Commune de Bastogne — Province de Luxembourg
Noville, aussi appelé Noville-lez-Bastogne (Noveye-dilé-Bastogne en wallon), s'étend au nord de Bastogne, sur la route de Houffalize, au milieu des villages de Cobru, Foy, Hardigny, Luzery, Rachamps, Recogne et Vaux.
En 1602, pendant la campagne du prince d'Orange contre le duché de Luxembourg, Noville, Cobru, Foy et Recogne sont incendiés, et la plus ancienne église connue du village est détruite. L'église qui lui succède est modeste : une tour au-dessus d'un chœur d'environ cinq mètres sur cinq.
Sous le régime français, Noville est réuni à Cobru, Foy, Recogne et Vaux. En 1823, la commune est réorganisée avec Luzery et Rachamps.
En août 1831, le roi Léopold Ier accorde 600 francs pour réparer l'église, mais les travaux restent limités ; un nouveau projet est préparé en 1856. En 1868, le bâtiment est jugé dangereux, avec des fissures et des murs qui penchent. La commune, qui construit déjà deux écoles, ne peut pas payer une nouvelle église : en 1869, elle fait abattre la tour menacée, et le 12 novembre 1870 le commissaire d'arrondissement ferme l'église.
La reconstruction tourne au feuilleton. Le chantier devait être fini le 1er octobre 1873, mais sept mois après l'adjudication il n'a pas commencé ; en avril 1874, l'abbé Faisant se plaint au gouverneur, et le 10 mai 1874 une lettre anonyme accuse le bourgmestre et l'entrepreneur de fraude, sans suite. Une première réception a lieu en mai 1877, puis les travaux traînent jusqu'au nouveau contrat du 20 juillet 1882. L'église n'est réceptionnée que le 3 août 1883, dix ans après la date prévue.
Le 16 décembre 1944, l'armée allemande lance son offensive dans les Ardennes. Le 18 décembre, le colonel William Roberts, qui commande le Combat Command B de la 10e division blindée américaine, arrive à Bastogne et répartit ses blindés en trois groupes, vers Noville, Longvilly et Wardin, pour retarder l'ennemi le temps que la 101e division aéroportée s'installe autour de la ville. Le groupe de Noville, mené par le major William Desobry, prend le nom de Team Desobry : environ 400 hommes du 20e bataillon d'infanterie blindée et 15 chars Sherman.
Le matin du 19 décembre, dans un épais brouillard, les chars et l'infanterie de la 2e division blindée allemande attaquent depuis Bourcy et Houffalize. Vers 10 heures, le brouillard se lève et découvre les blindés allemands sur les crêtes, que les Américains, renforcés par des chasseurs de chars, détruisent en nombre. L'après-midi, le 1er bataillon du 506e régiment d'infanterie parachutiste de la 101e division arrive en renfort, mais sa contre-attaque échoue. Le soir, des obus touchent le quartier général dans le village : LaPrade, le chef du bataillon de parachutistes, est tué, et Desobry, grièvement blessé, perdra un œil ; évacué vers Bastogne, il est fait prisonnier quand les Allemands prennent l'hôpital de campagne de Mande-Saint-Étienne.
Le 20 décembre, vers 13 h 15, les survivants se replient vers Foy et Bastogne à la faveur du brouillard. Selon Warfare History Network, les Allemands ont perdu au moins 30 chars et 600 à 800 hommes ; la Team Desobry a perdu environ la moitié de ses hommes et 11 de ses 15 chars, et le bataillon de parachutistes 212 hommes sur 473. Ce combat a donné à la 101e division le temps de préparer la défense de Bastogne, qui sera encerclée.
Le 20 décembre à midi, les Allemands occupent Noville. Le 21 décembre, une unité SS fouille les maisons et les caves et arrête les hommes ; une vingtaine sont gardés en otages. Certains sont interrogés à la maison communale, puis humiliés, obligés de ramasser la boue à mains nues. Les Allemands prétendent avoir trouvé un émetteur radio dans le clocher.
L'officier choisit sept hommes au hasard et les emmène derrière la maison Jacoby, près de l'église. Le curé Louis Delvaux, 45 ans, est abattu le premier, au revolver, puis les autres sont fusillés : l'instituteur Auguste Lutgen (45 ans), les frères François (30 ans) et Félix Deprez (35 ans), Joseph Rosière (35 ans), Romain Henquinet (42 ans) et Roger Beaujean (21 ans). Le même jour, au même endroit, est aussi fusillé Michel Stranen, 23 ans, un conscrit originaire de Troine. Selon des témoins, les tueurs étaient des SS francophones, peut-être des volontaires français.
Parmi les victimes figurent le père et le grand-père des hommes politiques Guy et Benoît Lutgen, et le père et l'oncle de Gérard Deprez. Les corps restent dans la neige jusqu'à la libération du village, le 15 janvier 1945 ; ils sont identifiés entre le 25 et le 30 janvier et enterrés au nouveau cimetière.
En 1945, le correspondant de guerre Roger Crouquet rapporte que, sur les quarante maisons du village, trente sont détruites et dix inhabitables. L'église, privée de ses cloches, est elle aussi détruite pendant l'hiver 1944-1945 ; une baraque sert d'église provisoire, et des cloches récupérées à Hambourg sont suspendues à des tréteaux.
Le 4 août 1955, le doyen E. Gavroy, de Bastogne, bénit la quatrième et dernière église de Noville. Entre-temps, en 1954, la commune a aménagé l'Enclos des fusillés, avec une plaque portant les huit noms, financé par les habitants ; des cérémonies y ont lieu chaque année. Un mémorial rappelle aussi la Team Desobry, rue Romain Henkinet.
Noville est une commune à part entière jusqu'à la fusion de 1977, qui l'intègre à Bastogne. En janvier 2016, la ville donne aux rues du village les noms des fusillés de 1944.
Le village partage avec Vaux son club de football, l'Entente sportive Vaux-Noville. Les combats de décembre 1944 ont même inspiré un niveau d'un jeu vidéo de guerre, Call of Duty : United Offensive.
Pour prolonger la découverte de Noville, à voir aussi sur l'Annuaire Wallon en Vidéo : 1944 Memorial.
Dernière mise à jour : 23/10/2026
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