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Commune de Chastre — Province de Brabant wallon

Histoire complète de Gentinnes

Un village millénaire au bord de la Houssière

Gentinnes, en wallon Djintene, s'étend au bord de la Houssière, entre Chastre, Sombreffe, Mellery et Villers-la-Ville. Son nom apparaît dans les textes au XIIe siècle, et ses terres ont longtemps été disputées.

Le plus ancien témoin du village se trouve dans l'église : des fonts baptismaux sculptés dans la première moitié du XIIe siècle, preuve qu'une paroisse existait déjà à cette époque.

Seigneurs et abbayes

Au XIIe siècle, Godefroid d'Ottegnies et Béatrice de Limalle donnent l'église de Gentinnes et un fief à l'abbaye de Bonne-Espérance, en Hainaut. En 1214, Gauthier d'Utrecht fonde pour l'abbaye de Villers la ferme de Géronvillers, l'une de ses exploitations agricoles ; une chapelle Saint-Donat y sera ajoutée à la fin du XVIIIe siècle.

En 1312, le chevalier Jacques de Gentinnes compte parmi les signataires de la charte de Cortenberg, l'un des grands textes des libertés du duché de Brabant. La seigneurie passe ensuite aux familles Stokar au XIVe siècle, de Davels au XVe, T'Serclaes au XVIe, puis d'Udekem au XVIIIe et de Limminghe au XIXe.

Le château et l'ermitage

En 1645, Thomas Lopez de Ulloa et son épouse Jeanne Nobili achètent la seigneurie ; en 1648, ils bâtissent le château, dans un parc avec un étang. Après 1750, un membre de la famille d'Udekem, leurs héritiers, y ajoute une longue aile néoclassique. Du château ancien restent notamment la façade à fronton triangulaire, qui porte la devise « Spe gaudentes » (« Joyeux dans l'espérance »), et la rampe de l'escalier d'honneur.

Dans le bois voisin, la chapelle Notre-Dame de l'Ermitage, du XVIIe siècle, rappelle les ermitages qui s'y trouvaient autrefois.

Le dernier comte de Limminghe meurt en défendant les États pontificaux. Le château passe alors à un négociant anversois, M. Wégimont, dont les treize enfants en font leur maison de campagne.

L'église Sainte-Gertrude et ses fonts romans

La tour de l'église Sainte-Gertrude porte la date de 1784 sur son portail. Le reste de l'église est rebâti en 1863 en style néoclassique par Émile Coulon, architecte de la province de Brabant, qui reconstruit aussi la cure en 1869. L'édifice est en briques rouges sur un soubassement de pierre bleue, avec trois nefs de cinq travées.

Son trésor est une cuve baptismale carrée en calcaire de Meuse, de la première moitié du XIIe siècle, considérée comme l'un des plus beaux fonts romans de Belgique. Chaque face porte une tête fantastique d'où sortent des feuillages ; sur une face, un homme taille la vigne à la serpe pendant qu'un autre travaille le sol, sur une autre un personnage récolte le raisin. Aux angles du dessus figurent les symboles des quatre évangélistes : l'homme, l'aigle, le bœuf et le lion.

L'église conserve aussi un banc de communion baroque du début du XVIIIe siècle, un antiphonaire enluminé daté de 1623, un Christ polychrome du XVIIe siècle et une chaire de vérité sculptée.

Les spiritains au château (1903-1969)

En 1900, M. Wégimont offre déjà aux pères du Saint-Esprit (les spiritains) une maison à Lierre, berceau de leur province belge. En 1903, quand les lois du gouvernement Combes chassent de France les congrégations enseignantes, il met le château de Gentinnes à la disposition de Mgr Alexandre Le Roy, supérieur général des spiritains, qui y installe les élèves de ses collèges français. En 1914, le collège compte 104 internes.

Les Français rentrent chez eux en 1919. En 1920, la maison devient l'École apostolique de Gentinnes, dirigée par le père Andriès, qui forme des missionnaires pour les régions de Kindu et de Kongolo, au Congo belge : une centaine de missionnaires en trente ans. Le château est agrandi par de nouvelles ailes en 1910-1912, en 1955 et en 1961-1962.

Le collège ferme en 1969, faute de vocations et parce que l'enseignement du latin et du grec attire moins. Les bâtiments deviennent aussitôt un centre d'accueil pour les écoles, les pèlerins et les séminaristes, avec un petit musée missionnaire.

Le mémorial Kongolo

Le 1er janvier 1962, à Kongolo, dans le nord du Katanga, vingt missionnaires spiritains et deux civils, un médecin et un commerçant, sont fusillés par des soldats congolais, dans les troubles qui suivent l'indépendance du Congo. Neuf des victimes belges sont d'anciens élèves de Gentinnes. En 2019, le diocèse de Kongolo a ouvert le procès en béatification des vingt missionnaires.

Un an après le drame naît l'idée d'une chapelle à Gentinnes. Le projet devient un mémorial national et œcuménique pour tous les missionnaires, catholiques et protestants, tués au Congo pendant les troubles des années 1960 : 217 noms sont gravés dans le bronze sur la façade, sans distinction de nationalité ni de religion. Financée par une souscription publique, l'État, les évêques et de nombreux donateurs, la chapelle est dessinée par l'architecte Charles Jeandrain, de Gembloux ; les vitraux abstraits sont du maître verrier nantais Yves Dehais, et le missionnaire agenouillé du sculpteur Raf Mailleux, de Genk.

Le mémorial, qui peut accueillir 200 personnes, est inauguré et consacré le 7 mai 1967 en présence du roi Baudouin et de la reine Fabiola. Il est devenu l'un des lieux de pèlerinage et de visite les plus fréquentés du Brabant wallon.

Fermes, moulins et Gentinnes aujourd'hui

Le village garde de belles fermes : la ferme de Louvigny, dite « du Patriote », et la ferme de la Grande Bierwart (logis de 1719 et tour-porche), toutes deux du XVIIIe siècle, rue de Mellery ; la ferme du Moulin, de 1852 ; et la ferme de l'Ermitage, où l'on a brassé la bière de la Touffe. Le moulin Dussart, un moulin à eau, tourne toujours. La chapelle Saint-Antoine, de la fin du XVIIIe siècle, a été restaurée et inaugurée à nouveau le 5 octobre 1996.

Commune à part entière jusqu'à la fusion de 1977, Gentinnes fait depuis partie de Chastre. Derrière le mémorial, un bois communal d'environ 1,5 hectare, avec son ruisseau et ses petites mares, est aujourd'hui une réserve naturelle.

À découvrir au village

Pour prolonger la découverte de Gentinnes, à voir aussi sur l'Annuaire Wallon en Vidéo : Peaceingarden.

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