Commune de Butgenbach — Province de Liège
Elsenborn se trouve au sud du plateau des Hautes Fagnes, sur la ligne de partage des eaux entre la Rur et la Warche, près des sources du Krombach. Les maisons traditionnelles sont en pierre, souvent couvertes d'enduit ou d'ardoise, groupées en grappe ou alignées le long de la rue principale.
Le village apparaît dans les textes en 1352, lors du mariage de Béatrix d'Elsenborn avec Henri de Steffeshausen ; la famille d'Elsenborn possédait alors un château, aujourd'hui disparu. En 1501, le registre des foyers de la seigneurie de Bütgenbach compte 18 maisons à Eltzemborn.
Jusqu'à l'arrivée des Français en 1795, Elsenborn fait partie du duché de Luxembourg. Après une vingtaine d'années de domination française, le congrès de Vienne donne la région à la Prusse en 1815 : le village est rattaché au cercle de Malmedy, dans le district d'Aix-la-Chapelle.
Une première chapelle est bâtie en 1688 à l'emplacement de l'actuel cimetière. En 1840, une nouvelle église la remplace, le long de la nouvelle route. À la même époque, les Prussiens plantent massivement des épicéas, qui transforment le paysage de landes où paissaient les moutons, comme les pâturages du Langert et du Büschelberg. En 1885, le chemin de fer de la Vennbahn est achevé.
Au début des années 1890, le VIIIe corps d'armée prussien, basé à Coblence, choisit les landes au nord d'Elsenborn pour en faire un terrain d'exercice. Les soldats y campent sous la tente dès 1894 ; la construction du camp commence en 1895, et entre 1896 et 1898 s'élèvent baraquements, hôpital, bains et centrale électrique. En 1898, le camp peut accueillir 5 000 soldats et 1 500 chevaux. En 1900-1901, une petite voie ferrée de 3,2 kilomètres le relie à la gare de Sourbrodt.
Le terrain couvre environ 28 km². Le village lui-même est épargné, car l'armée n'a pas les moyens d'exproprier toute sa population, mais les terres communales et les pâturages sont pris par l'État. Les habitants protestent ; en 1904, un tribunal rejette leur recours. Une route qui contourne le camp est construite en 1913-1915, et l'école communale en 1914-1916.
Pendant la Première Guerre mondiale, le camp accueille des prisonniers polonais et russes, qui construisent notamment une route autour de Kalterherberg.
Après la guerre, le traité de Versailles donne les cantons d'Eupen et de Malmedy à la Belgique : Elsenborn devient belge le 10 janvier 1920, et l'armée belge reprend le camp. Une petite voie ferrée militaire y transporte fourrage, soldats et marchandises de 1918 à 1939 ; l'une de ses locomotives est surnommée « Feuriger Elias », « le prophète Élie de feu ».
L'ancienne école des filles est construite en 1925 ; elle est aujourd'hui la maison des associations. Au camp, la chapelle actuelle est bâtie en 1932 sur les plans de l'architecte Émile Burget, après l'incendie de l'ancienne chapelle en bois.
En 1931, un enfant du village, l'historien Bernhard Willems (1880-1972), professeur de latin et d'allemand à l'athénée de Malmedy, publie une étude sur le plateau d'Elsenborn ; il sera plus tard l'auteur d'une grande chronique des Cantons de l'Est en six volumes.
De 1940 à 1944, la Wehrmacht occupe le camp et y installe un camp de prisonniers de guerre, le Stalag VI G, où sont détenus notamment des prisonniers français, polonais, soviétiques et serbes. En 1944, les bombardements et les incendies allumés par l'armée allemande pendant sa retraite font plus de 200 morts, surtout parmi les prisonniers ; ils sont enterrés dans une fosse commune à Nidrum.
Le 16 décembre 1944 à 5 h 30, l'Allemagne lance son offensive des Ardennes. Au nord, la 6e armée blindée de Sepp Dietrich doit percer vers Anvers. Devant elle, la 99e division d'infanterie américaine, sans expérience et étirée sur un long front, et la 2e division, aguerrie, du général Walter Robertson.
La crête d'Elsenborn, une hauteur en forme de boomerang à l'est du village, domine les villages jumeaux de Rocherath et Krinkelt et la frontière. Pour l'atteindre, les Américains doivent passer par Krinkelt-Rocherath, seule route praticable pour les véhicules lourds : ils y tiennent dans de durs combats de rue jusqu'au 18 décembre, puis se replient. Vers 2 heures du matin le 20 décembre, les dernières unités quittent Wirtzfeld pour Elsenborn, et les 1re et 9e divisions viennent renforcer la défense.
Retranchés sur la crête et appuyés par une artillerie massive, qui tire notamment de nouveaux obus à fusée de proximité, les Américains repoussent toutes les attaques jusqu'au 26 décembre. C'est le seul secteur du front américain où les Allemands ne parviennent pas à avancer ; un historien a qualifié l'action des 2e et 99e divisions de plus décisive de toute la campagne des Ardennes. Les pertes américaines atteignent environ 5 000 tués ou disparus. En janvier 1945, la 6e armée blindée est envoyée sur le front de l'Est.
Après la guerre, l'armée belge met trois ans à déminer le terrain. Le camp est agrandi d'environ 80 hectares et accueille de plus en plus de manœuvres de l'OTAN ; de 1946 à 2005, il fonctionne avec le camp de Vogelsang, en Allemagne. Le projet de l'entreprise Mecar d'y tester des munitions, contesté par les riverains, est déclaré caduc par le Conseil d'État en 2016. En 2015-2016, jusqu'à 500 réfugiés sont hébergés dans les bâtiments. Un musée, le Truschbaum-Museum, ouvre au camp en 1998, et une partie du terrain est classée Natura 2000.
Commune à part entière, avec Küchelscheid, Leykaul et Nidrum, jusqu'à la fusion de 1977, Elsenborn fait depuis partie de Bütgenbach. Le village compte aujourd'hui environ 950 habitants ; il accueille le jardin de plantes médicinales Herba Sana, le centre sportif, de ski et culturel Herzebösch, et la radio Radio 700. Le skieur de fond et biathlète Pascal Langer, né en 1977, est lui aussi d'Elsenborn.
Pour prolonger la découverte d'Elsenborn, à voir aussi sur l'Annuaire Wallon en Vidéo : Trend.
Dernière mise à jour : 26/10/2026
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