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Commune de Amay — Province de Liège

Histoire complète de Jehay-Bodegnée

Deux villages réunis

Jehay apparaît dans une chronique en 1085. En 1130, Henri de Jehain figure parmi les hommes libres, c'est-à-dire les anciens nobles, du pays de Liège ; ses descendants prennent part aux guerres des Awans et des Waroux, qui déchirent la noblesse liégeoise aux XIIIe et XIVe siècles.

Bodegnée, de son côté, fait partie vers 1310 du domaine de la collégiale d'Amay, avec Amay, Ampsin et Fize-Fontaine, administré par un avoué qui dépend de la cour féodale de Grand-Modave.

La seigneurie et le château de Jehay

La seigneurie de Jehay remonte sans doute au XIIe siècle ; une forteresse est mentionnée dans de vieux documents, et le nom d'un lieu évoque une ancienne « motte ». En 1428, Wathieu Datin acquiert la seigneurie, mais en 1433 il est banni de Liège et ses biens sont confisqués. La terre passe ensuite aux familles de Beyne, de Thuin et de Sart.

En 1537, Jean Helman de Sart hérite de la seigneurie ; avec son épouse Marguerite del Falloise, il fait bâtir le château vers 1550. Un document de 1580 parle d'un « beau neuff chasteau », avec un corps de logis et deux tours rondes. Ses façades sur les douves, en « damier », alternent pierres brunes de grès et pierres blanches de calcaire, tandis que la façade sur cour est de style Renaissance.

Par le mariage de Jeanne de Sart avec Arnould de Mérode, le château reste aux Mérode jusqu'en 1720. Cette année-là, Joachim Joseph de Mérode le vend à Lambert van den Steen, seigneur de Saive, échevin de Liège et conseiller du prince-évêque Joseph-Clément de Bavière. La famille van den Steen le garde près de trois siècles.

L'abbaye de la Paix-Dieu

Vers 1239, des moniales de l'abbaye du Val-Benoît, à Liège, fondent un prieuré à Oleye, sur des terres données par Arnould de Corswarem. Selon la tradition, le nom de Paix-Dieu rappelle sa réconciliation avec son frère au moment d'un duel ; Arnould devient ensuite franciscain et laisse son héritage pour fonder le monastère. En 1244, la communauté s'installe dans le vallon du Grognart, à Jehay, près d'un moulin.

Abbaye cistercienne de moniales de 1244 à 1796, la Paix-Dieu compte au plus une trentaine de religieuses, avec des converses, des novices et deux chapelains. En 1257, elle exploite 453 hectares à partir de deux granges, à Oleye et à Bodegnée. Ses bâtiments de style mosan datent surtout des XVIIe et XVIIIe siècles : quartier de l'abbesse (1641-1642), quartier des hôtes (1642-1644), moulin (1666), église (1718), infirmerie (1719-1725) et bâtiments de ferme (1730-1760).

À la Révolution, les biens sont vendus comme biens nationaux et la communauté est dispersée : les moniales ne reviendront jamais. Seule la ferme garde son activité agricole.

Zénobe Gramme, l'enfant de Jehay

Zénobe Gramme naît en 1826 à Jehay-Bodegnée, sixième d'une famille de douze enfants ; une plaque posée en 1907 indique d'ailleurs la mauvaise maison, car il est né drève du Saule-Gaillard, comme l'a fait remarquer sa sœur. Formé comme menuisier, il travaille comme tourneur sur bois à Liège en suivant des cours du soir.

Il perfectionne la dynamo à courant continu et présente sa machine à l'Académie des sciences de Paris vers 1871. Avec le comte d'Ivernois et Hippolyte Fontaine, il fonde la Société des machines magnéto-électriques Gramme ; en 1873, à l'Exposition universelle de Vienne, Fontaine montre que la dynamo peut aussi tourner comme moteur : c'est le premier moteur électrique puissant utilisé dans l'industrie. Gramme meurt en 1901 à Bois-Colombes et repose au Père-Lachaise. Distrait, il aurait répondu un jour à sa femme qui le grondait : « Dji tûse, Hortense » (« Je réfléchis, Hortense »).

Le château aux XIXe et XXe siècles

Au XIXe siècle, sous Amand van den Steen de Jehay (1811-1888), les dépendances sont remaniées, et Alphonse Balat, l'architecte du roi Léopold II, donne au château sa forme actuelle, avec l'escalier d'honneur et la galerie d'entrée. Au début du XXe siècle, la famille de Liedekerke loue le château ; Pierre de Liedekerke de Pailhe est bourgmestre de Jehay-Bodegnée de 1903 à 1926.

De 1942 à 1950, la SNCB occupe le domaine et en fait un foyer pour enfants de cheminots flamands. En 1950, le comte Guy van den Steen de Jehay s'y installe avec son épouse, Lady Moyra Butler, et redessine entièrement les jardins. En 1978, il vend en viager le château, le domaine et une partie de ses collections à la Province de Liège, qui en devient pleinement propriétaire le 1er janvier 2000.

Jehay-Bodegnée aujourd'hui

Le château de Jehay, restauré par la Province de Liège, ouvre au public 7 de ses 22 hectares : jardins, prairies, bois et un potager d'un hectare dont les récoltes vont à la Conserverie solidaire de la Province. La Paix-Dieu, classée en 1974, est reprise en 1993 par la Région wallonne, qui y installe le Centre des métiers du patrimoine ; les restaurations commencent en 1997. L'église Saint-Lambert de Jehay est elle aussi classée.

Lors de la fusion des communes de 1977, Jehay-Bodegnée est rattaché à Amay. Le monument aux morts de Jehay rappelle les victimes des guerres du village.

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