois généraux, pendant trois jours, presque sans eau ni nourriture. Le 25 août, les soldats français sont déportés en Allemagne, et les civils sont emmenés en wagons à bestiaux vers Arlon, par la gare de Marbehan.
Le matin du 26 août 1914, sur ordre du colonel von Tessmar, les civils sont fusillés par groupes de dix près du pont de Schoppach, à la gare d'Arlon. Les chiffres varient selon les sources, de 112 à 125 ; le relevé du mémorial compte 122 fusillés, dont 108 de Rossignol (parmi eux une femme, Mme Hurieaux), 7 de Breuvanne, 5 de Saint-Vincent et 2 de Tellancourt. Quatre autres habitants sont tués dans les ruines de leurs maisons. Le village compte 64 veuves et 142 orphelins. Le lieu de l'exécution, à Arlon, est devenu la place des Fusillés.
Le 18 juillet 1920, les corps des fusillés sont ramenés d'Arlon à Rossignol en cortège, en présence du roi Albert Ier. Le lendemain, plus de 25 000 personnes assistent à leur inhumation dans le caveau du centre du village.
Trois cimetières militaires sont aménagés pour les morts de la bataille ; deux subsistent, l'Orée de la Forêt et le Plateau. La nécropole de l'Orée de la Forêt réunit dans deux ossuaires 2 379 soldats français non identifiés, rassemblés depuis les petits cimetières de la région. En septembre 2023, elle est inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO avec les sites funéraires et mémoriels de la Première Guerre mondiale.
Devant la prairie du camp de la misère, un calvaire avec une pietà, entourée de Marie-Madeleine et de saint Jean, rappelle les civils fusillés et les soldats déportés ; c'est un don de l'abbé Joseph Hubert, dont la plaque porte la date du 23 août 1931.
En 1977, la fusion des communes intègre Rossignol à Tintigny. Dans le parc du château, le Centre mémoriel de Rossignol raconte la bataille, la forêt et les témoignages des civils de l'époque, et présente les lieux de mémoire de la région.
Le village partage aussi avec Tintigny un centre culturel, le Centre culturel de Rossignol-Tintigny.
Pour prolonger la découverte de Rossignol, à voir aussi sur l'Annuaire Wallon en Vidéo : Centre culturel de Rossignol-Tintigny (CCRT) et Poupilaine.
Dernière mise à jour : 23/10/2026
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