Commune de Ans — Province de Liège
Loncin apparaît dans les textes en 893 sous le nom de Luncin, puis Luncinz en 1127, Loncins en 1192, Lonchins en 1280. Le nom viendrait le plus probablement d'un domaine appartenant à un Gallo-Romain nommé Lonceius. Une étymologie populaire y voit un « long chemin », à cause de la route de Liège à Waremme, d'origine romaine, qui traverse le village et qu'on appelle la Voie de Waremme.
En 893, le polyptyque de l'abbaye de Prüm, qui recense ses biens, compte 48 manses à Awans et 10 à Loncin. Pendant tout le Moyen Âge, Loncin n'est qu'un hameau d'Awans : la seigneurie d'Awans-Loncin forme une enclave dans la principauté de Liège.
À la fin du XIIIe siècle commence la longue guerre privée qui oppose deux lignages de la Hesbaye, les Awans et les Waroux. Une bataille rangée se livre à Loncin, au lieu-dit Tiyou. Selon le chroniqueur Jacques de Hemricourt, Humbert Corbeau y trouve la mort et Guillaume II de Waroux y perd un œil. Les Waroux l'emportent, et cette bataille met fin à la première phase du conflit.
En 1568, pendant les guerres de Religion, les troupes de Guillaume de La Marck ravagent les villages des environs : l'église Saint-Martin de Loncin est incendiée. En 1636, le général Jean de Weert razzie la région et exige argent, fourrage et grain. En 1706, une épidémie de typhus frappe le village, au moment où passent les troupes françaises du maréchal de Villeroy, battues à Ramillies.
En 1746, lors de la bataille de Rocourt, toute proche, les soldats réquisitionnent chevaux, paille et avoine, et des fermes sont incendiées ; la Couronne de France verse ensuite 6 354 livres pour les dommages de guerre. L'église de Loncin dépend alors de la paroisse de Hollogne-aux-Pierres, dont le curé nomme celui de Loncin. Elle garde une petite cloche de 1650, fondue par Robert Grognart, dont l'inscription latine est un chronogramme.
Le 2 avril 1838, la ligne de chemin de fer de Tirlemont à Ans par Waremme est mise en service : elle passe à Loncin, et la ligne de Liège à Bruxelles est achevée en 1866. En 1836, Loncin se sépare de la paroisse d'Awans. Un terrain est donné pour une nouvelle église, confiée à l'entrepreneur Yans, d'Oleye, et achevée en 1862 ; elle conserve une statue en bois de saint Jean-Baptiste.
En 1888, sur les plans du général Brialmont, on commence à Loncin l'un des douze forts de la ceinture de Liège, pour garder la ligne de chemin de fer et la route de Bruxelles. Achevé en 1891, presque entièrement en béton non armé, il porte dix coupoles cuirassées, avec des canons Krupp et des blindages de Cockerill, du Creusot et de Gruson.
Le 4 août 1914, l'Allemagne envahit la Belgique. Ce jour-là, le commandant Victor Naessens réunit les 550 hommes de la garnison, qui jurent de ne jamais se rendre. Le 6 août, le général Gérard Leman, gouverneur militaire de Liège, s'installe au fort, qui devient son quartier général. Du 12 au 15 août, le fort est bombardé par l'arrière, notamment par les obus de 42 cm des mortiers Krupp surnommés « Grosse Bertha ».
Le 15 août, vers 17 h 30, un obus fait exploser la poudrière, qui contenait encore 12 tonnes de poudre. Le fort est détruit, et 350 défenseurs sur 550 sont écrasés sous les décombres. Le général Leman, retrouvé inconscient dans le fossé, est fait prisonnier. Loncin est le seul fort de la position de Liège à ne s'être jamais rendu ; les deux derniers, Flémalle et Hollogne, capitulent le lendemain.
Tous les morts ne sont pas restés dans les ruines. Le soldat Noël Ledouble, blessé dans l'explosion, meurt le 17 août à l'hôpital Saint-Laurent ; enregistré sous le faux nom de « Noël Ledoup », il est enterré au cimetière de Sainte-Walburge. L'historien Patrick Galand retrouve sa tombe, et en 2017 une plaque à son vrai nom est posée en présence de sa famille.
Un gardien veille sur le fort dès 1920, et les premières visites commencent la même année. En 1921, une crypte est aménagée dans l'ancien coffre de tête pour accueillir les corps dégagés des ruines ; environ 250 soldats reposent encore sous les décombres. Le monument, payé par souscription et œuvre du sculpteur Georges Petit, une tour de 18 mètres avec des figures de bronze de 3 mètres, est inauguré par le roi Albert Ier le 15 août 1923.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, les Allemands enlèvent en 1943 la plus grosse cloche de l'église de Loncin, remplacée en 1951. Le 4 juillet 1944, un bombardier Halifax de la RAF s'écrase dans les champs du village ; un monument aux aviateurs a été élevé le long de la route de Bruxelles.
Commune à part entière jusqu'à la fusion de 1977, Loncin fait depuis partie d'Ans. Il est aussi connu pour son échangeur autoroutier, ouvert en 1968 sur environ 300 hectares, l'un des plus grands d'Europe, qui relie les routes de Bruxelles, Anvers, Maastricht, Cologne, Aix-la-Chapelle et Paris.
En octobre 2007, le déminage du fort remonte 3 500 obus, soit 142 tonnes de munitions, et les restes de 25 soldats ; quatre sont identifiés, De Bruycker, Armand Désamoré, Louis Noé et René Halain, et rejoignent la crypte avec les 21 autres. Un parcours avec audioguide est inauguré en 2008. En septembre 2023, le fort est inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO, avec plus d'une centaine de lieux de mémoire de la Première Guerre mondiale. Géré par des bénévoles, le Fort de Loncin se visite toujours.
Pour les familles, le village accueille aussi la plaine de jeux Kidikids, rue Henri Goossens.
Dernière mise à jour : 29/10/2026
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