Commune de Aiseau-Presles — Province de Hainaut
Le nom apparaît sous la forme Rohiliez en 1217, puis Rohillees en 1294 ; en wallon, on dit Rojni. Le village fait alors partie du comté de Namur.
Au milieu du XIVe siècle, Roselies n'est qu'un hameau de douze maisons, que le comte de Namur Guillaume le Riche donne au seigneur de Seraing. De 1410 à 1625, la famille Haverich en est maître ; elle le vend ensuite à Herman de Lierneux, seigneur de Presles. Pendant des siècles, Roselies reste ainsi lié à Presles, terre partagée entre la principauté de Liège et le comté de Namur jusqu'à la Révolution française, puis rattachée au département de Jemappes.
Roselies fait partie de la concession de la Société charbonnière d'Aiseau-Presles, et c'est le charbon qui fait grandir le village. Le premier puits porte un nom inattendu : « Panama ». La mine étant isolée et mal desservie, la société construit un logement, l'Hôtel du Panama, pour 72 mineurs ; des ouvriers qui avaient travaillé au creusement du canal de Panama y auraient reconnu les baraquements de bois qu'ils avaient connus là-bas, d'où le nom. Les sources ne s'accordent pas sur la date du puits : 1884 selon Wikipédia, les années 1850 selon une autre source.
Panama est aussi devenu le nom d'un hameau, comme Ban, Grand Pachi, Pauche, Petoi et Praile. L'exploitation du charbon s'arrête en 1959.
Grâce à la mine, Roselies finit par compter plus d'habitants que Presles, dont il dépend. En 1878, le hameau est détaché de Presles et devient une commune à part entière.
Quelques années plus tôt, en 1872-1873, le village s'est doté de l'église Saint-Joseph, restaurée au début du XXe siècle par l'architecte Simon dans le style néo-roman.
En août 1914, l'armée française vient en Belgique pour arrêter l'invasion allemande sur la Sambre : c'est la bataille de Charleroi. À Roselies, une partie de la 5e division d'infanterie du général Verrier (3e corps d'armée du général Sauret), formée de régiments normands de Rouen, Caen et Le Havre, fait face à une partie du 10e corps allemand du général von Emmich, avec des régiments de Hanovre, de Brunswick et d'Oldenbourg. Trois ponts franchissent ici la rivière : celui du chemin de fer, le pont routier vers Tergnée et le pont de l'écluse.
Le 21 août vers 14 heures, une colonne allemande venue de Lambusart attaque les petits postes français qui gardent les ponts. Plusieurs attaques sont repoussées, mais en fin d'après-midi un bataillon hanovrien force le passage ; les Français se replient vers Aiseau et les Allemands entrent dans Roselies. Le général Lanrezac, qui commande la Ve armée française, avait ordonné de tenir les hauteurs au sud de la Sambre sans engager l'infanterie dans la vallée, mais son ordre arrive trop tard, et le général Verrier insiste pour reprendre le village pendant la nuit.
Le 22 août vers 1 heure du matin, un bataillon du 74e régiment d'infanterie de Rouen entre dans Roselies sans rencontrer de résistance. Soudain, des tirs partent des maisons : un combat de rue s'engage jusqu'à l'aube et de nombreuses maisons brûlent. Au petit matin, le 129e régiment du Havre attaque à son tour et perd sept capitaines. Les Allemands engagent des renforts, dont le 92e régiment venu de Brunswick, et placent des mitrailleuses sur les terrils. Menacés sur leur flanc par des colonnes passées par Pont-de-Loup, les Français reçoivent l'ordre de retraite à 9 h 15 et abandonnent Aiseau en fin de matinée.
Le bilan est terrible : environ 4 060 soldats français tués à Roselies et autour, surtout du 74e régiment. Pour les historiens, ce combat illustre la doctrine de l'« offensive à outrance » qui coûta si cher à l'armée française au début de la guerre.
Pour la population, ces journées sont un drame. Dans la nuit du 21 au 22 août, selon la version allemande de l'époque, les soldats auraient essuyé des coups de feu tirés par des civils, et même par un prêtre ; en représailles, les maisons sont incendiées, sans égard pour les habitants cachés à l'intérieur. Le village est presque entièrement détruit. Aujourd'hui, ces faits sont considérés comme des crimes de guerre.
Le monument aux morts de Roselies, rue Vandervelde, cite parmi les victimes civiles de 1914 le curé de Roselies, Joseph Pollart, ainsi que François Dimanche et Mélanie Fournier. Il rend aussi hommage au capitaine de Billy et aux soldats français tombés à Roselies, et aux victimes de la Seconde Guerre mondiale.
Le cimetière de Roselies garde les tombes de 466 soldats français et 179 soldats allemands, dont beaucoup n'ont pas été identifiés. Beaucoup d'autres soldats français reposent à la nécropole de la Belle-Motte, à la limite d'Aiseau-Presles, de Sambreville et de Fosses-la-Ville, près des lieux du combat du 22 août : les Allemands en posent les premières pierres en 1917, elle est inaugurée le 19 août 1923 et compte plus de 4 000 tombes. En septembre 2023, elle est inscrite au patrimoine mondial de l'Unesco parmi les sites funéraires et mémoriels de la Première Guerre mondiale.
Une place de Roselies porte le nom du 74e régiment d'infanterie, et une rue de Rouen s'appelle « rue de Roselies ». Une délégation du régiment est venue aux cérémonies, notamment le 18 août 2007.
En Allemagne, l'histoire a pris un autre tour : en 1938, l'armée allemande donne le nom de « Roselies » à une caserne de Brunswick, pour glorifier ce combat, et la Bundeswehr reprend la caserne sous le même nom en 1956. En 2014, à l'initiative de citoyens, la ville de Brunswick prend contact avec Aiseau-Presles et propose un « partenariat de mémoire ». En août 2015, pour la première fois, une délégation officielle de Brunswick, conduite par la bourgmestre Annegret Ihbe, participe aux commémorations de Roselies, aux côtés de représentants de Rouen.
Lors de la fusion des communes de 1977, Roselies est réuni à Aiseau, Presles et Pont-de-Loup pour former la commune d'Aiseau-Presles, dont il est aujourd'hui le siège. Depuis la fin du charbon, le village est devenu surtout résidentiel, notamment avec le quartier de La Pairelle.
Pour prolonger la découverte de Roselies, à voir aussi sur l'Annuaire Wallon en Vidéo : Pizzeria chez Luigi et Joanna.
Dernière mise à jour : 26/10/2026
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