Commune de Charleroi — Province de Hainaut
Le site de l'église de Jumet est déjà cité en 868 dans le polyptyque de l'abbaye de Lobbes, l'inventaire de ses biens. Les fouilles menées en août 1967 sous l'église Saint-Sulpice ont retrouvé les traces d'un premier édifice du Xe siècle : une petite nef rectangulaire préromane, qui pourrait être l'église consacrée entre 959 et 971 par Éracle, abbé de Lobbes et évêque de Liège.
Au Moyen Âge, la paroisse fait partie du doyenné de Fleurus, dans le diocèse de Liège. Un registre de 1445 y mentionne un autel dédié à saint Nicolas.
Au hameau de Heigne, l'abbaye de Lobbes possède un prieuré. Sa chapelle Notre-Dame, construite au XIIe siècle et agrandie au XIIIe, était alors huit fois plus grande que l'édifice actuel. Ruinée au XVIe siècle et plusieurs fois restaurée, la dernière fois en 1975, elle reste l'un des rares témoins de l'art roman dans la région de Charleroi. On y venait en pèlerinage prier la « Vierge aux cailloux ».
Jumet compte un autre lieu de pèlerinage, Notre-Dame des Affligés, connu depuis le XVIe siècle ; sa chapelle porte les dates de 1677 et de 1707.
En 1559, la paroisse passe au nouveau diocèse de Namur. Sur le plan politique, Jumet relève de la principauté de Liège, mais le Hainaut et le Brabant voisins la lui disputent, et le Brabant y gagne peu à peu de l'influence. Le 28 juin 1780, le prince-évêque François-Charles de Velbrück cède officiellement la seigneurie de Jumet au Brabant.
Entre-temps, l'église Saint-Sulpice a été entièrement reconstruite, de 1750 à 1753, dans le style classique, en briques et en pierre calcaire. Le chantier coûte environ cinq fois le prix prévu : l'abbé de Lobbes, Théodulphe Barnabé, conteste le projet jusque devant le Conseil souverain de Brabant, et les plans doivent être réduits. L'église garde des fonts baptismaux romans des XIe-XIIe siècles et une cloche de 1590, fondue par Jean Grongnart.
En 1621, une famille de gentilshommes verriers, les de Colnet, construit le premier four de Jumet, dans le bois du Sart, aux Hamendes. D'autres familles suivent : Martin Falleur, venu de la Forêt-Noire vers 1650, dont les descendants fabriquent surtout des bouteilles, puis le verrier lorrain Jean de Condé et Gédéon Desandrouin. En 1727, on introduit à Jumet le soufflage du verre à vitres en manchons. Avec l'arrivée de verriers allemands, maîtres du soufflage en « canons », Jumet devient au XVIIIe siècle la commune verrière la plus importante des Pays-Bas autrichiens.
Après la Révolution française, les moines de Lobbes quittent Heigne : la commune reçoit l'église et le prieuré, puis les vend au maître verrier Antoine Houtart. La chapelle sert alors de magasin de verre et une verrerie est construite derrière elle, avant que le culte y reprenne au début du XIXe siècle.
En 1834, Jumet compte sept des dix-huit verreries de la région de Charleroi. À la fin du XIXe siècle, ses trois verreries assurent à elles seules toute la production belge de bouteilles. Les maîtres verriers laissent leur marque dans le paysage : Henri-Joseph Bivort fait bâtir en 1868-1869 le château de l'actuel parc Bivort, et le château Mondron, de 1881, témoigne de la prospérité du quartier des Hamendes. En septembre 1930, les derniers canons de verre à vitres sont soufflés à la Verrerie de la Coupe ; le dernier établissement verrier de Jumet ferme en 1997.
Sous le régime français, Jumet fait partie du département de Jemappes, qui deviendra la province de Hainaut. La commune se dote en 1824 d'un hôtel de ville néoclassique, œuvre de l'architecte Kuypers. À côté du verre et du charbon, la brasserie Union, dont le premier bâtiment date de 1860 et le second de 1950, brasse pour le groupe Maes des bières de fermentation haute, dont la Grimbergen, jusqu'à sa fermeture en 2007.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, l'occupant allemand emporte en 1943 la cloche de 1590 de Saint-Sulpice ; retrouvée après la guerre, elle reprend sa place. L'église, classée depuis 1949, est restaurée en 1967 par l'architecte Simon Brigode. En 1977, la fusion des communes fait de Jumet une section de Charleroi, la plus grande de toutes.
Chaque année, le dimanche le plus proche du 22 juillet, fête de sainte Marie-Madeleine, le Tour de la Madeleine part de la chapelle de Heigne pour une marche de près de 21 kilomètres à travers Jumet, Roux, Courcelles, Viesville, Thiméon et Gosselies. Ses origines sont obscures : plusieurs indices font penser à un ancien rite païen christianisé.
Selon la légende, en 1380, un pèlerinage à Notre-Dame de Heigne aurait été organisé pour obtenir la guérison de la châtelaine, atteinte de la peste ; à Thiméon, un messager annonce qu'elle est guérie et les pèlerins se mettent à danser de joie. Aucune source historique ne confirme ce récit, mais la prairie de Thiméon, aujourd'hui classée, s'appelle toujours la « Tère al Danse ».
Le cortège, ouvert par les Jockeys de Roux et fermé par les Verts Jockeys, rassemble quelque 2 000 marcheurs et pèlerins, dont beaucoup en uniformes d'inspiration napoléonienne, environ 150 cavaliers et une cinquantaine de fanfares et de batteries. Depuis 2012, il fait partie des quinze marches de l'Entre-Sambre-et-Meuse inscrites par l'UNESCO au patrimoine culturel immatériel de l'humanité.
Pour prolonger la découverte de Jumet, à voir aussi sur l'Annuaire Wallon en Vidéo : la boulangerie de la place du Ballon, Boulangerie Jad, le fleuriste Chrysta-Flor et MySafestore Charleroi.
Dernière mise à jour : 02/11/2026
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