Commune de Châtelet — Province de Hainaut
Le village s'étend entre 95 et 233 mètres d'altitude, le long du ruisseau d'Hanzinne, un affluent de la Sambre. Le vallon est bordé de rochers calcaires du Viséen, déposés dans une mer peu profonde il y a environ 345 millions d'années, puis plissés lors de la formation de la chaîne varisque. L'eau y a creusé de nombreuses grottes : Montrou, le Trou Quinet, le Trou du Château, le Trou Marique. Des argiles et des limons plus récents fourniront la matière première des potiers.
Des traces d'occupation néolithique ont été trouvées dans la grotte de Montrou. Jusqu'au milieu du XIXe siècle, un ensemble mégalithique, un dolmen et plusieurs menhirs, dominait la vallée sur le plateau de Sainte-Blaise ; ces pierres ont aujourd'hui disparu. Tout près, à Châtelet, des fouilles menées de 1986 à 2002 ont mis au jour un four de potier daté du Ier siècle par le carbone 14 : on faisait déjà de la poterie ici à l'époque romaine.
Selon le linguiste Albert Carnoy, le nom de Bouffioulx viendrait du latin populaire buffa, une « grosse butte ».
Une cour de justice est attestée à Bouffioulx au XIIIe siècle. À la même époque, quatre potiers de Châtelet payent une redevance au chapitre de Saint-Lambert de Liège pour avoir le droit de prendre une argile spéciale dans les bois de la seigneurie.
En 1341, Gilles de Loverval vend sa terre et seigneurie de Bouffioulx au chapitre de Saint-Lambert, qui la rattache à sa seigneurie de Châtelet. Bouffioulx suit dès lors le sort de la principauté de Liège. Deux cours foncières y sont attestées au XIVe siècle, et l'organisation communale proprement dite date du XVIe siècle.
La paroisse est créée en 1610. L'église, aujourd'hui dédiée à saint Géry, garde son chœur à trois pans.
Le grès de Bouffioulx est une terre riche en silice, cuite à très haute température, autour de 1 250 à 1 300 °C. Vers 1 200 °C, on jette du sel dans le four : il se vaporise et vitrifie la surface des pièces. On obtient des pots, des cruches et des récipients de conservation très durs et imperméables. Les fours marchent d'abord au bois des forêts voisines, puis au charbon à partir du XVIIIe siècle.
En 1595, le chapitre de Saint-Lambert accorde une charte au franc-métier, la corporation des potiers de grès de la seigneurie, qui réunit maîtres, apprentis et ouvriers. Dans le livre des maîtres potiers de cette année-là figure déjà Georges Crame, l'ancêtre de la famille Dubois, toujours au travail aujourd'hui.
Les XVIe et XVIIe siècles sont l'âge d'or : jusqu'à 34 maîtres potiers, et autour d'eux tout un monde de bûcherons, de tireurs d'argile, de tourneurs, de vernisseurs, de peintres et de chauffeurs de fours. En 1748, un relevé fiscal compte 99 maisons, soit environ 445 habitants.
Au XVIIIe siècle, la faïence des grandes manufactures remplace peu à peu le grès sur les tables, et le grès d'art décline. Le franc-métier, privé de ses pouvoirs depuis la suppression des corporations à l'époque révolutionnaire, disparaît en 1824.
Les potiers se tournent alors vers l'industrie : dès le début du XIXe siècle, Bouffioulx fabrique en série des pots à conserve, des drains et des tuyaux en grès, une production rentable jusqu'aux années 1960. Dans les années 1950, environ un millier de personnes vivent encore de la poterie au village.
Le calcaire est exploité lui aussi. Les frères Guyaux construisent en 1873 une marbrerie mue par des roues à eau, qui scie le marbre bleu belge jusqu'en 1950. Au sud du village, les carrières Sébastopol et Moreau fournissent la chaux utilisée dans les hauts fourneaux : la carrière Sébastopol, ouverte en 1855, possède cinq fours à chaux, parmi les plus grands et les mieux conservés d'Europe, et s'arrête en 1957. Porté par l'industrie du Pays de Charleroi, le village passe de 1 027 habitants en 1830 à 3 457 en 1880.
En 1907, le peintre Willem Delsaux (1862-1945, écrit aussi Delsaut) installe un atelier de poterie à Bouffioulx et relance le grès artistique. En 1911, il fonde la Poterie de l'Escarboucle, une école d'émaux et de faïence vernissée. D'autres artistes travaillent alors à Bouffioulx : Edgard Aubry, Roger Guérin, Arthur Craco, Omer Coppens ou encore le peintre Willy Finch.
La Première Guerre mondiale interrompt l'aventure, mais Roger Guérin (1896-1954) devient ensuite un grand nom de la céramique Art déco, exposé dans des musées en Belgique, aux Pays-Bas, en Italie et aux États-Unis. Son ancienne poterie, restaurée, abrite aujourd'hui la Maison de la Poterie.
En août 1914, Bouffioulx est un des champs de bataille de la bataille de Charleroi : de 5 heures à 14 heures, le 78e régiment d'infanterie allemand affronte les 36e et 119e régiments d'infanterie français. Les Français se replient et les Allemands prennent le village. Ils fusillent dix civils et détruisent 32 bâtiments. Les habitants sont forcés d'enterrer 294 soldats français dans trois fosses communes. Le monument aux morts de la place est l'œuvre de Désiré Weygers.
Au début de la guerre, en 1940, beaucoup d'habitants fuient vers la France ; ils reviennent en juin et en juillet. De juillet 1942 à septembre 1944, l'occupant intègre Bouffioulx au « Grand Charleroi ». En 1944, les bombardiers américains qui visent la gare de formation de Couillet tuent dix civils du village, et un autre bombardement détruit 39 maisons et en endommage 145 dans le quartier de la Blanche Borne. Un monument rappelle ces victimes et les fusillés de 1944, à la Sibérie.
Bouffioulx est une commune à part entière jusqu'à la fusion de 1977, qui l'intègre à Châtelet. En 2013, trois poteries sont encore en activité : Dubois, Biron et Lardinois ; en 2025, il reste deux familles de potiers, les Dubois et les Biron. Bernard Dubois représente la 13e génération. Depuis 1993, chaque 26 décembre, le jour de la Saint-Étienne, plus de 2 000 pièces sont cuites pendant une vingtaine d'heures dans un ancien four à charbon.
La Grange aux Potiers, chez les Dubois, présente cinq siècles d'histoire du grès ; elle a reçu le prix Sambria en 2023. La famille prépare un parc à fours qui doit réunir toutes les techniques de cuisson du grès. Chaque été, la Fête de la Poterie anime le village.
Côté nature, l'ancienne carrière Sébastopol est devenue une réserve naturelle de Natagora de 47 hectares, où niche le grand-duc d'Europe. Le Trou Quinet, refuge d'hiver des chauves-souris, est classé grotte d'intérêt scientifique depuis 2010, et le RAVeL 138 suit l'ancienne ligne de chemin de fer de Châtelet à Florennes.
Pour prolonger la découverte de Bouffioulx, à voir aussi sur l'Annuaire Wallon en Vidéo : Poterie Dubois.
Dernière mise à jour : 23/10/2026
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