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Commune de Gerpinnes — Province de Hainaut

Histoire complète de Gougnies

Un camp gaulois sous le château

Des silex taillés trouvés dans les bois montrent que les hommes de la préhistoire fréquentaient déjà les lieux. En 1883, des fouilles au lieu-dit « Tienne d'El Motte », aujourd'hui dans le parc du château, révèlent un camp retranché belgo-gaulois, un oppidum, qui devient ensuite un castrum romain, puis une enceinte franque.

On y a trouvé des haches et des pointes de flèches néolithiques, des tessons gaulois, des monnaies d'or et d'argent, et une bague à intaille représentant Bonus Eventus, un dieu de l'abondance. En 1831, un cimetière franc a aussi été découvert ; ses vestiges sont conservés à Charleroi.

Le nom et les premiers seigneurs

Le nom viendrait d'un Franc nommé Gogo, avec le suffixe latin -iacus : le « domaine de Gogo ». On le trouve écrit Coygnies en 1285, Coingnies en 1289, Gouingnee en 1558, Goniacum en 1602, puis Gougnies en 1649.

Les premiers écrits, au XIIIe siècle, parlent de taxes dues au comte Guy de Namur (1265, 1289, 1294). En 1289, le village compte 31 chefs de famille. Selon l'histoire locale, vers 1170, le comte de Hainaut Baudouin V et le comte de Namur Henri l'Aveugle se seraient affrontés à Gougnies.

Le 29 juillet 1605, les archiducs Albert et Isabelle donnent la terre de Gougnies, érigée en haute seigneurie, à François de Sire, qui achète aussi la ferme-château de la rue de l'Escuchau. Ses descendants gardent la seigneurie jusqu'à la mort, sans enfant, de Jean-Baptiste de Sire en 1800.

L'ermitage de sainte Rolende

Gougnies est sur le chemin de sainte Rolende, la sainte de Gerpinnes. Selon la légende, c'est d'un endroit proche du bois de Scu que Rolende aurait aperçu, en 774, le château-ferme de Villers-Poterie où elle allait mourir d'épuisement. Un chêne de Sainte-Rolende, haut de 27 mètres, se dresse toujours à cet endroit.

Dès le XIVe siècle, un ermitage, le plus ancien de la région, s'élève sur l'ancien chemin de Walcourt, avec une chapelle où l'on voyait la sainte couronnée et le chêne où son serviteur se serait réfugié. Des ermites s'y succèdent de 1574 à 1774. Le 2 juillet 1783, l'empereur Joseph II ordonne la fermeture des ermitages, et celui de Gougnies est détruit par un incendie en 1810.

Le fer et le marbre

Le minerai de fer est exploité à Gougnies depuis l'Antiquité. En 1605, la donation à François de Sire cite déjà des forges, des fourneaux et une platinerie. En 1778, le village compte douze « ferons », des ouvriers du fer, sur 55 chefs de famille. Au début du XIXe siècle, le fourneau et la raffinerie appartiennent à la famille Puissant, puis la Société de Gougnies construit un haut fourneau au coke, une fabrique de fer et un laminoir. Dans le parc du château, on voit encore des bâtiments de forge, un bassin et le creuset d'un haut fourneau en blocs de poudingue.

Vers 1860 commence l'extraction du marbre Sainte-Anne, dont les veines atteignent 10 à 15 mètres d'épaisseur. Elle dure jusqu'en 1951, et la société Marmor poursuit une activité jusqu'en 1970. Les ouvrières polissaient le marbre dans des ateliers du village. Il ne reste aujourd'hui que les terrils, en partie revendus aux Pays-Bas pour renforcer les digues de la mer du Nord.

Le village du XIXe siècle

La population grandit avec l'industrie : 510 habitants en 1840, 675 en 1890. En 1900, le village compte 31 auberges et estaminets. L'ancienne chapelle, érigée en vicariat en 1753, est remplacée par l'église Saint-Remi, de style néogothique, construite en 1852-1853 aux frais de la commune. La maison communale est bâtie en 1879.

En 1877, le baron Henry Pirmez fait construire par l'architecte Élie Piérard le château de la Motte, en psammite du Condroz, au milieu de l'ancien camp fortifié. En 1886-1887, une gare est construite sur la ligne 137 d'Acoz à Mettet.

Le 23 août 1914

Le 22 août 1914, des blessés français sont soignés dans une ambulance installée à la ferme de la famille Piret. Le 23 août, les troupes allemandes entrent dans le village, venant de Sart-Eustache. Elles incendient 17 maisons, dont l'ambulance : plusieurs soldats français blessés y meurent brûlés (six ou dix selon les sources).

Trois habitants sont tués : Jean Thiry, un vieux berger de plus de 80 ans, l'ouvrier marbrier Émile Grégoire, et le conseiller provincial Adelin Piret, emmené prisonnier et abattu le lendemain à Cocriamont. Une trentaine d'habitants sont arrêtés et maltraités, et cinq sont déportés en Allemagne. Le fils d'Adelin, Maurice Piret, 22 ans, était déjà tombé à Ougrée au début du mois.

Le 10 novembre 1918, la veille de l'armistice, le jeune lieutenant britannique James Hamilton Smith, 19 ans, est abattu près de Gougnies ; il repose au cimetière du village. Pendant soixante ans, sa tombe a été entretenue par Béatrice Birleson, une Anglaise mariée à René Grégoire, un blessé de Gougnies soigné en Angleterre. Le monument aux morts est inauguré sur la place en 1920.

De 1940 à aujourd'hui

En 1943, l'occupant emporte la cloche de l'église pour en faire des armes. Retrouvée abîmée près de Charleroi, elle est refondue et remise dans le clocher le 10 avril 1960. En 1944, un pilote américain est abattu entre Gougnies et Biesme.

La gare perd ses voyageurs en 1953 et ses marchandises en 1970. En 1977, Gougnies rejoint la commune de Gerpinnes ; son dernier bourgmestre, Aimé André, était né en novembre 1914, quelques mois après le drame. Depuis 1976, la maison communale est une école.

Le village compte aujourd'hui environ un millier d'habitants. La Compagnie royale Sainte-Rolende, avec quelque 200 marcheurs, y perpétue la tradition des marches de l'Entre-Sambre-et-Meuse.

À découvrir au village

Pour prolonger la découverte de Gougnies, à voir aussi sur l'Annuaire Wallon en Vidéo : Erem Photography.

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