Commune de Bassenge — Province de Liège
Il y a 70 à 80 millions d'années, une mer recouvrait la région. La boue de minuscules algues accumulée au fond est devenue de la craie, et la silice des éponges et autres organismes marins a formé les rognons de silex. Au-dessus s'est déposé le tuffeau, une roche plus grossière. La carrière Marnebel, au sud du village, montre ces couches : 23 bancs de silex dans la craie, puis une vingtaine de mètres de tuffeau.
Ces pierres ont été exploitées pendant des siècles. Il reste des carrières souterraines, comme le Trou Loulou, dont certaines ont servi de champignonnières. Aujourd'hui, la carrière du Romont envoie chaque jour environ 1 800 tonnes de calcaire vers la cimenterie de Lixhe, par un convoyeur souterrain.
En 1958, un ouvrier carrier passionné de géologie, Robert Garcet, découvre dans les carrières le squelette d'un mosasaure, un grand reptile marin de l'époque des dinosaures.
Selon une légende locale, la ville de Maastricht aurait installé une léproserie à Eben-Emael en 633. Une fois la maladie vaincue, les habitants se seraient moqués d'elle en se noircissant le visage et en se déguisant : ce serait l'origine du carnaval des Hoûres. Ce n'est qu'une légende, mais elle montre l'ancienneté du lien entre le village et Maastricht.
Pendant longtemps, Ében et Émael sont deux villages distincts. Ils sont réunis en une seule commune sous le régime français, et font alors partie du département de la Meuse-Inférieure, puis de la province de Limbourg.
L'ancien presbytère, voisin de l'église, date du début du XVIIIe siècle : une pierre porte la date de 1712. Il a été classé en 1991. Le village possède aussi un tumulus, le tumulus d'Émael, protégé avec ses abords.
Entre 1932 et 1935, la Belgique construit sur la montagne Saint-Pierre, à environ 65 mètres au-dessus du canal Albert, le fort d'Eben-Emael. C'est la pièce maîtresse du nord de la position fortifiée de Liège, chargée de surveiller le canal et la frontière.
Le fort est en grande partie enterré. Il dispose d'une coupole tournante armée de deux canons de 120 mm, de deux coupoles escamotables avec chacune deux canons de 75 mm, de quatre casemates de trois canons de 75 mm, et même de trois fausses coupoles pour tromper l'ennemi. Sa garnison normale est d'environ 1 200 hommes. On le dit imprenable.
Le 10 mai 1940, à l'aube, l'Allemagne attaque la Belgique. À 4 h 25, le premier planeur du détachement « Granit » se pose sans bruit sur le toit du fort. Le groupe compte 85 hommes : 11 pilotes de planeurs et 74 sapeurs. Les défenseurs croient d'abord voir des avions britanniques et tirent trop tard.
Le chef du détachement, le lieutenant Rudolf Witzig, n'est pas là au début : la corde de remorquage de son planeur s'est rompue et il n'arrive que vers 6 h 30. C'est le sergent-major Helmut Wenzel qui prend le commandement. Avec des charges creuses, une arme nouvelle à l'époque, les Allemands détruisent en dix minutes neuf positions et leurs canons de 75 mm.
Ce jour-là, environ 750 soldats seulement sont dans le fort, beaucoup étant en congé ou logés dans les villages voisins. Une contre-attaque belge échoue. Le 11 mai vers midi, le major Jottrand, commandant du fort, engage les pourparlers de reddition. Les Belges comptent 25 morts et 63 blessés, les Allemands 6 morts et 15 blessés.
Pour les Allemands, Eben-Emael n'était qu'une diversion : l'attaque principale se préparait plus au sud, sur la Meuse, à Sedan et à Dinant. Mais la propagande nazie présente la chute du fort comme une grande victoire.
Pendant l'occupation, les Allemands utilisent le fort comme caserne et en retirent les armes et les générateurs. À la Libération, la 30e division d'infanterie américaine le libère sans combat.
L'accès au fort reste interdit jusqu'en 1986, quand l'association Fort Eben-Emael commence à le restaurer. Il se visite aujourd'hui, avec un musée à l'intérieur.
Robert Garcet (1912-2001), né à Mons, arrive dans la région à 18 ans et travaille dans les carrières d'Eben-Emael à partir de 1930. Autodidacte, pacifiste, passionné de géologie, d'histoire et de Bible, il relève la succession des bancs de silex, un travail qui s'avère précieux pour les géologues.
À partir de 1948, avec une vingtaine de compagnons, il construit une « tour de la paix » entièrement en silex, sur d'anciennes exploitations de silex. Les murs s'élèvent à partir de 1953 et la tour est achevée en 1963, avec plus de 80 m³ de silex. Haute de 33 mètres, elle domine les vallées du Geer et de la Meuse. À ses quatre coins, des sculptures représentent les quatre animaux de l'Apocalypse : le taureau, le lion, l'aigle et l'homme.
La tour abrite le musée du Silex. Elle a été classée en 2021 et reste un cas unique en Belgique.
En 1963, lors de la fixation de la frontière linguistique, Eben-Emael passe de la province de Limbourg à la province de Liège. Commune à part entière jusqu'en 1977, il fait depuis partie de Bassenge.
Le village est célèbre pour son carnaval des Hoûres, aussi appelé « carnaval noir » : des hommes déguisés en femmes et masqués poursuivent les jeunes filles pour leur noircir les joues avant le coucher du soleil. Il est reconnu depuis 2011 comme chef-d'œuvre du patrimoine oral et immatériel de la Fédération Wallonie-Bruxelles, comme le cramignon.
Le long du Geer se trouvent encore trois anciens moulins à eau, et le musée d'Eben raconte l'histoire du village.
Pour prolonger la découverte d'Eben-Emael, à voir aussi sur l'Annuaire Wallon en Vidéo : Les Paniers de Martine.
Dernière mise à jour : 14/10/2026
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